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Record
battu pour l'équipe de Bruno Peyron, rappel d'une belle histoire.
Résumé du tour du monde en
64 jours du maxi-catamaran Orange.
Communiqué de Presse N° 92
64
jours pour effectuer à la seule force du vent le tour de la planète,
Ouessant et retour, via les trois grands caps à laisser à gauche, Bonne
Espérance, Leeuwin et le Horn. 64 jours et des brouettes pour avaler, dévaler
et cavaler sur 28 000 milles d'océan, près de 52 000 kilomètres à
18,2noeuds de moyenne. Bruno Peyron et son maxi catamaran Orange
s'emparent du Trophée Jules Verne, améliorant le record d'Olivier de
Kersauson de plus de 7 jours. Course contre la montre, aventure humaine, défi
à l'océan, pari technologique... le Jules Verne est tout cela, amplifié
et multiplié par treize. Treize comme le nombre de marins ayant choisi de
limiter leur espace vital à deux tubes de carbone pour mieux embrasser
tous les océans du monde... Synopsis :
Faux départ.
Préparée et organisée dans la minutie depuis plusieurs mois, l'aventure
des 13 hommes d'Orange prenait, en ce jeudi 14 février juste avant midi
un départ de rêve : vent idéal en force et en direction, mer plate,
lumière élyséenne... Orange déroulait progressivement et selon un
tempo mûrement réfléchi sa longue foulée de coureur de fond. Première
accélération, pour voir, sentir le bateau, se faire un peu plaisir aussi
après la lourde tension du départŠ et tout de suite la blessure, la déchirure
qui stoppe net l'élan du catamaran ; la tête de mât vient de
s'affaisser, rompue net. Désarroi, incrédulité... toutes les couleurs
du doute traversent en accéléré les esprits de Peyron et de ses marins.
Grand voile affalée, mât temporairement sécurisé, Orange fait route
vers Vannes et son chantier « maternel ». Les solutions abondent. De
cruciales décisions doivent être prises. Orange repartira. 6 mètres de
mât seront intégralement reconstruits. A marche forcée, le chantier
Multiplast s'engage à réparer le bateau. Sous les efforts conjugués des
spécialistes de Gilles Ollier et des équipiers de Peyron, les délais
les plus optimistes sont pulvérisés. Bruno Peyron annonce un nouveau départ
pour le samedi 2 mars.
Orange repart, Géronimo abandonne.
15 jours seulement après avoir frôlé l'abandon définitif, Orange est
de nouveau sur la ligne de départ au large d'Ouessant. En ce samedi 2
mars, à 8 heures 36 minutes et 21 secondes, les juges officiels du World
Speed Sailing Record Council enregistrent le début de la nouvelle
tentative de Bruno Peyron contre le Tour du Monde sans escale et en équipage.
Au même instant, quelque part au large des côtes brésiliennes, le
tenant du trophée, Olivier de Kersauson renonce. Seuls au monde, Bruno
Peyron et ses 12 compagnons ont désormais en ligne de mire la date
fatidique du dimanche 12 mai 23 heures 57 minutes, date au-delà de
laquelle leurs efforts n'entreront pas dans l'histoire. D'ici là, les
plus vastes solitudes de la planète les attendent, scandées par quelques
noms mythiques, Bonne espérance, Leeuwin, le Horn, et les symboles intermédiaires,
au premier rang desquels le passage de l'Equateur. Sir Peter Blake avait,
en 1997 établi un premier temps référence en parcourant les quelque 3
400 milles qui séparent Ouessant de l'Equateur en 7 jours et 4 heures.
Plein vent arrière, Orange tire de longs bords de portant. Le Géant dévore
les milles superflus à grande vitesse. Le temps de passage dans l'hémisphère
sud semble un temps à sa portée. Mais le droit d'entrée en Atlantique
Sud s'acquitte lors du passage obligé par un drôle de péage : le pot au
noir. Peyron vient y buter. Les hommes se battent, de pétole en coups de
vent sous les grains. Les masses d'air immobile tardent à relâcher le Géant
Orange. Blake garde son record. Peyron sourit : « Chapeau Sir Peter. »
Orange entre en Atlantique Sud le dimanche 10 mars à 6 heures 36, 7 jours
et 22 heures après avoir quitté Ouessant. Peyron devance déjà
Kersauson de 3 jours et 6 heures.
