02.2001.

Remorquage Bayonne: les Abeilles poussées vers la sortie?

Deux remorqueurs neufs, des effectifs allégés et on pousse les Abeilles vers la sortie en douceur. Au Pays basque les industriels et acteurs du port de Bayonne ont décidé d'agir pour mettre fin à un déficit très lourd imputé aux Abeilles, déficit que la CCI de Bayonne Pays basque se doit d'absorber par contrat. Ce projet, très avancé, n'attend plus qu'un agrément pour devenir une réalité et démarrer avant la fin de l'année. L'économie du poste de remorquage du port de Bayonne est en déficit chronique. Les "Abeilles Bayonne S.A" ont affiché en 1999 un déficit de 1,4 MF, déficit qui s'est alourdi à 2,4 MF en 2000 et qui a du être compensé à hauteur de 2,2 MF par la CCI comme prévu par les accords signés. C'est ce détail qui a poussé les acteurs économiques locaux a réagir "Nous avons décidé de créer la Société de Remorquage de l'Adour (SOREA) car nous n'étions pas d'accord avec ce constat qui nous obligeait à répercuter les déficits sur les taxes appliquées aux navires et aux marchandises transitant par notre port " expliquent les actionnaires qui font jouer la synergie spontanée de la place. "Nous nous sommes réunis pour chercher une solution, redéfinir le cahier des charges du remorquage et améliorer le service tout en contrôlant les coûts" reconnaît Georges Trullu membre de ASM Atlantique Service Marine, gestionnaire de la SOREA. Cette recherche a donné des fruits d'autant que la société crée regroupe 7 actionnaires et non des moindres; Maïsica (coopérative de producteurs de Maïs), LBC Stockage de produits chimiques ex Sotrasol, ADA Aciérie de l'Atlantique, AGEPOSA Société de consignation appartenant à la famille Uzin, ex propriétaires de ADA, MATRAMA consignation et manutention, RENO engrais, et ASM Atlantique Service Marine société civile, regroupe des personnes physiques, une partie des pilotes de l'Adour. Le cahier des charges évolue quelque peu et se base sur une disponibilité du remorquage 4 heures avant et 2 heures après la pleine mer et la possibilité de travailler avec deux remorqueurs simultanément sur deux navires différents. De même les moyens de lutte contre l'incendie et la pollution seront pris en charge, ce qui ne l'est pas actuellement.

Tout ceci ne pourrait stopper les pertes d'exploitation qu'avec un changement radical des normes d'effectifs et du système d'embauche actuel. La solution locale envisagée semble viable à condition de mettre en place des bases innovatrices. "Nous avons étudié plusieurs dossiers de remorqueurs qui fonctionnent actuellement avec satisfaction, notre choix a été porté sur la construction neuve de deux unités par le chantier DAMEN en Hollande. Ce sont des remorqueurs "Low Maintenance" qui sont utilisés en Belgique et Hollande avec les effectifs que nous souhaitons utiliser à Bayonne". Ces effectifs, les demandes ont été déposées aux affaires maritimes de Bayonne, sont de 3 hommes sur le remorqueur de 30 tonnes et de 2 ou 3 hommes sur celui de 15 tonnes selon l'utilisation. Le "truc" étant de mettre en place une nouveauté. Un remorqueur disposera d'un personnel permanent, le second sera armé au coup par coup par des "intérimaires vacataires puisés dans le creuset de la main d'œuvre maritime". En clair, parmi le personnel volontaire des patrons de vedette du pilotage. Le sur coût serait compensé par des recettes induites. L'achat des deux remorqueurs se chiffre à 18 MF, livrables 5 mois après confirmation de la commande. 

La SOREA n'a rien à reprocher au travail des Abeilles "ils font bien leur travail, on le reconnaît, c'est uniquement sur le plan financier que cela bloque". Pour les Abeilles ce n'est pas une surprise. Ainsi Vincent Launay Directeur Général adjoint de la branche maritime du groupe Bourbon estime que le problème vient de l'évolution du trafic du port de Bayonne."En 1997 Bayonne pesait 4,4 Millions de tonnes de trafic avec 504 opérations de remorquage nous avons réalisé un chiffre d'Affaires de 5MF, en 2000 le tonnage est tombé à 4,1 MT et nous n'avons réalisé que 319 opérations pour un chiffre d'affaires de 3,7 MF. C'est assez clair". Reste que la perspective de la perte du port de Bayonne ne plaît pas beaucoup au sein du groupe Bourbon persuadé d'avoir agi conformément aux besoins. "Dans les ports français on adapte les services à la réalité économique. En 1998 on nous a dit qu'il fallait un remorqueur "Woith Shneider" et nous avons mis en place le Aturri, ce qui nous coûtait plus cher qu'une coque traditionnelle, ensuite on nous demande une seconde unité pour certains types de mouvements. Le trafic baisse et on nous demande de plus en plus de services, le déficit c'est l'effet croisé de tout cela" se défend Bruno de Chateauvieux responsable de la branche remorquage du groupe Bourbon. Pour autant, des efforts ont été réalisés pour tenter de réduire le déficit, ainsi les Abeilles de Bayonne ont stoppé l'évolution de la masse salariale depuis 1999 et baissé sensiblement le coût de la location des coques notamment la seconde qui ne sera plus facturée qu'à l'utilisation. Malgré tout le projet "concurrent" est lancé et les jours des "Abeilles Bayonne SA" sont comptés pour autant que le feu vert soit donné par les Affaires Maritimes. L'administration étudie en ce moment le dossier de décision d'effectifs "le respect des brevets et les réglementations sociales", le dossier "peut remonter plus haut car il a des implications importantes", il est entre les mains du ministre des transports. Seconde phase, l'agrément de la direction du port, devrait suivre logiquement.

La CCI de Bayonne Pays basque observe attentivement ce qui se passe sur son port même si elle maintient une neutralité absolue, tout au moins officiellement. "Nous travaillons avec les remorqueurs extérieurs depuis plus de 30 ans, avant même que ce ne soient les Abeilles. On comprend la grogne portuaire qui trouve que le déficit est trop élevé. Il faut comprendre que l'argent du port vient des usagers et que tout ce que l'on paie aux Abeilles c'est autant de moins d'investi dans le port" rappelle Jean Gérard Colibeau le responsable du port pour la CCI. "Si une solution locale est plus économique on s'en réjouit, pour autant on ne remet pas en cause nos accords passés avec les Abeilles, la convention existe depuis deux ans."

En théorie une concurrence pourrait exister sur la place de Bayonne en cas d'agrément, en pratique elle est impossible. "Des clients créent leur société, il est clair que le chiffre d'affaires va nous échapper c'est inutile de tenter quoi que ce soit, la concurrence est pipée. Par contre si la règle change et que l'on peut armer des remorqueurs avec 3 personnes au lieu de 8 ou 9, cette même règle s'appliquera ailleurs…" prévient Bruno de Chateauvieux qui affirme qu'à Bayonne avec un chiffre d'affaires en baisse, l'équilibre est impossible même pour les prétendants à la succession. Il s'est personnellement déplacé à Bayonne pour rencontrer les actionnaires de la nouvelle société qui eux, parient le contraire.

José Arocena.


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