Les sardines Saupiquet restent en France.

1994.
Un accord passé entre l'OP de Hendaye et le groupe Saupiquet permettra d'une part la capture de 3000 T annuelles par les navires de l'OP et la pérennisation de l'unité de transformation de sardines au Pays basque. La nouvelle politique contractuelle de Saupiquet va dans se sens pour faire face aux attaques de la concurrence Marocaine et Portugaise. Une seule arme pour l'industriel, les sardines "côte de France" emboîtées fraîches.
La menace était bien réelle, l'usine Saupiquet de Ciboure risquait de quitter le Pays basque pour Quimper mais surtout pour "s'implanter au Maroc, seule possibilité de faire face à la concurrence des produits Marocains". Emmanuel Gautier le PDG de Saupiquet s'est rendu au Pays basque pour annoncer la bonne nouvelle après que des rumeurs chaque jour plus persistantes aient fait état de la fermeture de l'établissement. "Nous sommes des industriels et à ce titre devons gagner de l'argent, je suis PDG depuis 2 ans et demi et je dois avouer qu'a mon arrivée la situation de la sardine était difficile pour nous face à la concurrence et que mon prédécesseur voulait fermer l'usine" explique Emmanuel Gautier, "On perdait beaucoup d'argent face au Maroc, le prix d'achat de la matière première était pour nous trois fois plus élevée que pour la concurrence marocaine, difficile de poursuivre avec ces données". L'approvisionnement en sardines de Saupiquet venait et vient encore aujourd'hui en partie d'Adriatique, "de la sardine congelée, chère et de qualité médiocre". Le constat ainsi tracé par le propre PDG du groupe laissait entrevoir une réaction radicale. L'usine de Ciboure et ses 144 emplois est la plus importante unité de traitement de sardine en Europe avec 8000 T par an, soit 40% de la production française et 20% de la consommation nationale.
La Turbale et Hendaye
Un premier accord a abouti après des mois de négociations avec les OP de la Turbale dans un premier temps et de Hendaye plus tard. "Je savais que de la sardine de bonne qualité se trouvait sur nos côtes et que les pêcheurs rechignaient à les capturer, de la sardine qui correspond à la qualité maximale que nous recherchons, seule possibilité pour nous de concurrencer les marocains" explique le PDG de Saupiquet. "En France nous trouvons trois qualités de sardines, celle produite en petite quantité par des conserveurs comme Chancerelle, à la mode ancienne emboîtées à la main, de premier choix. Nous ne sommes pas sur le même registre. A l'opposé se trouvent les sardines importées du Portugal et surtout du Maroc, de qualité très discutable, du bas de gamme. Nous voulons arriver à nous positionner entre les deux extrêmes, de la sardine d'excellente qualité, fraîche, à des prix concurrentiels d'où le choix que nous avons fait". Un label "sardines des côtes de France" est lancé, il ne manque plus qu'à produire. A la Turballe le contrat concerne 1600 T/an, de la sardine qui déjà vient par camion vers l'usine de Ciboure. Cette première "réussite" du conserveur ne pouvait être appréciée qu'avec un accord similaire obtenu au Pays basque. "Il nous fallait aussi de la sardine du Pays basque, encore plus intéressant car l'usine est très proche du lieu de pêche. Nous avons obtenu que les pêcheurs de l'OP de Hendaye nous approvisionnent à hauteur de 2 à 3000 T entre septembre et février mars."
Aides du FIOM
Les discussions entre pêcheurs et industriel se sont déroulées avec l'aide du cabinet de Michelle Alliot-Marie ministre de la jeunesse et des sports et député européenne du Pays basque. Des discussions qui ont permis l'appui du ministère de l'agriculture et des pêches dans l'obtention d'une aide du FIOM. " Nous ne pouvions nous aligner sur les prix demandés par les pêcheurs et rester compétitifs" explique Emmanuel Gautier. "Il nous fallait l'aide du FIOM pour que l'ensemble de l'opération soit viable. Le FIOM intervient à hauteur de 50 ctm/kg dans le prix payé aux pêcheurs". Ces derniers, qu'ils soient Turbalais ou basques percevront 2,03 F/kg pour de la sardine de moule 2, Saupiquet payant 1,53F. La particularité de cet accord consiste dans le fait que tout moule de sardine sera acheté, grosse ou pas. L'unité de Ciboure a mis au point un nouveau produit qui permet de passer outre les problèmes de taille, les filets de sardine. Ce produit est en nette expansion alors que l'ensemble de la conserve classique en sardine est plutôt stable. "C'est aussi ce qui a permis d'emporter l'adhésion des pêcheurs, nous allons acheter toutes les sardines, petites ou grosses. A Ciboure nous élaborons des filets, un produit qui perce fort avec plus de 130% de progression annuelle." A moyen terme les 8000 T annuelles de l'usine du Pays basque pourraient provenir des eaux proches, "nous sommes preneurs de sardines de l'ensemble des ports entre la Turballe et Hendaye et envisageons d'étendre ces accords aux navires basques espagnols" avoue le PDG de Saupiquet qui planche en ce moment sur l'élargissement de sa gamme. "Depuis que nous avons abandonné la conserve des autres produits et que nous nous consacrons exclusivement au poisson nous étudions la possibilité d'élargir notre gamme. L'anchois pourrait être l'un des points visés à moyen terme." On comprend l'intérêt de ces décisions pour la pêche de notre littoral, pour le moment aucune sardine n'est débarquée sur les criées basques mais il faut se souvenir que St Jean de Luz a été par le passé premier port sardinier français et que selon les spécialistes la ressource est intacte et proche des côtes.

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