Date:21.11.2002.
Marée noire: consternation en Galice.


100, 200 ou 300 kilomètres de côtes sont souillées à la pointe de la Galice, dans un des plus beaux endroits de cette terre de marins. La désolation croît chaque jour dans la communauté maritime, surtout depuis que le Prestige a sombré avec son chargement.

Selon le ministre de l'environnement espagnol Jaime Matas qui venait de survoler les zones touchées entre La Corogne et le Cap Finisterre, "295 km de côtes ont été souillées par les résidus du "Prestige" et il faudra au moins 42 millions d'Euros pour nettoyer le littoral". Les officiels ont affirmé que depuis le naufrage du pétrolier, "il n'y a pas eu de nouvelles nappes repérées même si rien n'est exclu, il semblerait que les prévisions des experts se confirment".

Un point de vue que ne partagent pas les marins pêcheurs des cofradias représentés par un cabinet d'avocats qui affirment "qu'un millier de marins pêcheurs de 18 cofradias sont sans emploi à cause de la marée noire"
. De même la Coopérative des Armateurs de Vigo a réclamé "la couverture totale des pertes qui interviendront sur les lieux de pêche et dans les marchés".
L'association des mareyeurs quant à elle a estimé qu'il "est trop tôt pour évaluer les pertes, les répercussions sur les cours du poisson qui seront lourdes en période de fêtes de fin d'année vu qu'il n'y aura plus de fruits de mer de Galice".
Les écologistes craignent que 40% des oiseaux appartenant à 38 espèces protégées de la côte soient tués. En général la population a le sentiment que l'action de l'Etat n'a pas été aussi efficace qu'elle le prétend. Le BNG (Bloque Nacionalista Gallego), nationalistes galiciens ont ouvertement critiqué le gouvernement tout comme Greenpeace.

600 millions d'Euros de pertes.

Les premières estimations des pertes économiques s'élèvent à environ 600 millions d'Euros selon M. Xoan Ramon Doldan, directeur d'investigation économique des pêches de l'Université de Saint-Jacques-de-Compostelle. Pour en arriver à ces chiffres, le chercheur a mis en parallèle d'autres marées noires comme celle du pétrolier "Mar Egeo" voici juste 10 ans en Galice ou son équipe avait mené une étude poussée sur les effets économiques.

Pour les chercheurs de l'université de st Jacques, "cette marée noire semble être plus difficile à maîtriser que la dernière et touchera beaucoup plus de kilomètres de côtes car le navire est au large et non échoué à la côte comme le "Mar Egeo" il y a dix ans".
La phase de récupération économique de la Galice sera "d'au moins dix ans pour l'aquaculture, la mytiliculture et le ramassage des coquillages et pousse pieds".

Le pessimisme des économistes est basé sur le nombre de kilomètres qui sont ou vont être touchés par la marée noire. "Nous avons une zone plus grande qui est déjà touchée, des "Rias baixas" à La Corogne". Les craintes sont fondées depuis que le "Prestige" a coulé avec sa cargaison, et que les arrivées de fioul continuent, vu que le pompage à 3500m de fond est difficilement envisageable.

Les pertes dans le secteur du tourisme seront importantes et celle qui touchent la pêche sont dors et déjà énormes. La pêche littorale a été interdite, les centaines de petits navires côtiers, fileyeurs mais aussi bolincheurs du secteur touché ont reçu une interdiction de prendre la mer.
Même chose pour l'aquaculture et le ramassage des pousse pieds et autres coquillages. Une situation aggravée par la proximité de la période de noël qui implique des cours élevés.
La "Consellería de Pesca" ministère des pêches de Galice a déposé une interdiction de pêche du Cap Finisterre au Ferrol, un secteur qui devrait être élargi au jour le jour, en prenant en compte les nouvelles arrivées de fioul sur les Rias et autres plages.

Accusés de minimiser l'ampleur du désastre.

Les marins pêcheurs de Galice ont accusé le gouvernement de Madrid de "minimiser les conséquences de la pollution".
Andrés Garcia président des armateurs du port de Sada a vivement protesté contre la non interdiction de prendre la mer pour plusieurs ports côtiers de Galice.
"Nous avons pris la mer en toute confiance avec une vingtaine de bolincheurs. Nous pêchons traditionnellement à 6 milles au nord ouest de la tour d'Hercules et alors qu'on allait tourner notre senne nous avons senti l'odeur de fioul, il y en avait partout. On est en colère car si on avait jeté nos filets, ils auraient été foutus et ces filets valent beaucoup d'argent".
Les marins ne comprennent pas pourquoi "les autorités tiennent tant à minimiser les conséquences de cette marée noire".

