Quel Avenir pour les pêcheurs basques.

                                                                                                                        
Henri Pivert                                                                                                                              Robert Alvarez

Le Journal du pays basque dans son édition de samedi 25 mai 2002 a demandé à deux personnes du monde maritime leur point de vue sur l'avenir pour les pêcheurs basques.

Henri Pivert, armateur, est le président élu du comité local des pêches du quartier maritime de Bayonne, Robert Alvarez, retraité, est le président de l'association Itsas Geroa.

 

 

Préserver la pêche                                                                     Sauver la ressource

Par Henri Pivert                                                                            Par Robert Alvarez

 

 

 

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 Préserver la Pêche


La situation actuelle :
Le quartier maritime de Bayonne s'étend sur deux départements (Landes et Pyrénées-Atlantiques) et quatre ports (Capbreton, Bayonne, Saint-Jean-de-Luz / Ciboure, Hendaye). La flottille comporte plus de deux cents navires (chalutiers, bolincheurs, fileyeurs, canneurs, ligneurs, couralins ...). 
Environ 750 marins pêcheurs sont inscrits dans le quartier maritime et la dernière étude disponible montre que 1500 personnes travaillent dans la filière de la pêche pour les Pyrénées-Atlantiques.
En 2001, la criée de Saint-Jean-de-Luz a obtenu des résultats records (107 MF de vente) progressant de 14% par rapport à l'année 2000 déjà très bonne.

Perspectives d'avenir :

Les marins pêcheurs ne sont plus maîtres de leur destin : la réglementation est de plus en plus contraignante et l'Europe devient omniprésente notamment par les plans de sortie de flotte et la
régularisation des aides financières et de l'accès à la ressource.
L'inter-profession locale travaille sur trois problèmes existentiels qui se posent à la pêche professionnelle :
- Le manque de relève humaine :
Une mauvaise image médiatique et une pénibilité certaine du travail font que de nombreux jeunes n'envisagent pas d'être marin-pêcheur.
L'inter-profession aide de façon conséquente à la formation en offrant des compléments de rémunération et en mettant en place, cette année, un groupement d'employeurs de la pêche maritime à Ciboure afin d'intégrer des jeunes dans la filière. Des possibilités de carrière très intéressante existent et il convient d'en informer le public.
- La diminution constante de la flottille :
Ce fait inéluctable n'empêche pas les différences entre quartiers maritimes. Afin de sauvegarder au mieux la flottille locale, l'inter-profession a créé une coopérative d'armement ARCOBA qui, par ses
possibilités financières, permet l'acquisition progressive de navires par des jeunes. Cette coopérative monte en puissance et est en train d'étudier l'achat d'un fileyeur de 18 mètres.
- La diminution de la ressource :
L'inter-profession a pris de nombreuses mesures de régulation de la pêche mais on constate un déplacement de la ressource nord. Certains phénomènes climatiques (réchauffement des eaux, courantologie ...) et la pollution semble être des facteurs déterminants dans ce déplacement. Le
respect des quotas de pêche par l'ensemble des pays membres de la Communauté européenne serait aussi une très bonne chose pour le niveau de la ressource.

L'inter-profession
Elle tente de préserver la pêche professionnelle dans un quartier maritime car, outre son importance économique qui n'est pas négligeable, cette activité fait partie intégrante socialement, historiquement et culturellement de notre histoire. Au-delà des critiques irréalistes, il est important de maintenir une certaine diversité de métiers dans nos ports. Il faut aussi envisager un développement de la pêche au large afin de pouvoir aller chercher le poisson où il se trouve.

Henri Pivert.

