Le musée Bonnat de Bayonne vient d'inaugurer la
nouvelle présentation de sa collection de peintures, confiée
à l'écrivain Jorge Semprun.
Jorge Semprun a découvert Bayonne en 1936. Il
arrive sur les quais de la ville Basque un soir d'automne, débarquant
d'un chalutier en ligne directe de Bilbao. Avec d'autres familles, il fuit
le début de la guerre civile espagnole. "Je me sens chez moi
dans toutes les villes où il y a un fleuve, une bibliothèque
et un musée" explique Jorge Semprun lundi, aux premiers visiteurs
du musée Bonnat de Bayonne. "C'est la première fois que
l'on me propose un tel projet, et l'idée de travailler à
partir du legs de Léon Bonnat, un collectionneur qui a fait son
apprentissage dans l'atelier du peintre Federico Madrazo, à Madrid,
m'a beaucoup séduit"
Semprun a répondu favorablement à la demande
du conservateur Vincent Ducoureau, il avait carte blanche. "J'ai longuement
fait le tour des trésors du musée, les salles mais aussi
les réserves" explique l'ancien ministre espagnol de la culture
pour qui il s'agissait là d'un exercice nouveau.
Finalement ce sont cinq salles qui ont été
revues et corrigées à la sensibilité du sud. Dans
le patio du musée Bonnat, Eduardo Arroyo un peintre ami de l'écrivain
a prêté un triptyque pour l'occasion, "Réflexions
sur l'exil". Le parcours est guidé par les mots de Semprun gravés
sur un bloc de marbre gris. "Un regard d'exil, en quelque sorte. Un
regard fait de tendresse exigeante, de nostalgie parfois ironique ou souriante.
Un regard qui ne se tourne vers le passé que pour essayer de deviner
l'avenir."
La prose de Semprun côtoie les peintures de Goya,
El Greco, Ingres, Degas, Rubens, David et les dessins de Michel-Ange, Léonard
de Vinci ou Raphaël sans oublier les autres peintres locaux tournés
résolument vers le sud mais aussi des dessins du sculpteur basque
Eduardo Txillida. "Txillida est l'un des plus grands sculpteurs contemporains.
De plus, c'est un Basque très symbolique d'une volonté d'arriver
à la pacification. Lorsque j'ai vu il y a quelques mois au musée
Reina Sofia à Madrid, une rétrospective de Txillida, il m'a
semblé qu'il y avait quelque chose de très classique dans
la modernité et l'absolu de son art"
La visite du musée Bonnat nouvelle version dénote
singulièrement avec l'ancienne. De 200 tableaux, Jorge Semprun est
passé à 500, sur les 5000 œuvres de possède le musée
Bonnat. Un accrochage massif, manquant d'air parfois mais tellement équilibré
que l'ensemble respire le sud. L'exposition est en place pour une
"durée indéterminée".
José Arocena.