Barrage pour protéger l'aquarium de Finisterre.

Les 400 espèces de l'aquarium de Finisterre sont en sursis. L'aquarium, un modèle en son genre qui utilise directement l'eau de mer en pariant sur le côté "écologique" et non spectaculaire est en crise. Pas de filtres, pas d'eau de mer recyclée, tout vient directement de la mer. "Nous vivons une véritable crise et avons mis en place un barrage pour tenter de prévenir tout risque. Déjà de fines particules de pétrole flottent à la surface et se sont déposés sur les rochers ce qui nous a obligé à mettre en place un possible plan d'évacuation de nos 400 espèces" a expliqué Ramon Nunez, le directeur de l'aquarium.
Dans les jours qui viennent deux solutions seront mises en place, l'apport d'eau de mer par camions citernes et l'évacuation pure et simple vers d'autres bassins.

De plus en plus de Rias menacées.

Des lundi, les premières nappes et taches de pétrole ont été repérées près de O Salnés et Barbanza, deux villages proches de la baie d'Arousa, la zone la plus productive des moules d'Espagne. Les sentinelles ont repéré les prémices de la pollution et ont donné l'alerte.
A Corrubedo les premiers ramassages de pétrole à l'aide de moyens dérisoires, pompes et pelles, ont permis en une journée le ramassage de 90 tonnes de fioul. C'est le changement de direction du vent qui à épargné quelque peu, la baie d'Arousa menacée par la pollution mais pour aller anéantir la zona de Camaño, ou le fioul s'est déposé sur tous les rochers réduisant à néant la récolte de pousse pieds dont dépend la subsistance des habitants de Porto do Son. Tomás Fajardo Dacosta, le président des pêcheurs locaux estime que "le pétrole a détruit une des zones les plus riches de Galice en production de pousse pieds et de coquillages. C'est une véritable ruine pour nous et jamais les barrières ne pourront être efficaces vu que c'est directement ouvert sur la mer ."

La cofradia de Ribeira a repéré des nappes au dessus de la zone protégée de Corrubedo, en plein parc naturel ou se reproduisent en paix, pousse pieds, poulpes, araignées et autres crustacés de choix. Les bolincheurs du port sont rentrés mardi avec les filets souillés de fioul.
Le risque le plus important pour l'écosystème réside dans la pollution possible, probable même, des rias. Ces immenses fiords ou se trouvent des fermes marines, bateas de moules et multitude de petits ports de pêche.
Les autorités de galice et de Madrid n'ont presque rien mis en place pour éviter que la pollution pénètre dans les rias. "Ils pensaient que le pétrolier allait être tiré au large et que ce serait mieux ainsi alors que maintenant qu'il est au fond, il va nous polluer pendant des années" estiment les marins en colère.

Pour sa part le ministre de l'intérieur qui a survolé la zone sinistrée a affirmé que le choix pris était le bon "Nous avons voulu éloigner le bateau des côtes de Galice, maintenant qu'il a coulé par 3500m de fond on est plus tranquilles que s'il s'était échoué à la côte".
Un point de vue rarement partagé par les spécialistes.

Colère des mytiliculteurs. Le secteur se prend en main sans l'aide de l'Etat.

Les professionnels de la mytiliculture se sont pris par la main et ont décidé de réagir afin de sauver les meubles.
"90% de l'emploi local est en jeu car nous vivons tous directement de la mer et du tourisme. "
De nombreuses réunions ont lieu entre professionnels et spécialiste pour tenter d'élaborer un plan de sauvegarde de la baie d'Arousa.
Première mesure prise par les propriétaires des batéas de la région, déplacer les navires de tout le secteur vers la baie d'Arousa.
"Nous devons donner un coup de main aux collègues afin d'extraire le maximum de moules avant que n'entre le fioul et les mettre sur le marché mais aussi et surtout approvisionner les usines de conserves. Si nous ne faisons rien nous serons ruinés" ont expliqué les producteurs galiciens.

