Amoco Cadiz 220.000 Tonnes de brut sur les côtes.


(Source CEDRE)

Au matin du 16 mars 1978, en avarie de barre au large du Finistère, le pétrolier libérien Amoco Cadiz, transportant vers Rotterdam 220 000 tonnes de pétrole brut du Golfe Persique, dérive vers la côte bretonne dans une forte tempête. Les négociations avec un remorqueur allemand venu à son secours sont difficiles. Une première remorque est passée à 13h30. Elle casse 3 heures plus tard. Malgré les efforts des deux équipages, le navire s’échoue à 22 heures sur des brisants, devant le petit port de Portsall. Plusieurs citernes se déchirent. Très vite les premières nappes touchent la côte. La plus grande marée noire jamais due à un échouement de pétrolier a commencé.  

En l’espace de deux semaines, la totalité de la cargaison se déverse en mer. Entraînée par les vents et les courants, elle vient souiller plus de 300 km d’un littoral parmi les plus beaux et les plus naturels d’Europe. La rage au cœur, les riverains se lancent dans une lutte désespérée contre une catastrophe cent fois prédite. Sur leurs écrans de télévision, les français découvrent avec stupéfaction les images apocalyptiques d’une grande marée noire.

Cette marée noire record n’est pas un accident isolé. Il y a eu un premier avertissement de grande ampleur avec l’échouement du Torrey Canyon devant Lands End (Cornouaille anglaise), le 18 mars 1967. Des nappes dérivant en Manche sont venues souiller le littoral breton, entre Morlaix et Plouescat au cours du mois d’avril, puis dans les baies de Douarnenez et d’Audierne à la mi-mai.

Les marées noires de Bretagne.

Cela ne s’arrêtera pas après la catastrophe de l’Amoco Cadiz. Le 28 avril 1979, le vraquier Gino coulera au large d’Ouessant, à la suite d’un abordage, avec une cargaison de carbon black, un produit épais, plus dense que l’eau. Le 7 mars 1980, le pétrolier malgache Tanio se brisera en deux dans une tempête au large de l’île de Batz et sa partie arrière coulera avec 6 000 tonnes de fuel lourd à bord. Enfin le 31 janvier 1988, une citerne du pétrolier italien Amazzone perdra dans une tempête un peu plus de 2000 tonnes de brut au large de Penmarc’h. Ces marées noires alimenteront chez les bretons une volonté farouche de changer le cours des choses et de faire payer les pollueurs.

Face aux centaines de milliers de tonnes de " mousse au chocolat " (émulsion de pétrole et d’eau) qui déferlent sur le littoral, les 14 km de barrage antipollution disponibles dans les stocks POLMAR (stocks d’urgence contre les pollutions maritimes) des services de l’Equipement sont très vite débordés. Pelles, seaux, pompes flottantes, tonnes à lisier, camions bennes, wagons citernes, tout ce qui peut ramasser et emporter est bon pour récupérer et évacuer le polluant vers des fosses de stockage provisoire. 

 En quelques jours, 7 000 bénévoles et autant de militaires rassemblés à la hâte se mettent au travail pour nettoyer les rochers, les plages et les abers les plus touchés. En quelques semaines, ils récupèrent une quinzaine de milliers de tonnes de pétrole et trois fois plus d’algues, de sable et objets souillés.
Des cliniques pour oiseaux mazoutés sont mises en œuvre dans le Finistère et les Côtes du Nord mais à peine un oiseau traité sur vingt peut être sauvé.  Quelques cadavres de phoques gris sont ramassés sur les plages des Côtes du Nord. Surtout, tout au long de 300 km de côtes, les peuplements animaux et végétaux de l’estran meurent en masse, englués sous le pétrole et enlevés avec lui par les jets d’eau à haute pression et les pelles des nettoyeurs.    

Photo Cedre


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