On ne sait jamais ce qu'il pense. Thomas a toujours géré
ses affaires lui-même. Il était à l'école à
Reims. Un jour, il est rentré et il m'a dit: "J'ai vu le proviseur.
J'ai trouvé deux écoles. Ne t'inquiète pas, j'ai pris
la plus proche". La plus proche! A 650 km! L'autre était en Corse...
"Tu dis ce que tu veux, de toute façon, je ne changerai pas d'avis".
J'ai été très surpris qu'il prenne cette
filière pêche. Mais c'est vrai qu'il a toujours parlé
de la mer. C'est ce qu'il cherchait. C'est l'évasion. Depuis qu'il
est petit, il a toujours dit: "Quand je partirai, j'irai sur un bateau,
et je m'en irai". Je pensais à la marine de commerce, à l'armée.
La pêche, ça a été une grosse grosse surprise.
La mer, non.
L'année dernière, je l'ai emmené pour sa
première année à La Rochelle. C'était très
difficile, j'ai eu du mal à accepter. Je ne connaissais pas du tout
le milieu. Dans la famille, il n'y a jamais eu ça. Je ne peux pas
dire où il a attrapé ce virus.
Depuis qu'il est à La Rochelle, il a changé à
60 %. L'année dernière s'est très bien passée.
Il a fait déjà beaucoup de stages. Les patrons disent: "On
voit que Thomas aime ça".
En juin, il a annoncé qu'il ne remonterait pas pour les
vacances. Il avait trouvé des embarquements pour partir. Finalement,
il a aussi passé un mois à faire une colonie de vacances
en Bretagne, pour rendre service à la directrice. Quand je suis
allé le chercher, il m'a dit: "La mer me manque". Je lui ai dit:
"Mais elle est là, juste à côté". Il m'a répondu:
"C'est pas pareil que sur un bateau". Le premier août, il rattaquait
sur un bateau.