Date:16.02.2003.
De qui se moque t-on ?


Un coup de gueule qui n'engage que son auteur.


Quelques repères :

1978 : naufrage de l’Amoco Cadiz
1999 : naufrage de l’Erika
2002 : naufrage du Prestige

24 ans déjà, bientôt 25 et que de chemins parcourus nous dit-on.

En ce qui me concerne, en 1978, je me souviens des bénévoles en ciré avec seau et pelle, tout du petit baigneur, une population sinistrée, désespérée qui fut obligée de se défendre pendant des années pour obtenir quelques subsides qui bien entendu n’ont rien à voir avec les dédommagements perçus par les victimes de l’Exxon Valdez.

A toute chose malheur est bon. Nos hommes politiques, excédés, créent le Cedre.
Enfin, on va pouvoir faire des choses positives et déterminantes pour la sauvegarde de notre magnifique littoral.
Nous voilà paré au vent de la bouée. Enorme soulagement.

1999, la pompe miracle sort des dossiers peaufinés puisqu’en cours d’étude depuis la création du Cedre.
Las ! On a oublié ce type de produit dans les paramètres et la pompe est à jeter aux chiens.
Rappelons que dans le contexte recherche et développement, le Cedre est en mesure d’évaluer et de valider sur son plateau technique tous les matériels de lutte sur l’eau ou sur le littoral.
Alors je me souviens des mêmes bénévoles en ciré avec seau et pelle, de ces populations sinistrées, désespérées qui n’ont pour beaucoup pas touché un kopek des caisses soi-disant vide du FIPOL !

2002, le Prestige.

Dans un premier temps, on ne veut pas de bénévole, les pouvoirs publics gèrent sous la haute autorité, entre autres, du Cedre.
Et je vois apparaître toujours ces bénévoles avec seau et pelle, mais même eux, à l’instar des populations sinistrées, sont désespérés.

Revenons au Cedre.
Dans sa plaquette de présentation que l’on trouve sur le Net, il est dit : « Le Cedre a été créé en 1978 dans le cas des mesures prises suite au naufrage de L’Amoco Cadiz pour améliorer la préparation à la lutte contre les pollutions accidentelles….Le Cedre est responsable au niveau national des expérimentations concernant les produits polluants, leurs effets, et les méthodes et moyens spécialisés utilisés pour les combattre dans le cadre d’une mission publique….Le département « lutte et techniques de lutte » regroupe les activités de recherche, d’expérimentation et de réponse aux situations d’urgence ».

Rappelons, toujours d’après la dite maquette, que son budget annuel est d’environ 4 millions d’euros, (soit, en 24 ans, 96 millions d’euros, prés de 6.5 milliards de francs !!!).
Je doute que l’ensemble des collectivités locales sinistrées obtienne un tel remboursement pour les cirés, bottes, seaux et pelles qui ont équipé les bénévoles.

Dans le cadre de ses attributions et responsabilités, le Cedre aura tout de même mis plus de 23 ans avant d’émettre l’idée que, peut-être, certains éléments volatils de ces produits pourraient être cancérigènes. Enfin quelque chose de positif au bout de tant d’années !

Dans le cadre de la préparation à la lutte, le Cedre forme des personnes dans des stages pour les préparer à la lutte antipollution. Je n’ose espérer que ce soit ces bénévoles que nous voyons tous les jours sur les plages.

Le Cedre a-t-il fait l’inventaire des faillites, des pertes économiques, des suicides depuis 1978 ?
Aujourd’hui, imaginons que les pouvoirs publics aient démarré le ramassage en mer tout de suite après le naufrage, bien entendu météo permettant, peut-être que les plages seraient un peu moins souillées et que la saison touristique qui s’annonce ne serait-elle pas compromise comme il apparaît qu’elle le sera.

