Octobre 2001.

Pêche et valorisation du thon rouge

Par Muriel Hirigoyen 
Sud Ouest.

L'IFREMER étudie un projet d'embouche du thon rouge. Ou comment capturer les thons, les engraisser pour les importer au Japon où ils feront de précieux sushi. Un rêve ?

Il ne s'agit que d'un projet, très loin encore d'une concrétisation locale. Mais il fait rêver. Il n'y a qu'à voir la réussite des « fermes » qui pratiquent déjà l'embouche du thon rouge en Espagne du Sud. Mais cette technique est-elle transposable aux thons pêchés par les canneurs français et espagnols ?

   Nathalie Caill-Milly, du laboratoire halieutique IFREMER(¹) d'Aquitaine et Marc Suquet, son collègue de Brest, étudient la question, en compagnie de leurs confrères de l'AZTI. Et ils ne disposent pour le moment d'aucune réponse définitive. Mais de beaucoup de données.

Notamment celles qu'ils ont récoltées dans les fermes dans la région de Murcia. Il y en a 6, et elles produisent à elles seules 5000 tonnes de thon rouge à sashimi par saison. Une entreprise à première vue rentable, qui utilise un procédé délicat, mis au point par les Japonais.

GAVÉS DE POISSONS GRAS

 « Les thons sont capturés à la senne, au large d'Ibiza, de mai à juillet, explique la scientifique. Ces spécimen, bien plus gros qu'ici (170 kilos lorsque nous y sommes allés) sont mis dans des cages de transport, circulaires, de 40 mètres de diamètre, et de 20 à 26 mètres de hauteur, qui sont tractées jusqu'à Carthagène à très faible vitesse : de 1 noeud ou 1,5 noeud. Le voyage jusqu'à Carthagène peut durer de dix jours à trois semaines. Là, ils sont placés dans des cages plus grandes, toujours circulaires : elles peuvent atteindre jusqu'à 90 mètres de diamètre. Le thon nage en banc et a besoin de mouvement. » C'est là qu'ils sont engraissés.

 « On leur donne du poisson entier, congelé, gras, comme le maquereau, la sardine et des poissons pélagiques(²), ainsi que des compléments vitaminés, poursuit Nathalie Caill-Milly. En pleine période, il faut donner 20 kilos de poisson par jour à des thons qui vont atteindre ainsi 200 kilos. Les fermes ont donc besoin de quantités astronomiques de poissons. L'organisation des producteurs Capsud est d'ailleurs un de leurs fournisseurs. »

Oui, mais ces thons, entre trois et neuf mois après leur capture, énormes et gras, feront de la parfaite chair à sashimi, sushi crus très prisés par les Japonais. Frais, ils sont commercialisés à plus de 30  par kilo (près de 200 francs). « Le taux de mortalité annoncé par les fermes où nous nous sommes rendus, est faible. 4 % au transport et moins de 10 % lors du cycle de nourrissage. Ce que nous avons vu était une réussite : en ce qui concerne la qualité de la chair, la maîtrise des ventes, et des stocks de poissons pour l'alimentation. Ceci étant dit, ces fermes restent tributaires d'un seul marché. »

Justement, le petit thon d'une quinzaine de kilos pêché à la canne dans le Golfe de Gascogne, pourrait, lui, trouver d'autres débouchés : auprès des communautés asiatiques d'Europe. A condition de mettre au point l'embouche sur la côte : c'est une autre paire de manches 

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 (¹)_IFREMER : institut français de recherche pour l'exploitation de la mer. Le laboratoire halieutique d'Aquitaine, anciennement à Saint-Pée-sur-Nivelle, a déménagé à Bidart.

   L'AZTI : Institut technologique de pêche et d'alimentation.

   (²)_Harengs, sardines, anchois, maquereaux, chinchards, capelans, poutassous, etc.  

 

 


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