Par Muriel Hirigoyen
Sud Ouest. 10.06.2002.
Du haut de leur tour, huit hommes de la
Marine nationale surveillent la baie et l'océan 24 heures sur 24.
Rien ne leur échappe.
La vue est belle, à 24 mètres du sol, mais elle se mérite.
Pour atteindre la passerelle du sémaphore de Socoa, les huit
militaires de la Marine nationale grimpent 130 marches. En haut, ils
ont tout le temps de scruter ce magnifique panorama, sur les Pyrénées
et l'océan; c'est même leur métier. Les sept officiers mariniers et
quartiers-maîtres, sous les ordres du maître principal Alain Giot,
sont des guetteurs.
« Dernier maillon » d'une chaîne de sémaphores s'étendant
de la frontière belge à l'Espagne, ils ont en garde un territoire s'étendant
de la frontière espagnole à Bayonne, et jusqu'à Mimizan, la nuit,
lorsqu'ils prennent le relais du sémaphore de Messanges.
De leur passerelle, à l'oeil nu, à la jumelle (l'une
d'entre elles grossit 25 fois), sur les deux radars, ils observent la
baie, l'océan, le ciel et tous ceux qui peuvent y passer, 24 heures
sur 24, du navire militaire jusqu'au simple véliplanchiste. Ils écoutent
les trois VHF et la HF militaire dont ils disposent.
Ils notent le trafic maritime et même aérien, et voient
si tout se passe normalement. Et si quoi que ce soit cloche : s'ils
voient une pollution, un danger, si on leur signale une fraude sur la
pêche, ils alertent la préfecture maritime (leur commandement) et au
CROSS Etel (centre régional d'opérations de surveillance et
sauvetage atlantique à Etel).
En cas de danger, leur rôle va même plus loin. Les
guetteurs peuvent tout à fait dérouter un bateau aux alentours pour
l'envoyer à la rescousse, en attendant que le CROSS Etel dépêche
les moyens habituels. « Nous le pouvons et nous le devons ! »,
souligne le chef de poste Alain Giot.
Alerte et coups de main. Ils peuvent même
anticiper le danger. Et pour cause, le sémaphore est équipé d'une
station météo automatique; et toutes les trois heures, les guetteurs
envoient ses observations à la station Météo France de Biarritz.
En cas de brusque changement de temps, le sémaphore
informe les usagers. « Mettons un coup de brouillarta. La pression
tombe, le vent tourne à l'ouest et en dix minutes souffle à 40
noeuds. Nous prévenons d'abord tous les MNS, puis nous appelons les
bateaux par radio. Après, eh bien, nous mettons le costume, car, en général,
ça donne. »
Alertes, coups de fil, rapports, décisions, observations
à vue et surtout sur le radar, la passerelle s'active. Ils savent qui
est en mer, qui est rentré, peuvent rassurer les familles ou donner
l'alerte. Et même par temps calme, en cas de pépin, les marins
savent qu'ils peuvent trouver là assistance, même d'urgence.
« Il m'est arrivé de chercher un vétérinaire par téléphone
parce qu'un chien agonisait à bord d'un bateau, et de le mettre en
relation avec le navire, se souvient le maître principal. Un jour, un
marin faisait un infarctus. Cinq minutes après, deux médecins se présentaient
à bord. Ils naviguaient aux alentours et ont répondu à notre
alerte. »
Ah et puis tous les soirs, après avoir aussi assuré
l'entretien du sémaphore (et oui), les guetteurs vérifient que les
phares sont bien en fonction. Discrètes, les vigies n'en sont pas
moins indispensables.
Ils savent qui est en mer, qui est rentré, peuvent
rassurer les familles ou donner l'alerte