Mercredi 27 mai 2000

Des nouvelles des emmazoutés de l'ERIKA


Jeune vétérinaire fraîchement (quoi que) sorti de l'École Vétérinaire de Nantes, j'interviens quelques instants pour vous rapporter quels faits dont l'amoralité peut pousser à vomir.
Suite au grand déballage médiatique de l'ERIKA, immédiat à la catastrophe, on nous a rabattu les oreilles et les yeux avec des images scandaleuses d'oiseaux mazoutés. 
Heureusement, quelques bonnes volontés bénévoles et scientifiques ont retroussé leurs manches et pris les gants pour s'occuper de nos chers volatiles englués. 
Heureusement ? pas si sur.
Ce boum du piaf charity business, a surtout permis a TOTAL de faire un pseudo mea-culpa, et de se montrer en tant que victime innocente, dépassé par l'ampleur de la catastrophe, assommé par l'irréalité de ce cargo uni coque d'oeuf. 
"Nous ne savions pas, nous avons fait confiance aux contrôles des autorités portuaires...Bla Bla Bla."  " Mais nous ferons tout ce qui est possible (raisonnablement possible, financièrement possible) pour limiter les dégâts, et en premier lieu nous allons soutenir les centres de soins qui prennent en charge ces pauvres oiseaux traumatisés." 
Et pour un bon point médiatique, c'en était un, à croire qu'ils ont des gens payés pour savoir réagir à ce type de catastrophe.
TOTAL essayait de blanchir son image en blanchissant les mouettes mazoutées.
Ainsi, au niveau du C.D.S (centre de soin de la faune sauvage) de l'École vétérinaire de Nantes, association d'étudiants faisant parti du bureau des élèves (B.D.E), TOTAL s'est engagé à payer les frais ( on parlait d'un hypothétique million de francs), et à débloquer des crédits pour rémunérer les quelques étudiants vétérinaires qui étaient en charge d'aiguiller, de canaliser, de contrôler et d'informer, la marée en ciré jaune des bénévoles qui affluaient à l'École. 
Ces braves passionnés de la faune sauvage, que je compte parmi mes connaissances, ont donc déployé des trésors de disponibilité et ont dépassé les 10 heures de travail par jours pour assurer l'encadrement et la logistique du travail. 
Tout cela bien sur, en essayant, tant bien que mal, de poursuivre d'un même élan leurs chères études théoriques et pratiques. 
Résultat des courses ce mardi 9 mai, lors d'une conférence très consensuelle sur le bilan de cette activité ayant stigmatisé l'école et une bonne partie de la population nantaise en ce début
d'année 2000. 
On reconnaît des chiffres assez pitoyables quant aux résultats: 
Plus de 400.000 oiseaux touchés, ce qui fait de l'ERIKA et de ses acolytes, les plus grands meurtriers maritimes de l'Histoire. 
Nombreux sont les oiseaux qui ont péri en mer. 
11.000 ont débarqué à L'École Vétérinaire. 
5% seulement ont survécut et ont été relâchés , parmi eux combien sont encore en vie à ce jour, on l'ignore.
Ces pertes énormes s'expliquent par des oiseaux en très mauvais état lors de leur ramassage et qu'il faut d'abord gaver pour leur redonner un peu de poil de la bête pour qu'ils puissent supporter l'épreuve du lavage ( et la très médiatique machine à laver la mouette, sponsorisée par ELF d'ailleurs...). 
Une antibiothérapie massive est obligatoire pour juguler les multiples infections internes et externes (gerçures et blessures).  
Les quelques uns qui passent ces premières épreuves doivent ensuite résister au stress.  Car malgré les multiples précautions des bénévoles et de leurs encadrants, ces animaux sauvages ne sont pas habilités à recevoir des soins, à être manipulés (même calmement), et surtout à vivre les uns sur les autres dans les grands rassemblements concentrationnaires que leur proposent tous ces centres de soins surchargés de travail et dépassés quant à leur capacité d'accueil. 
Les oiseaux sont alors atteint par différentes maladie, dû essentiellement à la chute vertigineuse de leurs défenses immunitaires ( cause principale du stress). 
Ainsi, on assiste, impuissant, à des mortalité explosive (Salmonellose, Aspergillose.....). 
Certains oiseaux arrivent encore à surmonter toutes ces difficultés, et l'on s'aperçoit alors que leur plumage n'est plus imperméable, et qu'ils ne savent plus nager. 
Il faut alors les ré-éduquer dans des piscines artificielles en espérant qu'ils ne coulent pas !
Des 5% élitiste et victorieux dont on a brillamment et très publicitaire ment filmé les relâchés, combien n'ont pas disparu sous les flots par défaut de flottaison ?Brefs, les résultats sont faibles, très faibles. 
A leur décharge, ils ont permis d'accumuler les données et d'essayer de mettre au point des techniques, encore incertaines et variables selon les Ecoles (Américaines, Françaises..), pour les soins de ces volatiles sauvages. Mais il faut bien s'y résoudre, toute cette débauche d'énergie et de passion n'a pas servit à grand chose, et n'aura en fait aidé qu'une seule cause, celle de TOTAL.
Au niveau financier:  TOTAL a-t-il tenu ces engagements ? 
C'est justement la question qu'il ne fallait pas poser lors de cette assemblée à L'Ecole Vétérinaire du 9 mai, d'une part parce qu'elle n'aurait pas eu de réponse, et d'autre part parce que les responsables du CDS, écoeurés usés mais impuissants, avaient pour consigne implicite de ne pas s'engager dans un tel débat. Car TOTAL a menti. Ils ont déboursé quelques deniers quand la télévision était encore présente, pour que leur image de mécène charitable puisse s'afficher très discrètement, très intelligemment et très efficacement. 
Ils ont ainsi payé deux fois 30.000 frs au centre de soins, et participé à la construction d'une piscine de ré-éducation ( quelques bottes de pailles et des bâches d'ensilage qu'on espérait non trouées). 
Mais quand les projecteurs annonçaient leur éloignement, peu à peu, le beau financier TOTAL, sur la pointe des pieds, disparaissaient avec eux.
 Résultats ? 
Le CDS, association d'étudiants, je le rappelle, se trouve débiteur de 700.000 frs !! 
Et c'est l'Association mère ( le B.D.E) qui semble désignée comme caution financière. Quant aux rétributions des heures de nos dévoués étudiants, ils attendent toujours. 
Pourtant c'était au début de l'année, et leur frais d'essence, par exemple, eux ont été réels, et sont quelques part retombés dans l'escarcelle à TOTAL.....
Monsieur TOTAL et cousins,
Arrêtez donc de nous prendre pour des cons, de jouer avec la sensibilité (et la santé) des bénévoles, des citoyens, et payez donc ce que vous vous êtes engagé à payer !!
Admettons tous que ce grand déballage de sauvetage volatile, n'a été que poudre aux yeux et écran de fumée. 
Arrêtons enfin de mettre des rustines sur des pneus crevés et occupons-nous réellement de changer la carrosserie.
monsieur TOTAL vous m'écoeurez et derrière moi les jeunes vétérinaires que vous avez floués, les bénévoles que vous avez honteusement, à votre unique profit, utilisés, et les citoyens que vous avez leurrés.
Vous laissera-t-on donc longtemps et impunément courir ?


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