Les professionnels ont réclamé d'urgence la mise en place de barrages flottants à l'entrée de la baie afin d'éviter au maximum la contamination de la Ria. Une demande rejetée par le ministère des pêches qui a indigné les mytiliculteurs. "Enrique López Veiga le ministre des pêches galicien a refusé tout net notre demande, nous sommes indignés et outrés, une douche froide pour tout le secteur" a indiqué surplace M Cati Montesinos le responsable de la cofradia de San Martiño de O Grove.
"Nous avons été trompés, on s'est moqué de nous en tentant de minimiser l'affaire et en essayant de nous tranquilliser."
Le responsable des pêches galicien estime quant à lui que les "barrages flottants seront mis en place une fois que les nappes se seront déplacées de Mouros à Arousa, pas avant car nous n'avons pas assez de matériel ni de temps pour faire de la prévention".

Le responsable de la cofradia a durement critiqué l'action des services publics "qui préfèrent nettoyer ce qui est sali plutôt que de tenter de préserver ce qui ne l'est pas encore".
Du coup des barges de ramassage de moules vont être placées à l'entrée des rias pour former un barrage artisanal à l'initiative des professionnels. "Nous avons besoin d'un minimum de 8 km de barrages antipollution et peut être bien plus si les vents tournent en notre défaveur. En attendant nous nous sommes réunis à trois cofradias pour réunir un millier de bateaux qui feront barrage".
Le marché des barrages flottants est en rupture de stock, le Portugal en a acheté préventivement 15km des que le "Prestige" a été dérouté vers ses côtes.

Moules de Galice: un chiffre d'affaires de 125 millions d'euros pour 3337 bateas.

Le secteur touché par la pollution, Ria de Muros Noia et ses 200 bateas de moules et Arousa avec 2.200 bateas ont facturé en 2001 plus de 80 millions d'Euros.
Le reste se répartit entre les nombreuses rias: O Grove, Carril, Vilaxoán, Vilanova, A Illa, Cambados, Palmeira, Rianxo, Cabo de Cruz, Pobra do Caramiñal, Aguiño et Ribeira.

Indemnisations: 30 euros par jour par marin.

Le conseiller des pêches de Galice Enrique López Veiga a indiqué qu'il mettait en place un plan permettant l'indemnisation rapide des sinistrés.
"Nous avons une première liste d'ayant droits d'environ un millier de personnes qui vont percevoir des aides. Ils seront payés tous les quinze jours et cela suppose un effort très important pour notre administration".
Ces aides pourront être distribuées dans quelques jours une fois le texte régulateur publié dans le journal officiel. "Nous allons verser une somme forfaitaire de 30 euros par jour d'inactivité pour les matelots des navires de pêche et pour les travailleurs du secteur des fruits de mer. Les armateurs percevront 21 euros plus 4,75 euros par TRB par jour d'inactivité" a indiqué le responsable des pêches qui n'écarte pas la mise en place de nouvelles mesures comme l'exonération des charges de sécurité sociale.
Le conseil des ministres de l'agriculture de l'U.E du 28 novembre se penchera sur les aides que l'U.E pourrait apporter à l'Espagne.
Pour sa part Madrid a annoncé par l'intermédiaire de son délégué du gouvernement qu'il allait "compenser les pertes des personnes affectées et ce avant les fêtes de noël". De même les frais occasionnés par le nettoyage des côtes serait "remboursé" par Madrid.

Une commission interministérielle avancera un panel de mesures concrètes au conseil des ministres des vendredi. Dors et déjà, le chiffre de 7 millions d'Euros par jour est avancé.

Le gouvernement d'Aznar va réclamer à l'assureur britannique (P&I) 60 millions d'Euros de garantie, le reste venant "du fond de Londres, un consortium indépendant des nations unies".
Les porte paroles des groupes parlementaires au sénat ont présenté une motion demandant au gouvernement espagnol de créer un fond européen pour l'indemnisation des dégâts occasionnés par le naufrage du "Prestige" et ont réclamé "la modification des règles de navigation pour les navires transportant des chargements dangereux" afin que les passages aux caps se fassent loin des côtes.
De même les parlementaires ont demandé que l'Etat "poursuive les responsables afin qu'ils ne restent pas impunis."

José Arocena.

4500 personnes sont directement affectées.
18 km de barrages disponibles.
5km de plus ont été commandés.
150 militaires ramassent à la pelle le fioul.
13.000 emplois dans la conserve de la zone.
Les fermes marines comme Stolf Sea Farm (60% de la production mondiale) écloseries de Turbots ne sont pas touchées pour le moment mais craignent l'arrivée de possibles nappes.


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