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Muriel Hirigoyen
Sud Ouest
Elles sont 84.000 femmes à travailler pour la pêche européenne.
Elles sont marins pêcheurs embarquées (6 %), elles travaillent dans la conchylliculture, l'aquaculture (30 %), ou dans la transformation (60 %).
À elles seules, elles occupent 22 % des emplois du secteur. Mais il ne s'agit là seulement de celles qui possèdent un statut professionnel et économique
reconnu.
Il faut y ajouter les conjointes des armateurs, qui interviennent bénévolement dans l'entreprise pour donner un coup de pouce au mari en mer; ou celles qui
vendent la pêche en direct au port, toujours bénévolement.
A elles toutes, leur poids sur le secteur, essentiellement artisanal et familial en Europe, est fort.
Pourtant, elles ont beau se démener, elles sont peu reconnues.
Les 23 et 24 janvier, la commission européenne de l'agriculture et de la pêche leur a tendu la perche. 135 femmes, dont 43 Françaises, et trois Basques
: Anne-Marie Esteban, Véronique Gabin, Mathilde Passicot, d'Uhaina(¹), accompagnées de Mikel Epalza pour la Mission de la mer, étaient invitées à Bruxelles
à un conférence au titre prometteur : «Quelle place pour les femmes dans le secteur de la pêche ? ».
Pendant deux jours, elles ont pu échanger leurs expériences : des Galiciennes qui ont obtenu des crèches, des aides à la diversification, des budgets pour financer
leurs projets, aux Françaises qui sont à l'origine d'un statut de conjoint collaborateur(²).
Elles ont aussi exprimé leurs besoins, en terme de reconnaissance, d'égalité des chances, de formation.
La commission les a écoutées (le premier jour du moins), les a encouragées à poursuivre leur travail en réseau, a reconnu la discrimination dont elles sont victimes
, et souligné leur sous-représentativité dans les structures professionnelles.
Elle leur est apparue « demandeuse de projets et prête à les financer », note Anne-Marie Esteban.
Qu'il s'agisse de formation, comme d'épanouissement personnel. La commission leur a aussi fait des propositions, soigneusement notées :
« Elles concernent 1. l'amélioration du statut des femmes, 2. l'amélioration de l'image de la pêche, 3. le toilettage de la législation sociale des états membres. »
Et tout se serait passé pour le mieux, si Franz Fischler, le commissaire européen, n'avait évoqué la future politique commune des pêches et la réduction de flotille
qu'elle implique.
Ses hôtes l'ont fort mal interprété.
Les représentants basques comme les autres. « Il nous a demandé d'aider à faire passer la pilule de la réduction de flotte à nos maris ! Et les réactions ont été très vives. Nous
sommes femmes de marins et nous voulons le rester. Comme l'a dit une Française, nous ne voulons pas être les auxiliaires de la casse des bateaux ! »
Et de fait, les représentantes restaient perplexes quant à la réelle volonté de la Commission en organisant cette rencontre.
« Il reste à se demander si, après la transformation de la mer et après l'aquaculture, les femmes seraient le dernier leurre de la PCP avant le crash final de la petite pêche côtière »,
écrivent les deux fédérations françaises de femmes de marin dans un communiqué commun.
Les demandes des femmes
Les représentantes européennes ont signé un texte commun qui demandait une amélioration et un approfondissement de l'étude Mac allister, qui a servi de base
à cette conférence, et semblait bien trop sommaire au goût des participantes.
La mise en place d'un réseau sur internet.
Les femmes veulent ainsi disposer d'un outil d'échange et d'information.
Après tout, elles ont appris seulement durant cette conférence que la commission européenne avait débloqué des fonds pour financer leurs projets.
Enfin, elles ont lancé « un appel à proposition pour l'amélioratoin du statut des femmes du secteur des pêches directement financé par la direction générale de la pêche à destination des femmes de la conférence de Bruxelles. »
De fait, un réseau internet (network) a déjà été ouvert à leur intention (http ://www.fishwomen.org).
Quant aux fonds, ils existent bel et bien, mais les représentantes d'Uhaina restent sceptiques quant à leur utilisation, s'ils ne sont pas spécifiquement
destinés aux associations telles que la leur.
« La subsidiarité reste de mise », notent-elles. « Donc, ce sont les Etats membres et les régions qui gèrent ces fonds. Et nous doutons de la volonté de la France de nous aider. »
(¹)_Association des familles de marins des ports de Capbreton, Bayonne, Saint-Jean-de-Luz-Ciboure et Hendaye.
(²)_Ce statut ne satisfait d'ailleurs pas les deux fédérations de femmes de marins françaises; notamment pour la représentativité dans les structures professionnelles.
Elles seront entendues sur ce dernier thème le 26 février à Paris.
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