Date:21.11.2002.
L’affréteur du pétrolier échoué est installé à Zoug depuis deux ans.


MICHEL EGGS
Publié avec l'aimable autorisation de La tribune de Genève pour Sextan.com.
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Crown Ressources AG est une filiale d’une holding proche du Kremlin.

Les conséquences économiques et écologiques du naufrage seront lourdes.
Lorsque l’Exxon Valdez échoua en Alaska, voilà treize ans, les doigts accusateurs se pointèrent sur l’affréteur: le géant américain Exxon assuma ses responsabilités.
Coût des travaux de nettoyage des côtes et des indemnités: 2,5 milliards de dollars (quelque 3,62 milliards de francs).
Dix ans plus tard, le même réflexe mit sur la sellette le groupe français TotalFinaElf lorsque le pétrolier maltais Erika fit naufrage au large de la Bretagne.
Aujourd’hui, c’est Crown Resources AG, affréteur du Prestige, qui est dans la tourmente. Crown Resources AG? Une mystérieuse société suisse aux capitaux russes.

C’est à l’avenue de la Gare de Zoug que "Crown" s’est installée, lorsque son propriétaire, la holding russe Alfa, lui attribua, le 30 juin 2000, les activités d’une compagnie (Crown Trade and Financial Limited) inscrite à Gibraltar, qui avait elle-même succédé, en 1997, à Crown Trade Finance Inc basée aux îles Vierges. En septembre 2000, Crown récupérait également la compagnie de service britannique Crown Commodities Ltd, l’air et le fisc zougois semblant convenir parfaitement aux Russes qui confièrent à leur société suisse le soin de mener toute une série d’activités de négoce international, principalement liées aux produits pétroliers.

Origine des fonds en question

Il n’y a pas que les adresses de Crown qui changent régulièrement. Les têtes également: le 25 juillet dernier, Crown annonçait le remplacement de son patron (CEO) Elliot Spitz (retrait pour "motifs personnels") par Steven Rudofsky, un ancien de la plus célèbre société zougoise, Marc Rich. Hasard sans doute, Crown était sur le point de racheter Marc Rich Investments, au printemps 2001, lorsque la transaction échoua au dernier moment. Pour un désaccord sur le prix, avancent certains; à cause de l’origine des fonds de Crown prétendent d’autres.

La provenance des capitaux de Crown, les liens entre sa maison mère Alfa immense holding dirigée par Mikhail Fridman, active dans le pétrole, la banque et les télécoms, dont la valeur est estimée à 8 milliards de dollars et le Kremlin, voire même les activités de la société basée à Zoug font l’objet de questions qui ne trouvent guère de réponses. Surtout que le nom de Crown apparaît aussi bien lorsqu’il s’agit d’échanger du pétrole irakien contre de la nourriture que lorsque le très contesté président du Venezuela Hugo Chavez cherche à obtenir un prêt de 5milliards de dollars de la part de Khadafi, ou encore lorsqu’il est question de négociations entre Cuba, le Venezuela et la Libye pour moderniser la raffinerie cubaine de Cienfuegos construite par les Russes.

Voilà aujourd’hui que cette très discrète société suisse apparaît sur le devant de la scène, comme affréteur principal, à défaut d’être seul, du pétrolier Prestige. Est-ce à dire que c’est elle qui devra régler la facture de la catastrophe qui s’annonce au large de la Galice? Rien n’est moins sûr: Crown n’a pas la même image à préserver que des multinationales comme Exxon ou TotalFinaElf, donc pas le même intérêt à assumer spontanément sa part de responsabilité. "Dans une telle affaire, il est bien difficile de définir qui est le méchant." L’image est de Me Carlo Lombardini, spécialiste en droit international qui s’attend à une très longue procédure (dix ans?) tant le cercle de responsables peut être large.


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