
Itsas Begia dans la tourmente
Née il y a vingt ans,
l’association Itsas Begia se consacre, depuis sa création, à la sauvegarde
et à la mise en valeur du patrimoine historique maritime du Labourd. Elle
rencontre aujourd’hui des difficultés très fortes, qui font parfois craindre
le pire à ses administrateurs et à ses membres. Même son avenir à court
terme paraît sombre.
Dès sa création, Itsas Begia a assis ses actions sur quelques axes majeurs :
- la recherche et la sauvegarde des pièces d’intérêt patrimonial pour l’histoire maritime locale ;
- la navigation à la voile et à l’aviron sur des embarcations traditionnelles du pays, qu’elles soient d’origine ou reconstituées ;
- le modélisme naval appliqué aux embarcations du Pays Basque ;
- la promotion de l’idée de création d’un espace muséographique consacrée au patrimoine maritime en Pays Basque Nord.
Dès les premières années, les actions publiques initiées par Itsas Begia (expositions, conférences, etc.) rencontrent un succès populaire en Pays Basque et dans la région. Se sentant confortée dans la démarche entreprise, l’association se lance dans des projets plus ambitieux qui l’amèneront à participer à des manifestations régionales et nationales à une période où le patrimoine maritime n’avait pas encore l’aura qu’il a acquise depuis.
C’est ainsi qu’en 1992, à
Brest, au concours national « Bateaux des côtes de France », Itsas
Begia remporte, entre autres, un deuxième prix dans sa catégorie, avec sa
reconstitution de chaloupe biscayenne, « Brokoa », construite à
Socoa et lancée en 1991. C’est, non seulement la récompense d’un travail
de longue haleine de l’association, mais aussi la reconnaissance de
l’implication des partenaires locaux (particuliers, entreprises, collectivités,
etc.) qui ont permis de boucler le montage financier de cette opération.
De 1991 à 1997 environ, la dynamique de l’association est alors au plus fort de son histoire.
En 1993, l’association sauve de la destruction le thonier « Marinela », construit en 1955 et témoin vivant de l’épopée thonière de Saint-Jean-de-Luz – Ciboure. Elle obtient le classement de ce navire comme monument historique. Elle s’engage alors dans des démarches pour trouver des partenariats financiers pour la restauration de « Marinela » sachant qu’elle est assurée d’un soutien financier de l’Etat à hauteur de 50% du montant des travaux, puisque le navire est un monument historique.
C’est aussi cette année qu’est créée, à la demande de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) d’Aquitaine, « l’association de préfiguration pour l’étude de faisabilité d’un conservatoire du patrimoine maritime local », qui regroupe Itsas Begia et les communes du littoral de Bayonne à Hendaye.
Le volume de ses opérations ayant nettement progressé et souhaitant, en outre, leur donner un caractère plus professionnel, Itsas Begia embauche en mai 1995 un chargé de mission « patrimoine maritime » à temps plein ; ses principales missions sont :
- l’inventaire des collections de l’association, sous le contrôle scientifique du Musée Basque de Bayonne ;
- la préparation d’un projet de cahier des charges pour l’étude de faisabilité du conservatoire du patrimoine maritime ;
- la coordination de la participation de l’association au concours national « Patrimoine des côtes et fleuves de France » (Brest 1996) ;
- la réalisation d’animations auprès des scolaires en collaboration avec le Centre PEP de Socoa.
Malgré des résultats très convaincants, Itsas Begia met fin à cette professionnalisation en mai 1997, en particulier parce qu’une subvention d’Etat fera défaut au financement des opérations confiées à cette mission ; Itsas Begia a bien reçu une lettre du Préfet de région l’informant que cette subvention, d’un montant de 35.000 F, lui était attribuée, mais l’arrêté formalisant l’attribution n’a jamais été pris, alors qu’Itsas Begia faisait les avances de trésorerie.
Cet apport professionnel a néanmoins permis à Itsas Begia de valoriser son travail et ses compétences, puisque l’association décroche une nouvelle récompense dans un concours national, à Brest en 1996, cette fois-ci pour la qualité de sa grande exposition « Euskaldunen Itsasoa – la mer des Basques ».
Après le licenciement de son chargé de mission, Itsas Begia ne se décourage pas et poursuit ses activités sur ses différents fronts : de nouvelles expositions (dont une de qualité professionnelle réalisée en collaboration avec l’association Eusko Arkeologia et le Musée de la mer de Biarritz, avec le soutien du Ministère de la Culture), des classes de patrimoine maritime (en collaboration avec le centre PEP de Socoa), des articles dans des revues « savantes », des conférences dans des colloques universitaires, des participations à des rassemblements de navires traditionnels, etc.
