
| Bayonne: départ du Razna et du Tangaroga bloqués depuis près de 9 ans. Le "Razna" et le "Tangaroga" deux chimiquiers brise-glace lettons bloqués à Bayonne depuis bientôt 9 ans par contrainte judiciaire vont reprendre la mer dans les jours à venir. La saisie conservatoire a été levée le 2 octobre 2002. Les deux cargos qui font partie du paysage local depuis avril 1994 vont être inspectés par des plongeurs afin de vérifier s'ils peuvent naviguer en toute sécurité jusqu'à Rotterdam ou ils seront mis à sec pour un carénage avant de rentrer de nouveau dans la phase active. Avec ce départ, c'est un pan de l'histoire des navires bloqués qui prend fin, une première également dans l'attitude de l'armateur qui a toujours conservé des équipages à bord contrairement aux habitudes dans pareil cas. Armateur contre chantier naval.Le conflit opposait un chantier naval polonais à l'armateur dont la dette s'élèverait à 11 millions de $ US. Jusqu'à ce jour, les équipages des deux navires ont été normalement payés, relevés tous les 5 mois, un peu comme s'ils naviguaient en mer. Cela fait près de 9 ans que le Tangaroga et le Razna sont amarrés au Pays basque. 9 longues années loin de Riga, la capitale lettone coincée entre l'Estonie et la Lituanie. Le 4 avril 1994, le Tangaroga suivi 10 jours plus tard par le Razna, pointait son étrave brise glace devant la bouée d'atterrissage de Bayonne. Comme d'habitude le navire Letton long de 113m, âgé alors d'une dizaine d'années venait livrer ses 17.000 tonnes de méthanol chargés en Finlande à la Sotrasol. C'était sans compter sur un recours engagé par le chantier naval polonais Stocznia Gdanska qui tenait à récupérer une ardoise de plus de 11 millions de dollars, ardoise que la compagnie Latvian Shipping qui arme une 40 aine de navires, devait au chantier naval. Les huissiers attendaient sur le quai, la saisie conservatoire immédiatement signifiée au commandant. Le conflit qui oppose la compagnie d'armement au chantier de Gdansk date de l'époque ou la Lettonie faisait partie intégrante de l'ex URSS. La compagnie nationale avait passé des contrats avec le chantier, contrats qu'elle refuse en partie d'honorer maintenant qu'elle est devenue une société privée au sein de la toute jeune république indépendante. Reste que de nombreux navires sont bloqués et que les méthaniers de Bayonne bénéficient d'un régime de faveur. La haute technologie des deux bateaux a été prise en considération par l'armateur qui décide d'entretenir les deux unités en y conservant des équipages comme à la mer. Les équipages relevés et payés. Habituellement lors de saisies, les navires sont la plupart du temps abandonnés et les équipages oubliés. Dans ce cas précis l'armateur a décidé d'entretenir les deux unités en y conservant des équipages relevés tous les 5 mois. Au début un vol spécial en provenance de Riga se chargeait des relèves tous les 4 mois. Depuis quelques années c'est en bus que les deux équipages transitent entre Riga et le Pays basque. Les consignataires du port de Bayonne, la Matrama dans un premier temps puis Agena Trans dernièrement, s'occupaient de tout ce dont avaient besoin les deux navires. Avitaillement, eau douce, mise à disposition de médecins, matériel de sécurité, carburant pour les 8 groupes électrogènes et le moteur principal, liaisons téléphoniques et même, versement des salaires en dollars. Jamais il n'y a eu de problèmes avec la compagnie qui approvisionne financièrement les besoins du navire. Rencontré à bord il y à quelques temps, le Cdt Andris Rankevics, jovial moustachu, entamait pour la troisième fois un commandement à Bayonne. C'est un habitué depuis 1997. "C'est la compagnie qui nous affecte ici, selon les disponibilités de chacun, c'est comme un embarquement classique sauf qu'on ne navigue plus". Sur ce point tous sont d'accord, ils préfèrent prendre le large. "Ceux qui sont près de la retraite peuvent apprécier un commandement à quai, leur évolution de carrière étant déjà acquise, les autres non!". Classiquement l'armement d'un tel navire nécessite un minimum de 18 hommes en mer. A Bayonne ils sont 12 marins dont une femme, chargée de la cuisine. Journée type à bord. "Nous recevons des instructions de la compagnie par le biais du consignataire. Le service est réparti en conséquence, chaque personne doit accomplir son travail, c'est l'essentiel". L'état général des deux navires, surtout après tant d'années à quai, est pour le moins étonnant. "Nous avons repeint plusieurs fois les deux bateaux de fond en comble. La coque mais aussi toute la tuyauterie du navire. Les hommes travaillent au nettoyage de l'intérieur des ballast qu'ils vont entièrement repeindre, c'est notre mission". Reste une opération impossible à réaliser à Bayonne, le nettoyage de la carène qui doit être infestée de coquillages. L'équipage peut une fois la journée de travail terminée, vaquer à d'autres occupations en descendant à terre. La discipline à bord dépend du commandant. Certains sont stricts, d'autres permettent de temps à autre à l'équipage de découcher du bord pour peu qu'une demande soit faite et que l'on connaisse le point de chute du marin. Miroir aux alouettes Des les premiers mois de blocage à Bayonne, les équipages avaient cru pouvoir réaliser une belle opération. A l'époque les premières voitures destinées à la casse pour bénéficier des primes Balladur avaient attiré leur attention. Pjotrs, marin sur le Razna avait comme bien d'autres, acheté pour moins de 5000F une des voitures destinées à la casse mais qui roulaient encore. "Nous pensions que le blocage allait durer quelques semaines encore et que l'on rentrerait à Riga. Nous étions sûrs de faire un excellent bénéfice en revendant les voitures." Depuis prés de 9 ans, le coût des deux navires à Bayonne est estimé à 40 millions de Francs sans compter le manque à gagner. Un coût tellement élevé qui ne s'explique que par l'engrenage des mois qui passent et par les garanties que représentent les deux unités. Au début tous croyaient que l'affaire serait réglée en deux temps trois mouvements. Depuis, les personnels des navires doutent. Nous ne sommes que des salariés, la compagnie ne nous dit rien mais j'espère que je vais être le capitaine qui remmènera le Tangaroga à Riga, rien ne me ferait plus plaisir. Dans quelques jours les deux navires franchiront de nouveau les passes de l'Adour avec un pincement au cœur, peut être reviendront-ils plus tard, avec de nouveau un chargement pour LBC Bayonne. Pendant qu'ils étaient à Bayonne les deux navires ont changé de couleur, de pavillon pour le libérien, assisté au remblaiement du banc de Saint Bernard, à la construction du pont Grenet, à la création de l'Aciérie de l'Atlantique et à la naissance de la nouvelle digue de la barre, notamment. José Arocena |
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