Un des derniers nés dans le monde des filets pour chalutiers est le "NABERAN". Décrié par les uns, adulé par les autres, voici un dossier en 4 parties pour s'en faire une idée.



   

 Naberan

L'année 1993 débutait à peine quand la première paire de chalutiers d'Ondarroa d'une trentaine de mètres embarquait discrètement sur un enrouleur construit pour l'occasion, un filet qui ne portait pas encore de nom. Depuis des mois, l'armateur et un fabriquant de filets planchaient sur un nouvel engin. Il devait être performant, bien plus que les classiques chaluts de fond. A Ondarroa la tradition porte de tout temps sur le chalut quel qu'il soit. Les transformations d'une partie de la flottille vers la palangre s'est terminée en eau de boudin, les navires battant pavillon britannique rouillent au fond du port, les tribunaux se chargeant du contentieux entre les deux pays. Du coup c'est de nouveau le chalut qui attire l'attention des armateurs. A peine les navires précurseurs ont ils réalisé deux ou trois marées que le bruit court sur les quais des autres ports. Un nouvel engin, le Naberan, est utilisé à Ondarroa, il pêche beaucoup, du merlu en quantité. Les bruits s'amplifient, la rumeur se nourrit d'approximations et très vite c'est devenu un engin "semi-pélagique" énorme, les détracteurs avancent des captures incroyables et prédisent l'épuisement rapide des stocks de merlu dans le golfe de Gascogne.

le Naberan est accusé par ses détracteurs d'être "aussi performant que destructeur". Le Naberan "pêche 80% de juvéniles dont 45 à 50% sont hors taille et n'atteignent pas les 27 cm réglementaires. Des merluchons vendus tranquillement en criée à Ondarroa et Pasajes" affirmait alors Robert Alvarez le Pdt de l'association écologiste "Itsas Geroa". Force est de constater que les apports des navires équipes du Naberan (Voir papier) sont sans commune mesure avec les débarques des chaluts classiques. Ce n'est qu'une fois le filet mis au point à terre mais aussi en mer, que ce dernier a pu donner toute la mesure de ses possibilités. Des marées de plus de 20 tonnes de merluchon en quelques jours ont été monnaie courante la première et seconde année d'utilisation. Les cours sont ce qu'ils sont à Ondarroa, suffisamment attrayants pour que les autres armateurs se décident à changer de technique. Alors que très vite 10 paires de chalutiers s'équipent entre Pasajes et Ondarroa, seules 3 paires dans un premier temps se tournent vers le Naberan à Hendaye. Des unités plus modestes que celles utilisées en Espagne sauf pour une paire de 35m qui d'entrée de jeu a travaillé au Naberan des 1995. L'ETEL et l'Espoir du Marin de Lorient ont fait la paire. Sur l'ETEL on trouvait deux filets Naberan et deux pélagiques, l'Espoir du Marin n'étant équipé que pour la traction. 10 hommes sur l'ETEL et 5 sur l'Espoir du Marin. "On pêchait au pélagique la nuit et au Naberan le reste du temps car le pélagique lui ne fonctionne pas le jour, du moins il pêche très peu" avoue Joseba San Martin qui commandait la paire en 1995 "Dés le lever du jour on changeait de filet, pour mettre le Naberan à l'eau il nous faut moins de monde que pour le pélagique, le Naberan s'utilise exactement comme un chalut normal sauf qu'il est plus grand mais techniquement c'est la même chose. Le filet est rangé sur l'enrouleur et la manœuvre des câbles est identique à celle du pélagique." A sa mise à l'eau le Naberan est déroulé normalement jusqu'au bourrelet. Chaque patron estime alors le nombre de ballons qu'il veut placer pour l'ouverture verticale du filet, selon les conditions de mer et d'utilisation, c'est un petit "secret" maison. Ensuite ils filent environ 1000 mètres de câble et 600 mètres de maillete lestée, le tout pour des fonds de 120 mètres environ. Un câble est passé sur l'autre paire comme pour le pélagique est la traction commence. Le virage est plus lent que pour le pélagique, deux heures au lieu de 30 mn. "C'est un filet qui coûte cher et qui se déchire facilement. Vu qu'il dispose d'une ouverture très importante, la pression qu'il exerce est en proportion et le filet qui est en plastique se déchire d'un coup. Des avaries qui sont importantes et impossibles à réparer à bord. Nous devons débarquer le filet et le faire réparer à terre ce qui est onéreux".

Un détail qui prouve de nouveau que c'est une infrastructure de pêche qui est nécessaire pour utiliser correctement ce filet. Pour être parfaitement rentable sur des unités "moyennes" le Naberan doit être impérativement utilisé en tandem avec le pélagique qui la nuit pêche des poissons de plus grande taille car il va plus vite. Le Naberan est un complément important qui permet de rentabiliser une entreprise durant la journée en deux traits au lieu de rester en travers à ne rien faire en attendant la nuit. "Il n'en reste pas moins que souvent en un trait de pélagique la nuit on pêche autant que toute la journée au Naberan avec 10 fois moins de travail au pélagique". Remarque d'autant plus vraie ces temps-ci, la rentabilité étant tombée au niveau des autres engins. Ce qui est certain, c'est que le Naberan n'est pas "la" solution. Il peut être un complément suffisant pour rentabiliser un armement qui avant, perdait de l'argent. Une rentabilité toute relative si l'on prend en compte le coût du personnel à terre en France, pourtant nécessaire pour entretenir les filets.
Doit-on avoir peur du Naberan? Difficile d'apporter une réponse. Plutôt que de craindre cette technique il faudrait mettre en adéquation le nombre de bateaux avec la ressource. Il est évident que la multiplication de chalutiers pourrait impliquer des problèmes. Des problèmes de ressource, comme avec les autres engins, sans plus. Des problèmes de cohabitation peut être, encore que les Naberan travaillent sur les fonds sableux loin des zones habituellement fréquentées par les autres chalutiers. Reste que les principales captures effectuées au Naberan sont des merluchons. (voir papier sélectivité) S'ils sont pour la plupart de taille réglementaire, il n'en reste pas moins qu'ils frisent avec les minima admis, ce qui n'est jamais très réjouissant pour la ressource. Paradoxalement la peur que le filet a engendré parmi les opposants aux techniques modernes, a provoqué une telle publicité qu'aujourd'hui plus personne ne parle de filet à grande ouverture verticale mais bel et bien de Naberan. Quoi qu'il en soit c'est un véritable coup de "pub" involontaire, une opération marketing comme les plus ambitieux commerciaux voudraient pouvoir mettre au point. Depuis l'avènement du Naberan, d'autres fabricants, notamment en Galice ont proposé ce qu'il faut bien appeler des "copies" à des prix plus abordables sans que leur succès soit pour le moment évident. Pour tant rien de plus facile que de copier un chalut pour un homme du métier. On prend un "Naberan", on relève les côtes, détermine l'échantillonnage et en avant la musique.

Reste que comme dans le prêt à porter une copie reste une copie, voir une contre façon et que les utilisateurs recherchent des filets "Naberan" de chez Naberan. Ce dernier vient de déménager de quelques centaines de mètres pour des locaux plus vastes, mieux en adéquation avec les besoins qui sont aujourd'hui les siens.
José Arocena


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