Histoire de trajectoires
Prochain objectif : Bonne Espérance. L'Atlantique Sud présente en ce début
d'automne austral un drôle de visage. Les alizés de Sud Est exhalent un
souffle bien asthmatique. Quant aux grands systèmes dépressionnaires des
Océans du Sud, ils tardent à s'établir, incapables de bousculer les
zones de hautes pressions massées sous l'Argentine. « Ca ne va pas être
simple ! » résume Bruno, laconique. Fidèle à son habitude,
l'anticyclone de sainte Hélène oscille d'Est en Ouest, prêt à prendre
dans sa nasse tout marin aventureux en quête de record. Bruno Peyron et
Gilles Chiorri, bravant l'étouffante moiteur de la cabine, épluchent
fichiers météos et cartes de champ de vent. Hervé Jan, chef de quart en
route pour son 7ème tour du monde est un conseil précieux. Il faut
contourner sainte Hélène en glissant loin dans l'Ouest sous les côtes
brésiliennes. Orange inaugure un style de navigation peu orthodoxe appelé
à devenir jour après jour sa marque de fabrique : la « longue route »
; Peyron fuit les allures trop près du vent. Un tour du monde se gagne
dans la régularité. Le bateau doit être préservé, afin de pouvoir lâcher
toute sa puissance chaque fois que les conditions optimum de navigation
sont réunies, mer maniable et angle propice de vent. La route des
quarantièmes passe ainsi loin de l'Afrique et un infernal jeu de
cache-cache s'installe avec l'anticyclone. « A quoi tient un record ?»
pense Peyron. « A une petite tige de métal de 30 cm de long » lui répond
Philippe Péché qui, au détour de sa tournée habituelle de vérification
du bateau a ramassé, miraculeusement posée en équilibre sur les filets,
une des deux tiges de métal habituellement enfermée dans le boîtier de
têtière de grand voile et qui assure le bon coulissement du chariot !
Tombé de toute la hauteur du mât, soit 40 mètres, ce petit morceau
d'acier aurait dû sombrer corps et bien, laissant l'équipage dans
l'ignorance d'une dégradation certaine de la têtière de grand voile et
ce, à l'orée des quarantièmes rugissants ! Car le grand sud est là, à
portée de gennaker... mais la mer, de plus en plus mauvaise, s'oppose à
la marche du bateau. Orange ne peut descendre et doit
traverser l'anticyclone à hauteur de l'archipel Tristan da Cunha. Le vent
passe enfin au Sud Ouest et le géant orange double le cap de Bonne Espérance
le jeudi 21 mars dans la nuit,
après 18 jours, 18 heures et 40 minutes de course, établissant un
nouveau temps intermédiaire sur la distance.
Indien maudit ...
Entré par un trou de souris dans l'Océan Indien à moins de 100 milles
des côtes Sud Africaines et quelque 700 milles plus nord que la route
empruntée par Kersauson en 1997, Orange cherche tout de suite à
rejoindre les trains de dépression du grand Sud. Cap Sud-Sud Est. Mais
l'Indien chahute l'aventureux catamaran orange. La remontée des fonds sur
le plateau des Agulhas et les courants descendus de la côte orientale du
continent africain s'ajoutent à la violence d'une dépression très
creuse pour offrir aux hommes de Peyron une tempête estampillée «
quarantième rugissant ». Les prises de ris se succèdent. Toute la gamme
des combinaisons de voiles est descendue. Peyron, une nouvelle fois
cherche le meilleur compromis entre vitesse et préservation d'un bateau
qui tape, enfourne, se câbre et oppose ses 20 tonnes à l'énormité des
vagues. Les « arrêts buffet » se succèdent, quand Orange, lancé à
plus de 30 n¦uds, « plante » violemment dans la mer. Le bateau
encaisse, les hommes paient, qui d'une lèvre ouverte, qui d'un bassin
contusionné, qui d'une soupe bouillante renversée... Le 23 mars, Peyron
doit se résoudre à faire le dos rond. Orange navigue à sec de toile une
partie de la nuit, à près de 20 n¦uds sous mât seul ! Mais le vent
forcit encore. Les creux atteignent les 10 mètres et déferlent à une fréquence
de plus en plus rapide sur le maxi-catamaran réduit à la taille d'une «
coquille de noix ». A 1000 milles des Kerguelen, Orange est à la cape.