Mais l’ambiance générale décourage certains membres :
- le dossier de la restauration de « Marinela » reste de longues années au point mort, principalement à cause du manque de mobilisation des collectivités locales autour de ce projet ;
- l’étude de faisabilité du
conservatoire n’est pas lancée, le dossier « Marinela » faisant
un poids mort au sein de l’association de préfiguration.
Arrive enfin l’année 2001, celle des vingt ans de l’association, celle qui aurait dû être marquée par une fête, mais qui plonge Itsas Begia dans la tourmente la plus dure qu’elle ait eu à affronter.
L’événement le plus grave vient du fait que, par un malheureux concours de circonstances, l’association doit évacuer la quasi-totalité des locaux que ses partenaires privés mettait à sa disposition. En particulier son siège social, dans les anciens locaux de la coopérative Hegokoa, sur les bords de la Nivelle (à l’origine mis provisoirement à la disposition de l’association par le président de la coopérative, Georges Olazcuaga, en attendant que la mairie de Ciboure fournisse un local...), qui fait même l’objet de vandalisme depuis plusieurs semaines, au point qu’Itsas Begia n’y dispose même plus de l’électricité. Nous nous retrouvons donc dans l’impossibilité de poursuivre les activités se déroulant dans ce lieu : modélisme, réunion hebdomadaire du mercredi soir, etc.
Archives, collections, bibliothèque, ateliers de modélisme, tout ce qu’Itsas Begia a patiemment sauvegardé, reconstitué, créé, se trouve menacé, menacé à très court terme. L’association a lancé un véritable appel au secours aux pouvoirs publics (communes contactées depuis mars 2000, sous-préfecture), avec l’appui de l’Institut culturel basque, qui nous assure un indéfectible soutien, mais à ce jour toujours aucune réponse !
En outre, au cours de l’assemblée générale de l’association de préfiguration pour l’étude de faisabilité du conservatoire du patrimoine maritime tenue début août dernier, un tour de table des communes représentées a clairement établi que ces communes ne s’engageraient pas dans le financement de la restauration du thonier « Marinela », alors que ces mêmes communes s’étaient engagées précédemment et qu’il ne manquait que 10% du budget pour boucler le financement de la première tranche de travaux (restauration de la coque). Le navire ayant beaucoup souffert des années passées à terre, les communes estiment que le jeu (de la restauration) ne vaut pas la chandelle (de la mobilisation d’argent public), c’est peut-être la raison pour laquelle certain(s) élu(s) estimaient dès l’origine qu’il était urgent d’attendre, le temps faisant son œuvre...
Itsas Begia se retrouve donc avec sur les bras un monument historique qui ne sera pas restauré et qui ne peut pas rester en l’état. Il est aisé de comprendre notre amertume, puisque, après avoir réussi à faire classer un navire de conception et de construction locale, obtenant ainsi une reconnaissance officielle de l’intérêt patrimonial de celui-ci, nous voyons nos efforts réduits à néant par une décision d’ordre politique qui dénote un certain mépris pour le patrimoine maritime local. Dans de nombreuses autres régions de France et d’Europe les populations sont fières de leur culture maritime et participent à des restaurations de navires classés (ou pas) et à des projets muséographiques, il faut croire que la notre n’en veut pas. On peut alors se poser la question : notre région a-t-elle encore une culture maritime et si oui veut-elle la conserver ?
Malgré tout, un espoir persiste pour Itsas Begia. L’association de préfiguration semble enfin décidée (maintenant que le dossier de la restauration de « Marinela » est évacué) à lancer l’étude de faisabilité à court terme. Un groupe de travail technique doit travailler dès septembre sur un projet de cahier des charges de l’étude.
Dans l’immédiat, Itsas Begia reste très préoccupée par le devenir de ses collections. Et même par son propre avenir. Le constat est en effet amer : après vingt ans passés à déployer toute la bonne volonté de ses membres et de ses administrateurs, comment ne pas être découragé par le fait de n’avoir pas su mobiliser les énergies locales autour du patrimoine maritime ? A son niveau associatif, Itsas Begia est persuadée d’avoir été aussi loin que possible. Il manque maintenant un relais public sur ce thème. Itsas Begia place donc beaucoup d’espoir dans l’étude de faisabilité du conservatoire, en espérant que ce ne sera pas une fois de plus un moyen de gagner du temps pour ne rien faire.
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