FIN DU "AR BREIZONEC".


A 48 ans Joseph Potel, malouin installé au pays basque depuis 13 ans va casser son bateau le 25 novembre 1999. La fin d’une histoire mouvementée à quelques années de la retraite qu’il aurait voulu voir venir un peu plus tard. Hospitalisé à la suite d’une grève de la faim et des problèmes nerveux, il n’accepte pas de bonne grâce d’être obligé de se séparer du Ar-Breizonec.

Le 18 mai 1989 Joseph Potel achète un chalutier de 17m60 d’occasion. Construit en 1964 il a roulé sa bosse mais peut encore étaler à condition de faire quelques travaux. D’entrée de jeu les choses prennent une mauvaise tournure. « On nous avait conseillé de contracter deux prêts différents, un pour le bateau et un second pour le matériel de pêche. On nous a accepté le prêt du bateau mais pas celui du matériel, du coup nous avons du travailler avec les filets de notre ancien bateau de 12m » raconte mme Mireille Potel. Très vite la situation financière de l’armement s’effrite, le fileyeur pêche peu, les équipages sont difficiles à composer et l’Ar-breizonec continue doucement à s’enfoncer. En 1995 c’est le redressement judiciaire avec un plan d’apurement du passif étalé sur 8 ans. Un virage que Joseph Potel veut mettre à son profit pour redresser la barre. Il y parvient doucement, rachète des filets grâce notamment à la compréhension de certains fournisseurs et parvient enfin à dégager des bénéfices lors des deux derniers exercices. Comme tous les navires de pêche, l’Ar-Breizonec est soumis aux contrôles de sécurité. Le permis de navigation de 1998 prévoyait notamment le remplacement de la passerelle avant le 15 mai 1999. 
« Il s’est avéré que les banques ne prêtent pas lors qu’on se trouve en redressement judiciaire. Les travaux exigés par les affaires maritimes s’élèvent à plus de 500 KF, autant dire qu’ils nous ont condamnés .» En dehors même du problème de financement, le fait d’investir 500 KF sur l’Ar-Breizonec paraît comme quelque chose d’incongru. Le navire est fatigué, un tel investissement ne se justifie pas vue la valeur vénale du bateau. En février 99 le moteur est refait avec le reste de la trésorerie de l’armement qui espère obtenir des affaires Maritimes une souplesse suffisante pour passer outre le remplacement de la passerelle, sans succès. « Notre permis de navigation se terminait le 15 mai 99 et nous étions dans l’impossibilité de trouver une solution au problème. On ne pouvait pas emprunter pour se mettre aux normes et mon mari n’envisageait pas de se séparer du bateau ». Pour tant la solution est venue du plan de casse. Au mois d’août l’Ar-Breizonec est inscrit sur la liste, le dossier est accepté le 30 octobre et l’Ar-Breizonec devra être détruit pour le 25 novembre. « Nous vivons une situation inacceptable, alors que l’on aurait pu continuer à pêcher quelques années tranquillement on nous a mis le couteau sous la gorge. Mon mari ne l’a pas supporté et est maintenant hospitalisé depuis le 5 novembre. » Les aides fournies par le plan de casse permettront tout juste de payer le passif de la société, l’équipage se retrouvera sans travail, le patron de même. « Mon mari n’envisage pas de naviguer comme matelot ou mécanicien à son âge. Sa carrière est terminée, j’en veux beaucoup aux banques et à l’administration qui ne font pas preuve de souplesse .»

José Arocena.


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