Ainsi va la route vers l'Australie. Mer désordonnée et vent contraire,
Peyron oublie un instant vitesses et records. Priorité à la préservation
des hommes et du matériel. Les moyennes chutent. Qu'importe ! Il faut
passer, composer avec les éléments, être en phase. Grises journées,
ambiance morose. L'Océan décide et dicte aux marins le mot « patience
». Dimanche 31 mars, Orange franchit la longitude du cap Leeuwin, avec
une journée et 7 heures d'avance sur le tableau de marche d'Olivier de
Kersauson et un nouveau record intermédiaire en poche, 29 jours, 7 heures
et 22 minutes entre Ouessant et le cap australien. Pourtant, l'Océan
Indien a coûté cher, près de deux jours perdus entre Bonne Espérance
et la pointe orientale de l'Australie.
Iceberg country...
Oui ! L'océan a coûté cher, en temps, en sueur et en bosses. Son prélèvement
obligatoire aurait aussi pu dépasser le crédit chance de Peyron ; très
(trop) sollicité dans la brise au près au large des Kerguelen, deux
cloisons intérieures de la poutre arrière du catamaran géant se sont délaminées
! Yves « Mister carbon » Le Blévec reprend la stratification et
applique un renfort tout carbone. Travail d'orfèvre. L'équipage
pluri-disciplinaire choisit par Bruno Peyron fait merveille. Orange a mangé
son pain noir. Les albatros relaient les pétrels. Les lumières du Sud éclairent
la route enfin assagie du géant marseillais. Les milles défilent à
toute allure sur les répétiteurs du bord au bonheur des hommes de barre
encagoulés. Orange, allégé après 35 jours de mer, retrouve son
comportement de fin coursier. Il aime la longue houle et les quarts
rivalisent à présent d'expertise à le faire dévaler les pentes
liquides à pleine vitesse. A ce jeu, Orange est promptement entré dans
les cinquantièmes. Le vent est stable et fort. Peyron et Chiorri placent
sans coup férir le grand cata en bordure ventée des dépressions. C'est
le moment d'attaquer, bateau au vent arrière et bien à plat sur la
houle. Les vitesses instantanées débordent la marque des 30 n¦uds. Le 9
avril, 627, 54 milles ont été parcourus à 26, 15 n¦uds de
moyenne ! Les températures chutent. On allume les radars et on pense : «
Iceberg ».
Tellement fort qu'il finit par apparaître, énorme, de la taille d'un
cargo, et en ce mercredi 10 avril, c'est le barreur, Philippe Péché qui
l'aperçoit en premier. Orange marche à 30 noeuds. Le radar n'a rien
signalé. Il est éteint. Tout l'électronique vient de disjoncter ! Le même
incident de nuit et... frayeur
Samedi 13 avril, 12 heures 28 heures françaises. L'aube australe n'est
pas encore levée pour Peyron et ses 12 compagnons. Il bruine, il fait
froid. Orange marche toujours vite quand une ombre se devine sur la
gauche. C'est lui, c'est le Horn. Au terme de 42 jours, 2 heures et 52
minutes de course, le maxi catamaran Orange émerge de l'Océan Pacifique
qu'il a avalé en 12 jours, 19 heures et 30 minutes, record absolu depuis
Leeuwin! Kersauson est à plus de 4 jours.
L'Atlantique Sud, bis repetitas.
Que de milles parcourus en Atlantique lors de la descente avec ce grand
bord à l'Ouest ! Qu' il serait bon de raccourcir pour une fois la
route ! Las ! ce n'est pas le lot de Peyron et de ses hommes. Une énorme
dépression se forme au large de Buenos Aires. La barrière tombe sur la
route directe. A quinze milles dans l'Est des Falklands, Peyron sait que
le passage du Horn n'est que symbolique. Orange est toujours dans les
quarantièmes et c'est à l'énergie et à l'intelligence qu'il retrouvera
l'hémisphère nord. Cap à l'Est ! On fuit le près et la mer
casse-bateau. On parie aussi. Contre le déplacement de cette dépression,
contre les ballonnements de l'anticyclone. 47 ème jour de course.
