Traque du thon en Afrique.


 

Des que l'on quitte le quai je commence à cogiter. D'abord faire le plus vite le plein de l'appât. De la sardine pour remplir l'ensemble des viviers. C'est parfois facile, d'autres fois on peut perdre deux, voir trois jours et trois nuits. On connaît nos coins et c'est le plus important. Quand les cargos sont sur quai des cacahouètes, c'est comme ça que l'on nomme le point de chargement des arachides, on tente un coup de bolinche à l'intérieur même du port de Dakar. Un coup ou deux aidés par le skiff et c'est souvent deux viviers remplis de grosse sardine. Le reste on le pêche la nuit dehors, entre le port de Dakar et l'île de Gorée. A bord sur les 15 hommes d'équipage on est deux blancs, le mécano et moi, le patron. Des que le cap est mis vers le nord, vers la Mauritanie, je me plonge dans les cartes. J'ai des cartes que je complète depuis plus de 30 ans. Ici pas d'ordinateur, la seule mémoire est la mienne. Mes cartes sont pleines d'informations personnelles que moi seul peux comprendre. Je note des détails. La couleur de l'eau, l'impression du jour, les événements bizarres. Dans ma passerelle je suis seul. Seul avec un matelot qui fait la vigie. Seul devant mes responsabilités. Si je trouve rapidement le poisson c'est un bon début et les hommes prennent confiance. Ils sont tous en bas à jouer aux dames, boire du thé ou dormir dans leur couchettes climatisées, ils sont mieux à bord que dans leurs villages. Pendant tout le temps que dure la traque je dois supporter seul les choix à prendre. Par fois je parviens à obtenir des cartes des thermoclines, des cartes que me donnent des scientifiques. Elles indiquent les différentes couches d'eau et les endroits ou des ruptures de température sont constatées. Je m'y rends en espérant qu'une épave aura déjà concentré les premiers thons. En chemin je fais souvent un détour vers une plate-forme de forage pour tenter ma chance, parfois je trouve du thon en dessous. Je parle par radio avec les gars qui m'informent. Le plus souvent c'est une impression inexplicable qui me pousse à aller vers un endroit ou un autre. Un coup d'œil au radar à oiseaux pour détecter de la volaille et c'est parti. L'albacore est là, on le soigne. On lui donne à manger pour qu'il s'habitue au bateau. Demain on commencera à le pêcher.
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