02.11.2001.

Vitoria-Gasteiz premier port de pêche du Pays basque.

José Arocena.
Depuis quelques années les poissonneries du Pays basque espagnol proposent en plus du merlu capturé dans le golfe de Gascogne, du merlu en provenance d’Afrique du Sud. Un merlu commercialisé à peu prés 20 francs moins cher le kilo que le poisson local. Un merlu qui petit à petit s’est imposé sur les étals des grandes surfaces et des petites poissonneries fort bien achalandées. Au premier coup d’œil l’espèce sud africaine ressemble beaucoup à son congénère local, pratiquement même tête mais un corps un peu plus allongé et aux dires des cordons bleus, de moins bonne qualité, encore que ce point se discute tant la fraîcheur est comparable. On trouve du merlu de ligne ou de chalut, bien frais, et surtout en grande quantité même lorsque celui du Golfe tend à manquer. Cet approvisionnement touche le Pays basque espagnol mais dépassé de loin ses frontières pour atterrir sur les étals de l’ensemble de la péninsule ibérique.

C’est au beau milieu des terres du pays basque que l’on trouve le premier port de débarquement de merlu d’Espagne. Loin de la mer, au cœur de la province d’Alava à Gasteiz siège du gouvernement autonome basque. Avec 25.000 tonnes débarquées en 2000, l’activité de l’aéroport poursuit sa progression régulière entièrement dédié au fret. Inauguré le 16 février 1980 le nouvel aéroport avait la vocation de devenir le premier du pays basque en captant la clientèle locale mais également celle de Bilbao relié par une autoroute. Gasteiz, capitale politique du Pays basque voulait également devenir le pôle économique de la communauté autonome. L’aéroport moderne avec sa piste de 3500 mètres de long par 45 de large n’attendait plus que les passagers pour rentabiliser la mise. C’était sans compter sur la réaction du concurrent de Bilbao implanté au cœur d’une population de plus d’un million d’habitants qui a su malgré les protestations des riverains, moderniser ses propres installations et rafler la mise en attirant vers lui les passagers de Gasteiz. La fréquence des vols proposés par Bilbao a failli sonner le glas définitif de l’aéroport voisin.

14 ans après sa création, la plate-forme aéroportuaire a du effectuer un virage étonnant changeant radicalement de cap au début des années 90. Quelques chiffres pour s’en convaincre : en mille neuf cent quatre vingt quatorze 195.000 passagers et 1.400 tonnes de fret. En deux mille 125.000 passagers et 35.000 tonnes de fret, le virage est bien pris.

« Un rapport économique indiquait que l’Espagne se situait au second rang mondial des pays consommateurs de poisson et que l’approvisionnement traditionnel par les ports de pêche était en baisse constante. Nous avons réalisé une étude de marché sur plusieurs pays d’Afrique et d’Amérique latine et avons rencontré les producteurs locaux » explique José Maria Navajas directeur général de DECOEXA société privée de logistique implantée à Gasteiz. Les mareyeurs locaux d’Afrique du Sud et de Namibie cherchaient à atteindre le marché espagnol, c’était le début d’une belle réussite économique. En 1994 la compagnie aérienne Sud African Cargo démarre une rotation sur le Pays basque afin de tester l’infrastructure locale mais également les possibilités de pénétration du marché du Sud de l’Europe. Un démarrage lent mais sérieux avec deux vols par semaine en provenance de Namibie et d’Afrique du Sud. « Les mercredi et les dimanche avec à chaque fois 100 tonnes de poisson par vol » se souvient le directeur général de DECOEXA.

D’entrée de jeu le principe est clair : des acheteurs espagnols ou d’autres pays limitrophes achètent le poisson localement par l’intermédiaire de contacts locaux, certains disposent de bureaux surplace avec du personnel. Les diverses espèces sont triées, classifiées puis emballées avant d’être expédiées par avion d’Afrique. Le chargement est récupéré quelques heures plus tard à Gasteiz ou livré sur n’importe quelle destination européenne.

Aujourd’hui ce sont plus de 25.000 tonnes annuelles qui transitent par le terminal de produits périssables de l’aéroport basque, un fret contrôlé par la douzaine de mareyeurs espagnols qui ont la main mise sur ce marché particulier du frais d’importation.

Jumbo Jet.

14h06 le Jumbo Jet de la compagnie MK Airlines touche la piste sous le soleil de fin septembre. Une manœuvre pour se positionner devant l’imposante tour de contrôle et déjà l’immense nez de l’appareil s’ouvre alors qu’une noria de chariots approche le Boeing 747 Cargo. A son bord, quelques fleurs d’Afrique du Sud cueillies quelques heures avant mais surtout des dizaines de tonnes de merlu. Classifiés, rangés dans des caisses polystyrène, ils forment des palettes compactes et réfrigérées. La vingtaine de personnes chargées de la manutention sont à pied d’œuvre et en quelques minutes, le monte charge expulse en douceur par la gueule ouverte du Jumbo, le produit de la pêche fraîche des marins d’Afrique du Sud. Chaque caisse étiquetée indique l’espèce de poisson, le poids, le calibre, entier ou en filets, la technique employée pour sa capture, palangre, chalut etc…le nom du bateau, de l’expéditeur et de l’acheteur, le certificat sanitaire, on peut difficilement être plus précis. Les palettes traversent le tarmac pour terminer leur course dans l’un des terminaux à température contrôlée de DECOEXA situés dans une enceinte de 4000 m2 couverts. C’est là que de nouveaux lots sont constitués conformément aux ordres envoyés par les mareyeurs exportateurs par fax ou courrier électronique, lots qui correspondent aux camions qui vont les embarquer pour la distribution finale. 
« Nous sommes en mesure de livrer du poisson d’Afrique du Sud sur n’importe quel point d’Europe, rapidement. 3 heures après l’atterrissage des avions, les camions sont prêts à partir, l’inspection vétérinaire réalisée, les lots vérifiés » affirme José Maria Navajas. De fait, le vétérinaire de l’aéroport inspecte les documents du pays d’origine, prélève des échantillons et vérifie que tout est en ordre avant de donner le feu vert. « C’est obligatoire même si ce contrôle a déjà été effectué en amont, nous n’avons que très peu de problèmes sanitaires vu qu’il s’agit de poisson frais de qualité supérieure » reconnaît le vétérinaire. La plate-forme intermodale est ouverte les 24 heures de la journée 7 jours par semaine, un service indispensable lors qu’on travaille du poisson frais.