L'archipel de Tristan da Cunha est de nouveau sur la route d'Orange. Les
calmes de l'anticyclone aussi. Il faut pourtant traverser. A grand coups
d'empannages, à la force du poignet ; 6, 7, 8 man¦uvres lourdes par
jour, envois et affalées de grand gennaker, envois puis affalées de
spi... empannages, on choke, on borde, on relance... on navigue au baromètre.
On cherche la pression. Le cap n'est pas bon ? tant pis, on privilégie la
vitesse pour gagner degré après degré dans le Nord... une consolation
cependant, gants néoprènes, cagoules et masques de ski sont remisés
dans les fonds. Les marins s'épluchent, enlèvent couche polaire après
couche polaire et aspirent à une première grande toilette depuis
plusieurs semaines. Le baro s'envole, 1027 hpa. Peyron pousse sa logique
à fond et navigue plus de 1000 milles à l'Est de la route de Kersauson.
La mer est dure. La dépression est passée par là. Orange l'a évitée,
de quelques heures seulement. Peyron peut rigoler. L'air rentre doucement
par l'arrière, il est chaud et sent l'Afrique. C'est l'alizé, ticket
gagnant pour l'équateur. Le XIII d'orange exulte. « Nous marchons à 24
n¦uds sous gennaker et sur la route directe » lâche Bruno. "A
journée égale, nos prédécesseurs de The Race et du Jules Verne
louvoient à 9 noeuds au près sous les côtes du Brésil ! » Le mercredi
24 avril, Orange franchit de nouveau l'Equateur. Son incroyable virage à
l'Est, en rallongeant sa route de 23% , a néanmoins porté le temps
record entre Ouessant et l'Equateur via les trois grands caps à 53 jours,
4 heures et 49 minutes, soit 5 jours et 6 heures de mieux qu'Olivier de
Kersauson.
Damoclès...
Peu de réjouissance à bord d'Orange pour célébrer le retour rapide en
Atlantique Nord. Bien avant l'équateur, Ronan Le Goff, mécanicien du
bord s'alarmait des grincements lugubres du mât sur sa boule.
L'observation révèle que la pompe de graissage automatique ne fonctionne
plus. Pis ! La boule en titane de 12 cm de diamètre sur laquelle repose
les 1200 kg du mât est fissurée sur une demi circonférence. Si elle
venait à céder, c'est tout l'espar et le gréement qui s'effondrent. Le
Blévec s'active de nouveau. Il calfeutre la zone blessée sous un
catafalque de carbone. Peyron et Chiorri privilégient plus que jamais la
route de la sagesse, angle de vent favorable et mer clémente. Mais rien
n'est vraiment simple dans ce tour du monde bien peu orthodoxe. L'alizé
est orienté plein nord. « Non, vraiment, je n'aime pas le près »
bougonne Peyron qui, peu soucieux d'affronter la mer de face, envoie son
maxi catamaran vers les côtes américaines. Orange croise la route de
Kersauson en 97. Traversera-t-il les Açores ? Non, les hautes pressions y
jouent à domicile. Il faut une nouvelle fois contourner, résister à
l'appel de l'europe, de la France, de la Bretagne et s'écarter toujours
et encore de la route directe. Il en va non plus du record, mais de la sécurité
des hommes et du bateau qu'un trop long bord de près pourrait acheverŠ
Voilà ! la pression revient sur tribord. Peut-être verra-t'on Florès,
première terre depuis des semaines ? faux espoir, l'anticyclone marche
dans l'ombre de Peyron qui relance à nouveau cap vers le Nouveau monde.
Jeudi 2 mai 18 heures : "Pare à empanner ! ». Cette fois, c'est le
bon bord. Nord Nord Est, route vers Ouessant, et pleine balle de préférence.
Le ciel se zèbre des sillages stratosphériques des avions à réactions,
la civilisation, sans doute. A l'horizon, quelques cargos. Soudain,
majestueux et sorti de nulle part, un élégant voilier est en route de
collision avec le grand catamaran. Un bref salut, une pensée aussi des
marins d'Orange vers leurs frères figaristes en route vers Saint Barth et
les équipages de la Volvo Race qui cinglent aussi vers la France. Le
sillon GPS d'Orange doit bien les étonner ; car Peyron fonce et rajoute
une nouvelle journée à plus de 540 milles à son actif...
Site
officiel de Orange
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