Un étrange échouage sur la côte basque.


Dimanche 12 octobre 1997, le "Capetan Tzannis", vraquier grec sous pavillon panaméen de 143 m se trouve au mouillage devant Bayonne sur lège en provenance des îles du Cap Vert. Il doit rentrer mardi pour charger 12.000 tonnes de soufre. Vers 2h du matin, le vent se lève et souffle en rafales à force 8 creusant une mer qui reste toutefois praticable. 4 heures plus tard il se trouve échoué sur une plage d'Anglet à quelques encablures de l'embouchure, victime d'une série de maladresses, voir d'incompétences. Résultat, une fissure de 3 mètres de long sur l'avant de la coque, le gouvernail faussé et 120 tonnes de fuel lourd se répandent sur les plages, polluant pour la première fois le littoral basque. Les moyens de remorquage propres au port de Bayonne ont été mobilisés pour tirer le cargo de ce mauvais pas mardi matin, un échouage qui aurait pu facilement être évité pour autant que les compétences locales aient été sollicitées.

A bord du "Capetan Tzannis", vraquier construit au Japon en 1971 appartenant à un armement grec qui a choisi le pavillon panaméen, l'équipage fort de 21 membres est en grande partie pakistanais et ghanéen. Seul le commandant est grec, Pappas Anargiros âgé de 52 ans, voici ce qu'il écrit concernant l'échouage sur son livre de bord:

2h10, le cargo mouillé sur une ancre tribord dérape.

5h45, le Capetan Tzannis est échoué!

Le livre de bord comporte uniquement ces deux lignes concernant l'avarie!

Cela dit, il s'est passé plus de 4 heures entre le moment ou le vent s'est levé et celui ou le cargo s'est échoué. Le navire est vide, les ballast également ce qui offre une prise au vent importante et réduit d'autant les possibilités de manœuvre du bateau. L'état général du cargo est déplorable, les treuils de guindeau sont poussifs et ne parviennent pas à virer la chaîne tribord qui n'est mouillée que de 6 maillons. La propulsion est apparemment en bon état de marche mais malgré les essais répétés, le Capetan Tzannis ne parvient pas à redresser son cap et reste en travers à la houle. C'est en tout cas la version du Cdt. En aucun moment ce dernier ne lance un appel de détresse ni demande une assistance au port de Bayonne. C'est là que les pilotes sont furieux. "Nous avons appris l'échouage à 9h du matin en écoutant France Info, c'est un comble. Entre 2h et 6 heures il s'est passé 4 heures pendant les quelles nous pouvions intervenir, conseiller le Cdt, ballaster le bateau, larguer la chaîne d'ancre et sauver le navire. Même si nous n'avions pas pu regagner le large, nous aurions choisi de l'échouer sur une autre plage que celle là, une plage de sable sans cailloux, ce qui aurait évité la pollution hydrocarbure" pestent les pilotes de Bayonne. Ils sont persuadés qu'ils avaient les moyens et les capacités d'éviter l'échouage pour autant que l'on fasse appel à eux. "Le Cdt n'a pas voulu couper la ligne de mouillage, les grecs ont sur ce point une véritable religion: ne jamais se séparer de la chaîne, alors que c'est justement ce qu'il fallait faire". Reste que les déclarations du Cdt du Capetan Tzannis ne correspondent pas avec celles enregistrées par les différents intervenants lors du sinistre. C'est le sémaphore de Socoa qui le premier remarque un mouvement inhabituel devant Bayonne à 5h15 du matin. "Ils ont remarqué que le cargo bougeait et l'ont contacté par radio à 5h40 pour voir ce qui se passait. Le Cdt du Capetan Tzannis a répondu qu'il allait lever l'ancre pour changer de lieu de mouillage" explique la marine de Brest chargée de communiquer sur l'incident. "En aucun moment un appel de détresse n'a été lancé par le cargo". Entre temps Socoa prévient la capitainerie de Bayonne mais il est déjà trop tard, le cargo se trouve à un demi mille de la plage. Officiellement le Capetan Tzannis est échoué à 6h45, une heure trente après que la capitainerie ait été avertie mais 4h30 après que la ligne de mouillage ait commencé à déraper.

Difficile de trancher avant que l'enquête nautique ne rende ses résultats, ce qui ne saurait tarder. Il ressort toute fois que les décisions du Cdt ont été pour moins légères voir marquées par une incompétence évidente. Certaines voix évoquent même l'échouage volontaire remarquant l'attitude pour le moins bizarre du navire. Quelques jours avant l'incident, le Capetan Tzannis a été croisé au large du Cap Finistère en Espagne alors qu'il faisait du rase cailloux en dehors de toute route "normale". Prévenu par radio par un cargo hollandais, il a répondu qu'il allait à Bayonne et pensait passer le long de la côte car il ne disposait pas des cartes nécessaires pour suivre le rail. Autant d'éléments qui sont aujourd'hui étudiés avec soin afin d'étayer un dossier qu'il faudra bien financer en bout de route. Le renflouage réalisé de main de maître par les trois remorqueurs de Bayonne, le Pornichet le Noirmoutier et l'Abeille Supporter a permis de retirer le cargo de sa fâcheuse posture. Ce dernier a fait route vers Bilbao, pris en charge par un autre remorqueur à hauteur d'Hendaye. La dépollution de la plage souillée par 120 tonnes de fuel lourd a été engagée dés le mardi matin par une équipe de spécialistes venue de Rochefort, appuyés par des sapeurs pompiers. Dans quelques jours il ne devrait plus rien rester du passage du Capetan Tzannis, hormis des traces de coque sur l'épi de la plage de la Madrague à Anglet.

José Arocena.

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