"On a juste le droit de se faire péter la gueule"

 J'ai pêché une grenade sous-marine. Pas une mine, une grenade sous marine. Le Crossa d'Etel nous a dit: "Allez à la bouée de Groix". On a mouillé là pour attendre les démineurs.
 Les démineurs sont venus. Quand ils sont arrivés, les gars, ils étaient près de la retraite, ils voulaient pas trop y toucher. Ils nous ont dit qu'il fallait aller à l'arsenal de Lorient. A mi-route, le Crossa a dit: "Pas question". On a fait demi-tour.
 Nous avons passé toute une nuit avec la bombe à bord, sous les coffres de Groix. Il faisait mauvais. On avait beau essayer de la câler, avec un bout, deux bouts, on pouvait pas. Le bateau faisait 10,70 mètres. On pouvait pas la ramener à bord. Elle est restée crochée à l'arrière du bateau.
 Tout la nuit, on est resté là en train de veiller sur elle. Nous, on a juste le droit de se faire péter la gueule. Les autres, les galonnés de Brest, avec les chaussons devant la cheminée, ils avaient dit qu'il fallait attendre le lendemain pour la faire sauter. Alors qu'il était sept heures du soir quand on a prévenu, il faisait encore jour, il y avait le temps.
 Ils l'ont fait sauter avec 5 kilos de plastic. Ils ont dit que c'était pas possible de le faire à retardement. Alors ils ont fait ça avec un fil. Il y avait un gars qui faisait le décompte, à la VHF, puis ça devait péter. Rien ne se passait. Ça pétait pas. Un gars replongeait. Ils ont fait le décompte une fois, deux fois, plusieurs fois. On a demandé: "C'est pour demain ou c'est pour après-demain?"
 Quand ils ont réussi, il y avait plus qu'à ramasser le poisson avec un haveneau. 



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