Date:23.02.2002.

Un nouveau ligneur bientôt à Ciboure.

Par Muriel Hirigoyen.
Sud Ouest.

Le nouveau ligneur de Patrick Lespielle et de Louis Dupain sortira du chantier naval courant mars, et commencera la pêche en avril. Une sacrée aventure.

Mikel Epalza, l'aumônier des pêcheurs, en sera ravi. Au tout début du printemps, il baptisera un nouveau bateau luzien : un ligneur-caseyeur de 11m95, actuellement au chantier naval de l'Aiguillon-sur-Mer, en Vendée, et destiné à pêcher du merlu et du bar. Alors que le « Begnat » et le « Vagabond» attendent tristement leur sortie de flotte, la nouvelle montre qu'il reste encore de l'espoir. Patrick Lespielle, lui, en a. Et il en faut pour se lancer dans cette aventure.

Elle a commencé en 1990, année où le Bayonnais a quitté sa place d'agent EDF pour se lancer dans la pêche. Il a tout repris de zéro, mais c'était ce qu'il voulait faire. Il a navigué trois ans sur un petit fileyeur de Mimizan, est retourné à l'école pour passer ses diplômes, de patron de petite pêche. De ces années, il a retiré le goût de la pêche artisanale, du poisson de qualité. Avec son « U Ribellu » (le rebelle, en corse), un ligneur de 10 mètres, il a même tenté la pêche estuarienne, mais c'est la mer qui l'attire. Or, pour sortir le plus souvent possible, sans craindre ni la météo ni l'état de la mer, il lui fallait un navire plus long, plus lourd. C'est ainsi que l'aventure s'est décidée.

 À L'identique du "Rubio"

Prendre un nouveau bateau n'a rien de simple. Pour construire, il faut un PME (permis de mise en exploitation), que, POP oblige (lire ci-contre), l'administration ne délivre que dans des conditions draconiennes. Il est inclus par contre dans la vente des bateaux d'occasion, qui, de fait coûtent cher, très cher.

    « J'avais d'abord cherché un navire d'occasion,  raconte Patrick Lespielle.  Mais j'ai manqué la vente du "Dragon" qui est parti à la Cotinière. Et les prix sont exorbitants, je ne rentrais pas dans ce que je m'étais fixé (230000 , soit 1,5 million de francs). »Il fallait du neuf. Mais où dénicher un PME ? Patrick a rencontré M.Dupain, propriétaire du « Rubio », naufragé dans les Landes le 19 juin 2000. Le PME d'un bateau naufragé restant valide, sous certaines conditions, les deux hommes se sont associés. Ainsi est né ce projet de ligneur.

   Une fois déposé, il a dû passer par les fourches caudines de l'administration. Malgré l'aide de l'ASSIDEPA(¹), ce n'était pas une mince affaire, explique Patrick Espielle qui avoue être allé presque tous les jours suivre l'avancement de ses affaires. Enfin, le projet a été accepté. Les demandes de subventions ont été faites.  « Nous toucherons des aides du département, de la région, et peut-être de l'Europe. Auquel cas, le projet serait subventionné à 40 %. »  Pour un coût avoisinant les 305.000  (2 millions de francs). Le navire, lui, est actuellement sur le chantier de Plastipêche en Vendée(²). En attendant d'arriver à Saint-Jean-de-Luz.

 À la ligne et au casier

    Patrick Lespielle fait déjà du bar de ligne. Comme d'autres membres de l'organisation des producteurs, il s'est lancé dans cette opération qualité exigeante qui peut offrir une plus-value intéressante. À condition d'observer des règles très strictes, concernant les techniques de pêche et de conservation du poisson. Et il compte bien poursuivre dans cette voie; elle lui permet de vivre, tout en préservant la ressource.

  Il y croit, malgré la concurrence espagnole, et la diminution de la ressource sous la pression de la pêche industrielle. À condition que lui et son équipage puissent travailler à trois, et non à quatre, comme l'administration le leur demande, explique-t-il. « Nous ferons du merlu, nous essaierons le crabe au casier au printemps, puis du bar, toujours à la ligne, tout l'hiver, en complétant avec de la crevette et de la langouste au casier. Après, s'il y a des creux, nous compenserons au filet, le bateau est polyvalent, mais le moins possible. Ce sera juste pour éviter de laisser le navire au port. »

 

    (¹)_ASSIDEPA : association interprofessionnelle pour développer la pêche artisanale.

   (²)_Les armateurs ont bien tenté de le faire construire localement, mais cela revenait trop cher : là, le même chantier prend tout en charge.


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