Saumon, les professionnels de l'Adour relèvent leurs filets et parient sur l'avenir.

Juillet 1999.

Du saumon dans l'Adour c'est aussi vieux que le monde vous diront les autochtones. Du saumon sauvage en quantité, c'est devenu assez rare pour que les marins pêcheurs professionnels se prennent par la main et réagissent afin d'assurer l'avenir de cette pêcherie. C'est au sein du COGEPOMI, le comité de gestion des poissons migrateurs de l'Adour qu'est né le projet aujourd'hui réalisé, d'un programme expérimental sur trois ans. "Nous avions remarque depuis des anées que les saumons se faisaient de plus en plus rares. Ils remontaient moins l'Adour et les gaves, ce déficit en géniteurs pouvait mettre en danger la pêcherie d'une part mais aussi tout simplement la présence de l'espèce dans l'Adour" reconnaît Dominique Mahaut le représentant des marins professionnels de l'Adour. Les marins décident de relever complètement les filets durant 6 semaines, juste durant la période de remontée des saumons. Une décision qui ne s'est pas prise sans quelque assurance, notamment financière. Le COGEPOMI a calculé l'impact économique de la relève sur la pêche professionnelle et a prévu une enveloppe de 750 KF pour accompagner l'opération, somme qui concerne les pêcheurs professionnels et fluviaux. "Nous avons cessé toute pêche au filet sur l'Adour entre le 7 juin et le 21 juillet, durant le pic migratoire, le temps pour les saumons de passer l'Adour et de rejoindre ses zones de ponte" expliquent les marins de l'Adour. 650 KF sont revenus aux marins pêcheurs, 100 KF aux fluviaux, sommes correspondant aux moyennes dégagées par cette pêcherie les années précédentes sur la période identique. Les sommes ainsi dégagées permettront d'une part d'indemniser la perte des captures et de payer les charges sociales et rôles d'équipages, uniquement des marins et fluviaux concernés par la pêcherie. 36 marins pêcheurs et 14 fluviaux. Cette relève des filets, unique en son genre, n'a pu se faire qu'avec l'accord des pêcheurs à la ligne, les amateurs qui sont très attachés à la capture des saumons. Eux aussi ont décidé de s'en tenir à la capture globale de 150 pièces.adour_saumon.JPG (14913 octets) "De notre côté on fait un effort important pour laisser passer les saumons, il va de soi que si les pêcheurs à la ligne les capturent cela ne sert à rien. Nous avons été surpris de leur bonne volonté, une fois le TAC de 160 saumons pêchés, la pêcherie a été fermée au 15 juin." Cette opération qui semble contenter l'ensemble des acteurs de la filière du saumon, sauf peut être les restaurateurs locaux qui du coup, se sont retrouvés en pénurie de saumons de l'Adour cette année, doit permettre sur trois ans, la reconstitution naturelle du stock. Dans le même temps les scientifiques de l'INRA et de l'IFREMER sous la maîtrise d'œuvre de "L'institution Adour", ont lancé le programme de l'étude du comportement de migration du saumon dans l'estuaire et le fleuve. Les marins ont été conviés à participer à l'opération de capture et de suivi des poissons pour le compte des scientifiques. "Il a fallu s'adapter car il fallait capturer les saumons vivants et en bon état. Nous avons mis en place un bateau avec un filet qui barrait l'Adour, dés que je sentais qu'un saumon avait percuté le filet je faisais signe aux deux autres bateaux qui se tenaient prêts à bondir avec une grosse épuisette. Immédiatement on déchirait le filet pour éviter de blesser le saumon qui était posé dans un vivier le temps de se calmer" raconte Dominique Mahaut. Ce dernier a décidé durant la campagne scientifique de pêcher la nuit au lieu du jour afin de profiter de la fraîcheur et éviter des pertes. "Nous avons capturé 25 unités dans une entente parfaite avec les scientifiques, des poissons qui ont été équipés, relâchés et suivis nuit et jour".

Suivi Radar.

Les saumons une fois à bord sont endormis le temps de les équiper de bouées soniques ou radio. Une opération délicate qui faisait craindre aux marins pêcheurs que les saumons ainsi traités allaient reprendre la mer et rebrousser chemin. "Quelques poissons sont repartis vers le large mais presque tous les autres ont remonté l'Adour comme si rien n'était. Une fois marqués nous avons suivi chaque saumon jour et nuit en se relayant. En sonique chaque saumon nécessite un bateau, on reconnaît le poisson à sa fréquence et on le localise à l'aide d'un GPS" racontent les marins qui ont participé au suivi. Parfois de grandes idées reçues tombent à l'eau, "on croyait que les saumons savaient ou aller d'instinct et sans hésiter alors qu'il n'en est rien. Parfois ils remontent le mauvais embranchement entre l'Adour et les gaves avant de stopper et de faire demi tour. Ce n'est que plus tard qu'ils prennent la bonne voie et poursuivent leur route". De toute évidence cette opération aura permis au marins pêcheurs de mieux faire connaissance avec les saumons, "parfois le saumon passe dans moins d'un mètre d'eau alors que les fonds au milieu sont de 5 ou 6 mètres, ils s'arrêtent aussi au fond de l'eau et dorment trois heures sans bouger puis poursuivent leur route". Chaque unité a été suivie vers son point de ponte, les informations ainsi obtenues permettront de mieux connaître cette remontée vers les gaves des saumons sauvages, toujours autant appréciés par les gastronomes qui jurent les grands dieux qu'ils n'ont rien de commun avec les saumons d'élevage.

José Arocena.

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