Date:10.04.2003.

La technologie au secours des dauphins.


C’est une pièce en téflon d’une quinzaine de centimètres de forme oblongue qui devrait permettre d’en terminer avec les problèmes de captures accidentelles de dauphins par les pêcheurs.

Le « Pinger », répulsif à dauphins et à petits cétacés est arrivé dans nos ports d’Atlantique cette semaine. Une centaine de pièces venues en ligne directe du fabricant, un californien qui a mis au point cette machine miniaturisée et autonome qui émet un « bip » de 300 millisecondes sur une fréquence de 10 kHz toutes les 4 secondes et ce pour une puissance sonore de 132 décibels. Ce dispositif qui a largement fait ses preuves lors des test grandeur nature menés par Guy Imbert du CNRS de Marseille sur les filets à thons « tonailles » de Méditerranée entre en période de test en Atlantique.


Les comités locaux de Bayonne et de la Turballe (Vendée) travaillent sur ce projet depuis fin 2002 avec pour objectif d’adapter le système aux chaluts pélagiques montrés du doigt pour leurs captures accidentelles de dauphins.
« Nous avons tenu deux réunions, à Nantes et à Ciboure afin de démarrer le programme pour trouver une solution fiable. Nous avons voulu le faire au mieux en nous entourant d’un support technique et scientifique » explique Joseph Blancho du Comité national des pêches. Support technique confié à l’I.M.A l’Institut des Milieux Aquatiques de Biarritz et au GEFMA (groupement d'études de la faune marine atlantique).

L’opération qui démarre ces jours-ci sur l’ensemble des ports du golfe de Gascogne concernés par la pêche pélagique à un double objectif. Tester la fréquence du « Pinger » et au besoin l’adapter aux particularités locales et marquer les prises accidentelles de dauphins afin de les compter et de déterminer les dérives en mer.

Tous les test qui ont été réalisés en Méditerranée prouvent que les filets équipés de « pingers » n’attrapent plus de dauphins. Ces derniers sont effrayés et vont voir ailleurs. Conséquence directe de cette utilisation, les prises accidentelles disparaissent ou presque et la rentabilité des filets équipés augmente d’autant. « Les filets équipés de « Pingers » n’attrapent plus de dauphins, le taux de réussite est de 95% et les tableaux que nous avons ici montrent des captures nettement plus fortes que sur les parties des filets non équipés » rappelle François Gallet de l’IMA. Ce qui est logique, vu que les filets dépourvus de prédateurs, les dauphins en question, pêchent forcément mieux.

Les chaluts pélagiques viennent de recevoir le dispositif pour le tester en grandeur nature durant deux mois. L’emplacement des « pingers » est essentiel afin qu’il conserve son efficacité maximale dans un engin en mouvement.
« Nous allons mettre un « pinger » sur chaque côté du chalut à hauteur des ballons» réfléchissent tout haut les patrons de pêche du port d’Hendaye qui, les premiers, ont eu en main les fameux « pingers ».
Tous sont d’accord, ils vont tester le matériel et espèrent bien que grâce à cela la lumière sera faite sur les captures de dauphins. « De tout temps il y a des dauphins qui s’échouent, et ce bien avant l’arrivée des chalutiers pélagiques » rappellent les pêcheurs en se basant sur des textes du 17 eme siècle qui évoquent les échouages massifs de dauphins dans le Golfe de gascogne.

Ficher chaque dauphin.


L’intérêt de cette opération, en plus du répulsif à dauphins, consiste en une étude de courentologie. Chaque chalutier disposera de fiches mises au point par l’IMA qu’ils devront remplir à chaque prise accidentelle. Des dessins permettent de repérer l’espèce capturée, qu’ils devront baguer avant de remettre à l’eau.

« Nous avons mis au point une étiquette qui sera placée autour de la nageoire caudale du dauphin, elle nous permettra de déterminer les courants du golfe en comparant les dates et lieux de mise à l’eau et ceux d’échouage des cétacés » espère François Gallet.

Fiche qui comprend le nom du navire, sa position, la position de remise à l’eau de la capture accidentelle, l’identification de l’animal, le type d’engin utilisé pour sa capture, le N° de la bague et si possible une photo du dauphin. De même ce comptage permettra enfin, de déterminer le pourcentage des dauphins échoués, dus à l’action de la pêche.
« Nous on est ravis, on va équiper nos chaluts et si des dauphins sont pris, ce qui arrive par fois, on les baguera. De cette manière on verra bien et ce sera incontestable » rappellent les patrons de pêche.

Pour le moment, des « pingers » pour équiper 50 paires de pélagiques français sont distribués par le biais des comités locaux. Les armements devront payer entre 60 et 140 euros par « pinger », un investissement vite rentabilisé.
« Si ça marche et que les « pingers » sont efficaces, on devrait mieux pêcher car un chalut avec un dauphin dedans pêche très mal » reconnaissent les patrons de pêche qui espèrent que ce qui a fonctionné pour la tonnaille en Méditerranée marchera aussi bien en Atlantique.
« De toutes les manières on va comparer, nous aurons des chaluts équipés et d’autres pas, parfois on mettra les non équipés à l’eau et ce sera vite vu ».

José Arocena.

 


Droits d'auteurs
Sommaire
Pêche  Marine marchande  Voile Produits de la Mer  Dossiers techniques Archives  Livres maritimes  Petites annonces    Histoires courtes  Recettes de cuisine  Artistes  Liens maritimes