Avions Cargo et soutes à passagers.

Même si l’idéal consiste à travailler uniquement sur des avions cargo en ligne directe entre le producteur et le consommateur, la réalité est toute autre. Une partie de la charge transite par les soutes des avions de passagers que la société DECOEXA récupère pour la centraliser à Gasteiz, véritable centre intermodal. « Nous avons environ 40% de notre fret qui passe par les aéroports européens, poisson que nous ramenons en camions ici. C’est un souci de rentabilité qui nous oblige à ce genre d’exercice sachant que les produits de grande qualité sont ceux qui viennent directement en avion à Gasteiz » rappelle le responsable. Comment ne pas profiter des 6 vols quotidiens entre l’Afrique du sud et Londres ou de la fréquence des relations entre Paris et le Yémen. « C’est par Paris que transite le thon « Yello Fish » en provenance du Yémen, le volume n’est pas assez important pour se permettre un vol cargo sur Gasteiz qui repartirait à vide ». C’est bien là que réside l’un des problèmes du transport aérien en général. Le coût d’un vol Namibie-Gasteiz avec 100 tonnes de merlu à bord est facturé 150.000 dollars, soit 1,5$ US le kilo de poisson transporté. Ce même poisson en soute dans un avion de passagers coûte nettement moins cher même en comptant le transport routier de Londres au pays basque. L’économie est d’environ 15 cents de $ par kilo, ce qui n’est pas négligeable vu les tonnages! Le coût du transport aérien peut sembler peu élevé en comparaison du prix total du merlu sur les étals. Toute fois 1,5$ représente prés de 50% du prix du poisson payé aux pêcheurs de Namibie ou d’Afrique du Sud. Reste que la tendance n’est pas à l’économie mais à la fraîcheur. « Les mareyeurs tendent à vouloir plus de qualité et choisissent le vol direct. C’est plus cher mais la qualité est encore meilleure. » La solution consiste à trouver du fret pour le vol du retour afin de diminuer fortement les coûts et inciter les compagnies aériennes à fréquenter l’aéroport basque. Durant quelques mois c’est un marché triangulaire qui se met en place entre l’Afrique du Sud vers le Pays basque avec du poisson, du Pays basque vers les Etats Unis ou le Canada avec des légumes primeurs venus du sud de l’Espagne et entre le Canada et l’Afrique du Sud avec un autre fret. « C’est de cette manière que l’on peut réduire les coûts et parvenir à faire tourner cette plate-forme multimodale » affirme José Maria Navajas. De son côté la chambre de commerce, la province et le gouvernement basque ont mis en place deux sociétés, VIA et VIAS ayant pour but le développement de l’aéroport. Une infrastructure composée de spécialistes dans le domaine du commerce international afin d’attirer de nouveaux marchés. Des contacts sont bien engagés surplace par les cadres qui n’hésitent pas à se déplacer comme en Mauritanie, Sénégal et autour du lac Victoria ou le Kenya, Ouganda et Tanzanie qui produisent de la perche qui pourrait bien venir directement sur les criées espagnoles. C’est une nouvelle piste qui est étudiée afin d’ouvrir d’autres marchés sans passer obligatoirement par le pré-achat. Les mareyeurs du secteur du lac Victoria semblent tentés par ce débouché même si l’envoi de cargaisons non encore vendues comporte une part de risque certain. Risque bien faible au regard des prix pratiqués surplace.

 

 

En 1995 la production de poisson débarquée à Gasteiz était de 8000 Tonnes, la progression se situe environ entre 30 et 40% par an. L’année 2000 a atteint les 25.000 tonnes ce qui est un record pour l’aéroport même si 40% vient des autres aéroports. 90% du poisson est du merlu, 5% de la lotte, 2% du thon et 3% de divers notamment des crustacés. 80% vient d’Afrique du Sud et de Namibie, 10% d’Amérique du Sud et 10% des Etats Unis et Canada, ces derniers exportent du merluchon et du homard. Le seul aéroport européen pouvant concurrencer Gasteiz est Hostende en Belgique. En plus du fret poisson, l’aéroport accueille 25 mouvements quotidiens d’avions DHL et 1 T.N.T, les passagers se contentent de 3 vols quotidiens vers Madrid, Barcelone et les Baléares sans compter les vols charters.

350 personnes travaillent sur l’aéroport de Vitoria-Gasteiz dont 30 pour la société DECOEXA qui dispose d’installations propres. 9000m2 dont 4000m couverts a température régulée avec 6 chambres frigorifiques. DECOEXA appartient à un groupe d’agents de douane,  privés.

 

José Arocena.


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