Dans quelques jours, les linéaires
des grandes surfaces proposeront pour la toute première fois, une boite de
sardines spécifique contenant du poisson pêché par les bateaux de Saint
Jean-de-Luz Ciboure. Les « Belles de saint jean de Luz » mises en
boîte par la très renommée conserverie bretonne « Connetable »
de Douarnenez seront commercialisées dans le grand Sud Ouest. Une première
à l’initiative conjointe du conserveur et de Capsud Op, l’organisation de
producteurs du port basque. Avec la disparition de la toute dernière usine
locale, Saupiquet, voici quelques années, l’idée même de voir un jour des
conserves de sardines luziennes était saugrenue. « En 1995 nous avons
contacté Eric Tabarly à l’occasion d’un rassemblement de vieux gréements
à Douarnenez et nous avons lancé la première boite de sardine personnalisée
sous le nom de son voilier « Pen duick », une opération qui a
rencontré un vif succès et que nous poursuivons depuis la disparition de
Tarbarly grâce à la collaboration de Jacqueline, son épouse » raconte
Eric Chancerelle le gérant de « Connetable ». Avec une production
de un million de boites par an rien que pour la « Pen duick », le
choix semble avoir été marqué par le succès. « D’entrée de jeu
nous avons parié pour la qualité et le savoir faire, notre usine existe à
Douarnenez depuis 1853 et nous sommes en mesure d’élaborer un produit
incomparable, à l’ancienne ».
Une visite des lieux suffit pour s’en
convaincre. Les 325 ouvrières vêtues de blanc, alignées face à des grilles
qui passent devant elles s’affairent, ciseaux à la main, l’œil averti et
le geste précis. Les sardines déchargées du camion en provenance du Pays
basque sont plongées dans un bain de saumure pendant une heure environ. Une
opération de lavage qui permet en même temps de les raffermir. Placées dans
des bacs, les sardines commencent un long parcours qui les mènera en fin de
cycle dans des boites serties et emballées. Un groupe de femmes prend chaque
sardine à la main et coupe la tête tout en les vidant d’un geste précis.
Ce travail manuel et soigneux permet d’avoir une sardine parfaitement nettoyée
à un rythme de 20 sardines par minute, autant dire que les ouvrières sont
efficaces. Ces mêmes sardines sont aussi tôt placées une par une, la queue
en l’air, sur des grilles spéciales en inox qu’elles ne quitteront plus
avant la mise en boîte. Un rail automatique qui serpente tout autour de
l’usine amènera les sardines vers la cuisson, un bain d’hile d’arachide
à 120° durant 3 à 5 minutes. Les quelques hommes qui travaillent parmi les
centaines de femmes s’occupent essentiellement des taches de manutention. Ce
sont eux qui récupèrent les grilles chargées de sardines pour les stocker
durant une demi journée, le temps pour les sardines d’évacuer l’eau et
les huiles résiduelles. De nouveau, les ouvrières prennent les poissons un
par un à la main et coupent au ciseaux le « collet » trop brûlé
par la cuisson ainsi que la queue. Reste à les trier par taille et à les
placer dans les boites. Les « Belles de Saint Jean-de-Luz » sont
rangées par 4 dans une boite bleue représentant un bolincheur rentrant dans
la baie de Ciboure. Caque boite suit son petit chemin sur un tapis roulant ou
elle est remplie d’huile d’olive avant de se voir coiffée d’un
couvercle et sertie hermétiquement. Il ne reste plus qu’à les stériliser
dans un autoclave moderne, de les stocker quelques mois et de les déguster.
Cette préparation à
l’ancienne est le savoir faire de « Connetable », savoir faire
qui différencie une sardine sortie de Douarnenez d’une autre élaborée
dans d’autres usines avec des méthodes modernes. « On existe par
la qualité, nous ne nous battrons pas sur les prix car on, trouve toujours
moins cher ailleurs. En revanche la qualité et le savoir faire est notre
domaine, c’est le patrimoine de notre entreprise » Eric Chancerelle
tient beaucoup à cette notion de qualité, cette même notion que l’on
trouvera dans les boites de sardines pêchées par la flottille des
bolincheurs traditionnels de saint jean de Luz.
Des niches de qualité.
Les belles de Bretagne, Pen
Duick, Belles de Douarnenez, Belles de Port Vendres et Belles de Saint Jean de
Luz, autant de niches qui visent un marché de connaisseurs qui semble
porteur. Connetable prévoit dans un premier temps un démarrage avec 100.000
boites de poisson basque pour monter à un niveau possible de 800.000
boites/an. « Nous devons nous adapter à la production, le produit est
de qualité, maintenant il faut que les basques poursuivent leurs captures et
nous fournissent. Nous on fait en sorte que les produits soient référencés
en grandes surface et qu’ils plaisent au consommateur » affirme Pascal
Lozachmeur le responsable du marketing.
12 bolincheurs pour les
« belles de Saint Jean-de-Luz »
Avec 250 tonnes par an, la
campagne de sardine avait du mal à s’écouler en plein hiver sur le seul
marché du frais. Les pêcheurs étaient obligés de se limiter en tonnages,
l’arrivée de la nouvelle conserve devrait permettre de se libérer des
contraintes actuelles. « Nous pêchons un poisson de qualité, au filet
tournant, une sardine qui arrive vivante à bord et qui est saisie dans de
l’eau glacée, gage de qualité » explique Richard Ubera le patron du
bolincheur Esperantza 2 et président de Capsud OP. Joël Fournerat le
directeur de l’OP, à l’origine de l’opération pense que « cette
formule devrait permettre d’ici trois ans de doubler la production de
sardines d’autant que l’espèce n’est pas soumise à quotas. » Les
cours d’achat de Connetable seront basés sur les prix de retrait.
Les sardines une fois élaborées
seront proposées en grande surface à des prix allant de 1,5 à 2,2 euros la
boîte. 10 bolincheurs luziens et
deux hendayais sont concernés par cette production qui leur est réservée,
après la sardine, le maquereau et le germon sont déjà à l’étude.
José Arocena.