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Sauver la ressource


La mer est caractérisée par un net appauvrissement de ses ressources
naturelles en poissons alors qu'elle était très riche il y a vingt ans
et plus. Si la pollution en est certainement l'une des causes auxquelles
il sera indispensable de remédier, il est incontestable que c'est le
phénomène de la sur-pêche qui affecte gravement la plupart des stocks de
poissons. En utilisant des moyens techniques souvent énormes (chaluts
pélagiques, chaluts naberans, grands filets maillants etc.), peu à peu
certains amateurs et pêcheurs de plusieurs pays européens s'emparent de
ce qui pourtant, au regard du droit, est un patrimoine collectif qu'il
faut préserver notamment pour les générations futures. Il est clair que
le droit européen et plus généralement le droit international n'est pas
respecté, pas plus d'ailleurs que les droits nationaux.
Mais les armateurs ne sont pas menacés pour autant. On constate que ces
armateurs regroupés en organisations professionnelles exercent un
lobbying efficace auprès des responsables politiques et même de certains
scientifiques qui, de ce fait, ne sont pas indépendants.
Au Pays Basque, ce phénomène prend une dimension assez caricaturale. Par
exemple, en Iparralde, depuis quinze ans, les chalutiers pélagiques ont
aspiré 80% à 90% des subventions de tous les pêcheurs et un armateur en
particulier a capté, à lui seul, plus de la moitié de l'ensemble des
subventions. Cela se chiffre en plusieurs millions d'euros.
Ces gens-là ont un objectif principal : continuer la sur-pêche, s'il le
faut en développant leurs engins de capture déjà bien trop efficaces
pour la ressource.
En Hegoalde, de telles stratégies sont aussi présentes notamment à
Pasajes et à Ondarroa.
Malgré les efforts louables des ports traditionnels comme, par exemple
Hondarribia, qui subissent de plein fouet la pêche destructrice et son
lobby, on ne voit pas quel déclic pourrait inverser le déclin collectif
qui s'approche du point de non-retour. Il n'y a pas de volonté politique
ni professionnelle suffisante pour résoudre le problème de la ressource.

Pourtant, des mesures simples et peu onéreuses pour la Collectivité
peuvent être prises dans un cadre européen en partenariat avec les
régions et les entités concernées du sud du golfe de Gascogne (Galice,
Asturies, Cantabrie, Euskadi et Aquitaine) :
- Application d'un moratoire concernant l'utilisation des chaluts à
grande ouverture verticale (pélagique et naberan) dans l'ensemble de la
zone du golfe de Gascogne située au sud de la latitude 46°, cette mesure
pouvant s'étendre à tout le golfe de Gascogne si elle prouve son
efficacité.
- Interdiction de la pêche aux thonidés au filet tournant (bolinche)
dans le golfe de Gascogne. Déjà, dans les années 1950, les pêcheurs
basques, bretons et espagnols avaient conclu un accord pour ne pas
utiliser cette méthode de pêche pour la capture des thons.
- Arrêt des subventions aux bateaux qui ont fait la preuve de leur
nocivité. Avant l'introduction du chalut pélagique, on comptait 1 200
pêcheurs à Saint-Jean-de-Luz.
- Introduction de cantonnements réservés uniquement aux pêches
écologiques responsables (ligne). Réactualiser le cantonnement de la
fosse de Capbreton créé en 1964 à l'initiative des pêcheurs de
Saint-Jean-de-Luz et Hondarribia. Il a été pillé à la fin des années
1980 grâce à la complaisance de l'administration de l'époque avec, pour
conséquence, la disparition de la ressource dans cette zone et
l'élimination de 250 pêcheurs.
- Mise en place d'une campagne d'observateurs à bord des chalutiers
utilisant des filets à grande ouverture verticale sur l'ensemble du
golfe de Gascogne.
- Instaurer des périodes d'arrêt de la pêche pour certaines espèces
(louvine, merlu, etc.) et indemniser les pêcheurs écologiquement
responsables car ils sont les victimes de cette situation.
- Exiger que les fonds publics attribués aux instituts scientifiques le
soient au service de l'homme et non à celui du pouvoir de l'argent.
- Développer les éco-labels pour les espèces capturées selon des
méthodes respectueuses du bon renouvellement des stocks de poissons
(merlu, louvine, thon, maquereau pêché à la ligne, anchois, sardines
etc., à la bolinche).
- Réserver le poisson pêché à l'alimentation humaine.
- Eviter que les écoles maritimes ne deviennent des usines à main
d'ouvre pour armateurs assis derrière leur bureau. Ne pas inculquer dans
ces écoles cet esprit de compétition mais un esprit de solidarité ouvert
sur le monde.
- Soutenir toutes les démarches visant à lutter contre la pollution de
la mer.



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