Aujourd’hui, qui a travaillé sur les filets de ramassage si ce n’est les pécheurs de la cote basque pour les macro-déchets, ceux de Vendée pour les produits polluants et ceux de Galice avec l’invention de l’épuisette portable ?
Encore aura-t-il fallu une démonstration grandeur nature pour ce qui concerne les chaluts alors que le pétrole du Prestige était à portée de main.
Pourquoi les pouvoirs publics n’ont pas réquisitionné davantage de chalutiers, de navires ramasseurs avant que le pétrole ne vienne gâcher toutes nos cotes atlantiques ?

Plus régionalement, où en est le plan d’intervention dans le Port de Bayonne ?
Trop tard pour aujourd’hui. Faudra-t-il attendre un autre naufrage pour démarrer une énième étude ?

Déjà pour l’Erika, les quelques centaines de mètres de barrages flottants de la DDE de Bayonne étaient dans un état de délabrement phénoménal et totalement inopérantes (je le sais, j’ai demandé à les voir pour une éventuelle utilisation).

Très intéressant l’exercice POLMAR d’octobre dernier au Pays Basque qui fut, selon les autorités locales, une réussite totale et ce avec l’appui du centre POLMAR du Verdon qui a fourni, ce me semble, les barrages flottants.
Qu’arrivera-t-il si les nappes de pétrole se présentent simultanément à l’entrée de l’Adour, du Bassin d’Arcachon et de l’Estuaire de la Gironde ?

Je doute que le Verdon se déshabille pour vêtir Bayonne.

Rappelons-nous aussi le Torrey Canyon. Une cohorte d’hommes de loi a parcouru la terre entière pour essayer de retrouver en vain les propriétaires de ce navire.
L’Etat français a réussi à récupérer une partie des frais engagés en bloquant par saisie conservatoire un sister-ship de ce navire bien des années plus tard.

Malgré ce brossage négatif, une bonne nouvelle réchauffe mon cœur.
Enfin les politiques européens ont réussi à (je cite) interdire l’accès aux zones maritimes de l’UE des navires les plus anciens et qui sont souvent des navires de complaisance.

Cette mesure d’application immédiate concerne des navires de certains pays à l’exception de la Grèce. Amusant, n’est-il pas ?

Malgré les annonces avec beaucoup d’effets de manche, de promesse de fermeté, de ras le bol du comportement de tous ces chantres de la mondialisation, je doute que les Etats membres de l’UE trouvent une flotte pétrolière suffisante pour éradiquer tous les pétroliers de 20 à 25 ans d’age et de construction classique sans perturber le ravitaillement de la vieille Europe pour reprendre les propos des champions actuels de la démocratie et des droits de l’homme qui, eux, n’ont absolument aucun scrupule à avoir pratiquement toute leur flotte sous pavillon de complaisance.

Il est tout aussi intéressant de voir qu’après les déconvenues diverses concernant le remboursement des dégâts par les propriétaires de navires poubelles, les Etats de l’UE n’ont pas réussi à décréter le versement d’une caution significative pour tout navire dangereux pénétrant dans les eaux de l’UE.

Il est certain que nous ne voulons pas avoir ou donner le pouvoir d’établir des règles que les USA ont imposées chez eux concernant ce genre de problème.
Manque de moyens, de volonté de politique commune, peur pour certains membres de l’UE de ne plus toucher les subsides américains qui les tiennent en laisse ?
Que choisir dans les motivations de tout un chacun ?
Constat désolant, L’Europe unie n’est pas pour demain et j’ai très peur pour mes enfants et mes petits enfants car aujourd’hui, aucun homme dit politique et encore moins le citoyen lambda ne s’interpose devant tout ce dérapage honteux.

Comment dit-on dans les milieux dits autorisés ? Ah! oui, toujours plus.

Un marin en colère.

Max MILH


Droits d'auteurs
Sommaire
[Pêche professionnelle]  [Navigation de commerce]    Plaisance [Produits de la Mer]  [Dossiers techniques] [Archives] [Livres maritimes]  [Petites annonces]  [Histoires courtes] [Recettes de cuisine] [Artistes] [Liens maritimes]