Un
chalutier du port basque d'Ondarroa a été arraisonné par l'IRIS puis
dérouté vers Bayonne. A son bord une cache sophistiquée, véritable
cale réfrigérée que les agents du patrouilleur ont mis à jour après
de longues heures de recherches. Cette nouvelle découverte vient
abonder dans le sens des professionnels français qui s'inquiètent de
la triche instituée en règle de conduite par nombre d'unités du port
basque en question. Ces caches que les inspecteurs
des Affaires Maritimes parviennent à mettre à jour permettent
le dépassement des quotas mais aussi les captures des immatures,
pratique qui se poursuit toujours en Espagne.
Dimanche 18 novembre 2001 vers midi, le
patrouilleur IRIS des Affaires Maritimes fait route vers un groupe de
chalutiers espagnols qui s'empressent de quitter les lieux en avant
toute. Ils sont 6 navires par 43°43 Nord et 1°53 ouest dans le sud du
golfe de Gascogne à deux nautiques de la frontière espagnole qu'ils
tentent d'atteindre au plus vite. Le pavillon Lima hissé, le Cdt René
Kerebel de l'IRIS joint par VHF l'un d'entre eux, c'est le Mikel, un
chalutier de 36 mètres d'Ondarroa construit en 1976 qui accepte de
stopper pour subir un contrôle des affaires Maritimes. Les 5 autres
bateaux filent vers l'Espagne sans demander leur compte, "une véritable
envolée de moineaux" sourit le Cdt du patrouilleur, "à un
quart d'heure près on les ratait". Avertis par radio de l'approche
de l'IRIS, ils ont eu le temps de virer les chaluts et d'écourter la
marée. "Des que nous sommes montés à bord du Mikel nous avons
senti qu'il y avait quelque chose de louche. Dans la cale nous avons
trouvé du petit rouget que l'on pouvait pas pêcher avec de la maille
de 100 dont était équipé le Mikel" raconte Michel Céres l'un
des contrôleurs qui est intervenu. L'inspection approfondie de la cale
menée par les experts de l'Iris a rapidement permis de découvrir un détail
vital, le détail qui permet d'aller plus loin dans les recherches.
"Le puisard débordait de quelques millimètres, bougeait un peu et
avait juste la taille d'une caisse de poissons. Pour nous c'était un
signe suffisant pour tenter de trouver la cache" reconnaît Jean
Paul Malassigné. Les inspecteurs du patrouilleur des Affaires Maritimes
sont tellement connaisseurs que le "nez" ne trompe plus. Pas
plus que l'attitude de Jesus Maria Santamaria-Azpiri le patron de pêche
qui assurait qu'il n'y avait pas de fausse cache à bord. "Il nous
manquait 1,20m de largeur de cale, on avait beau mesurer dans tous les
sens, le plan de cale ne correspondait pas."
Restait à trouver le
passage permettant de faire passer un marin dans la double cale, l'homme
chargé d'ouvrir de l'intérieur le puisard et de récupérer les
caisses de poisson. "A l'aide du plan du bateau nous avons fouillé
les cabines sans succès, nous sommes passés à la salle des machines
car derrière la cale se trouvent des caisses de gasoil". Là aussi
le contrôle du dévissage de la trappe de visite a été positif, des
que les boulons étaient dévissés le gasoil coulait sous pression. Les
inspecteurs s'apercevront plus tard que la cuve était factice et que
seulement un petit réservoir alimentait la trappe de contrôle. La
visite du local frigorifique a été plus intéressant, "Sur chaque
bord il y avait un compresseur, au milieu un autre. Ce dernier nous
semblait bizarre". C'est Marc Ottini, l'électricien, qui entre en
œuvre. Un premier perçage a permis de constater qu'une trappe existait
bel et bien. Le patron de pêche refusera de coopérer et d'actionner le
dispositif d'ouverture repéré par les agents mais non alimenté en électricité,
après en avoir discuté par radio avec son armateur, il quittera la
passerelle. "Il ne nous restait plus qu'à agir", 6 heures
durant l'électricien de l'Iris découpera à la meuleuse la tôle
d'acier de 1cm d'épaisseur située sous le moteur qui se relevait en
basculant. "De 13h30 à 19h30 j'ai usé 12 disques de meule pour découper
la tôle mais nous y sommes arrivés. La trappe ainsi libérée des axes
et des vérins pouvait laisser le passage libre". Un passage juste
suffisant pour une personne de petite corpulence qui aboutit à la cale
clandestine. A l'intérieur un dispositif à rouleaux en inox permettait
de faire passer les caisses de la cale normale vers la cache, elle aussi
réfrigérée. Une cache bien garnie après seulement trois jours de mer
avec en prime deux sacs étanches contenant les fameuses chaussettes.
"Le dispositif permet de capturer les juvéniles, c'est un cul de
chalut de 25mm de maille qu'ils placent à l'intérieur du filet de
100mm, ils l'utilisent sur tout la nuit puis le rangent dans les sacs étanches
pour éviter de laisser de traces" raconte le Cdt de l'Iris. La
cache de 30m3 contenait 14 caisses de merluchon de 17 cm de longueur, 54
kg de céteaux de 10cm, 30 kg de soles de 10 cm alors que dans la cale
"normale" on trouvait notamment prés d'une tonne de rougets
de 11 cm de longueur! Ces poissons hors taille ne passent pas en criée
à Ondarroa, un véritable marché parallèle a été mis en place. Des
restaurateurs et bar a tapas madrilènes et du sud du pays se regroupent
pour acheter les "pointes bic" et autres minuscules soles
directement. Tôt le matin de petites fourgonnettes frigorifiques
partent d'Ondarroa vers la capitale avec à bord, le produit de cette pêche
interdite. "Les paiements sont réalisés de la main à la main en
liquide, ça arrange tout le monde sauf les matelots qui sont souvent lésés"
racontent d'anciens marins surplace. "La rentabilité de certains
navires qui pêchent au chalut de fond classique est basé sur ce
produit là, ils ne sont pas prêts d'arrêter".
   
Entrée de la
cache
Intérieur cale "bis" Passage
des
caisses
Merlu hors taille
Sur le Mikel le livre de bord indiquait 3
jours de mer alors qu'en temps normal les marées sont de 8 jours,
preuve encore que l'arrivée de l'Iris à précipité le départ de la
flottille vers leurs ports respectifs. "Nous portons chance aux
espagnols" affirme le Cdt Kerebel, "à la lecture des livres
de bord on se rend compte que lorsque nous ne sommes pas dans le secteur
personne ne pêche ou déclare de merlu. En revanche des que nous
arrivons, le merlu réapparaît sur les livres, nous devons leur porter
chance" ironise l'officier qui a repris la mer 24 heures après
avoir ramené le Mikel à Bayonne. Cette opération menée à bien par
l'Iris arrive à point nommé pour la direction des Affaires Maritimes
de Bayonne qui vient de mettre en place une ULAM, le dispositif à terre
complètera l'action du patrouilleur.
José Arocena.
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