Date:13.12.2002.

Campagne de pêche au fioul pour 10 chalutiers basques
A bord du chalutier "L'île des faisans."

En ordre militaire, les 10 chalutiers basques français des port de Saint-Jean-de-Luz et de Hendaye ont sillonné durant près d'une semaine un secteur maritime situé au nord ouest de l'Espagne au large du port de Santander.

10 chalutiers réquisitionnés sur ordre du préfet maritime de Brest avec pour mission de ramasser les plaques de fioul échappées du Prestige, les plaques les plus menaçantes pour le littoral français.


7h30 du matin, l'équipage du chalutier "l'île des faisans" embarque à la base navale de l'Adour de Bayonne le filet spécial mis au point par les techniciens militaires. Le chalut apporté dans la nuit par camion de Brest est ausculté par les marins. Un filet spécial qui dispose d'une partie arrière largable une fois remplie de fioul.

"Le travail est le même que pour le poisson, c'est juste la fin qui change, on sépare le cul du chalut qui sera récupéré par la marine nationale" explique Hans Behoteguy le patron de pêche de "l'île des faisans".

En fin de journée le chalutier qui pêche en couple avec le "Sopite" arrive sur les lieux et se met aux "ordres" de l'aviso qui coordonne les opérations. Un appel sur la radio VHF du bord canal 10.

Sur les 200 kilomètres de route qui séparent le littoral français des nappes, nous n'avons croisé pratiquement personne, hormis un cargo et un porte conteneurs qui se dirigeait vers Bilbao. La mer semblait propre et pas une plaque de fioul à la surface de l'eau.
Première nuit, l'ensemble des chalutiers stoppe la prospection et dérive devant Santander. La mer est peu agitée et la météo prévoit des vents forts de sud ouest pour le lendemain. Une mauvaise nouvelle. Les vents vont éloigner les nappes de la côte espagnole et les rapproches du littoral landais.

Lendemain matin, les 8 chalutiers sur zone se mettent en marche à l'unisson. En ligne, ils font route à l'ouest et rendent compte à l'aviso de toute plaque rencontrée sur leur passage.
Au début ce sont des petites boulettes puis des plaques de la taille d'une grosse assiette et par endroits des taches de plusieurs mètres. Avec le reflet de l'eau, le fioul semble de couleur marron et se déplace à bonne vitesse au gré des vents et courants, direction l'Est, direction la France.


Le chalutier "Baron" qui se trouve à quelques encablures de nous met le filet à l'eau. "Nous avons pêché une plaque, puis deux autres, ça marche bien" indique le patron par radio.
Tellement bien que le chalutier à du mal à relever la dizaine de tonnes de fioul et doit faire appel à "l'Elan", bâtiment de la marine nationale chargé de récupérer les fonds des filets remplis de fioul. "L'Elan" s'emmêle les hélices et bloque le tout. Il est remorqué sur Santander par "l'Ailette", second bâtiment de soutien sur zone. Du coup tout est bloqué. Les chalutiers doivent attendre que les navires de soutien reviennent avant de pouvoir se remettre en pêche.

Les chalutiers sont recouverts de fioul, les hommes protégées par des combinaisons spéciales jaunes, gants, bottes, masques et lunettes. "On a vite chaud la dedans mais c'est indispensable. On nous a obligé à porter ces protections et on les porte, on ne veut pas de mauvaises surprises" avouent les marins bu bord qui après les opérations jettent les tenues et se décontaminent à l'aide de produits spéciaux avant de prendre une douche et de passer à table.
"Ça leur coupe pas l'appétit, au contraire" explique Patrick Carré le cuisinier, soucieux de la ponctualité des rendez vous à table. "A la pêche on mange 5 à 7 fois par 24 heures, ici c'est bien calme, on se repose, notre seul souci c'est de savoir quand nous serons payés".

Un contrat a été passé entre la marine nationale et les armateurs avec une clause de paiement à 45 jours, ce qui ne plait pas aux marins du bord, habitués à percevoir leur paye en fin de chaque marée.
Au bout de huit jours, les 10 navires de pêche ont tous ou presque capturé du fioul. Un bilan positif en ce qui concerne les chalutiers mais moins honorable pour la marine nationale qui n'a pas eu de chance. L'alcyon est resté bloqué à Bayonne durant plusieurs jours en panne moteur, "l'Elan" doit passer en cale sèche pour retirer l'hélice et le chalut rempli de fioul qui s'est bloqué. L'ailette a du remorquer l'Elan de Santander à Bayonne. Du coup, seuls trois chalutiers vont reprendre la mer ce week-end pour tester la mise en place de barrages flottants, toujours sur des eaux espagnoles.

L'opération Polmar reste plus que jamais ouverte, des chalutiers de Lorient devraient la semaine prochaine se voir réquisitionnés à leur tour afin de tester le système ati-pollution. La marée noire du Prestige devrait finalement arriver sur les côtes françaises à court terme, c'est ce que prévoient les vents et courants.

José Arocena.
Reportage photos.


Droits d'auteurs
Sommaire
Pêche  Marine marchande  Voile Produits de la Mer  Dossiers techniques Archives  Livres maritimes  Petites annonces    Histoires courtes  Recettes de cuisine  Artistes  Liens maritimes