Chalutiers d'Ondarroa: la fraude institutionnalisée.

21.11.2001.


Un chalutier du port basque d'Ondarroa a été arraisonné par l'IRIS puis dérouté vers Bayonne. A son bord une cache sophistiquée, véritable cale réfrigérée que les agents du patrouilleur ont mis à jour après de longues heures de recherches. Cette nouvelle découverte vient abonder dans le sens des professionnels français qui s'inquiètent de la triche instituée en règle de conduite par nombre d'unités du port basque en question. Ces caches que les inspecteurs  des Affaires Maritimes parviennent à mettre à jour permettent le dépassement des quotas mais aussi les captures des immatures, pratique qui se poursuit toujours en Espagne.

 Dimanche 18 novembre 2001 vers midi, le patrouilleur IRIS des Affaires Maritimes fait route vers un groupe de chalutiers espagnols qui s'empressent de quitter les lieux en avant toute. Ils sont 6 navires par 43°43 Nord et 1°53 ouest dans le sud du golfe de Gascogne à deux nautiques de la frontière espagnole qu'ils tentent d'atteindre au plus vite. Le pavillon Lima hissé, le Cdt René Kerebel de l'IRIS joint par VHF l'un d'entre eux, c'est le Mikel, un chalutier de 36 mètres d'Ondarroa construit en 1976 qui accepte de stopper pour subir un contrôle des affaires Maritimes. Les 5 autres bateaux filent vers l'Espagne sans demander leur compte, "une véritable envolée de moineaux" sourit le Cdt du patrouilleur, "à un quart d'heure près on les ratait". Avertis par radio de l'approche de l'IRIS, ils ont eu le temps de virer les chaluts et d'écourter la marée. "Des que nous sommes montés à bord du Mikel nous avons senti qu'il y avait quelque chose de louche. Dans la cale nous avons trouvé du petit rouget que l'on pouvait pas pêcher avec de la maille de 100 dont était équipé le Mikel" raconte Michel Céres l'un des contrôleurs qui est intervenu. L'inspection approfondie de la cale menée par les experts de l'Iris a rapidement permis de découvrir un détail vital, le détail qui permet d'aller plus loin dans les recherches. "Le puisard débordait de quelques millimètres, bougeait un peu et avait juste la taille d'une caisse de poissons. Pour nous c'était un signe suffisant pour tenter de trouver la cache" reconnaît Jean Paul Malassigné. Les inspecteurs du patrouilleur des Affaires Maritimes sont tellement connaisseurs que le "nez" ne trompe plus. Pas plus que l'attitude de Jesus Maria Santamaria-Azpiri le patron de pêche qui assurait qu'il n'y avait pas de fausse cache à bord. "Il nous manquait 1,20m de largeur de cale, on avait beau mesurer dans tous les sens, le plan de cale ne correspondait pas." Restait à trouver le passage permettant de faire passer un marin dans la double cale, l'homme chargé d'ouvrir de l'intérieur le puisard et de récupérer les caisses de poisson. "A l'aide du plan du bateau nous avons fouillé les cabines sans succès, nous sommes passés à la salle des machines car derrière la cale se trouvent des caisses de gasoil". Là aussi le contrôle du dévissage de la trappe de visite a été positif, des que les boulons étaient dévissés le gasoil coulait sous pression. Les inspecteurs s'apercevront plus tard que la cuve était factice et que seulement un petit réservoir alimentait la trappe de contrôle. La visite du local frigorifique a été plus intéressant, "Sur chaque bord il y avait un compresseur, au milieu un autre. Ce dernier nous semblait bizarre". C'est Marc Ottini, l'électricien, qui entre en œuvre. Un premier perçage a permis de constater qu'une trappe existait bel et bien. Le patron de pêche refusera de coopérer et d'actionner le dispositif d'ouverture repéré par les agents mais non alimenté en électricité, après en avoir discuté par radio avec son armateur, il quittera la passerelle. "Il ne nous restait plus qu'à agir", 6 heures durant l'électricien de l'Iris découpera à la meuleuse la tôle d'acier de 1cm d'épaisseur située sous le moteur qui se relevait en basculant. "De 13h30 à 19h30 j'ai usé 12 disques de meule pour découper la tôle mais nous y sommes arrivés. La trappe ainsi libérée des axes et des vérins pouvait laisser le passage libre". Un passage juste suffisant pour une personne de petite corpulence qui aboutit à la cale clandestine. A l'intérieur un dispositif à rouleaux en inox permettait de faire passer les caisses de la cale normale vers la cache, elle aussi réfrigérée. Une cache bien garnie après seulement trois jours de mer avec en prime deux sacs étanches contenant les fameuses chaussettes. "Le dispositif permet de capturer les juvéniles, c'est un cul de chalut de 25mm de maille qu'ils placent à l'intérieur du filet de 100mm, ils l'utilisent sur tout la nuit puis le rangent dans les sacs étanches pour éviter de laisser de traces" raconte le Cdt de l'Iris. La cache de 30m3 contenait 14 caisses de merluchon de 17 cm de longueur, 54 kg de céteaux de 10cm, 30 kg de soles de 10 cm alors que dans la cale "normale" on trouvait notamment prés d'une tonne de rougets de 11 cm de longueur! Ces poissons hors taille ne passent pas en criée à Ondarroa, un véritable marché parallèle a été mis en place. Des restaurateurs et bar a tapas madrilènes et du sud du pays se regroupent pour acheter les "pointes bic" et autres minuscules soles directement. Tôt le matin de petites fourgonnettes frigorifiques partent d'Ondarroa vers la capitale avec à bord, le produit de cette pêche interdite. "Les paiements sont réalisés de la main à la main en liquide, ça arrange tout le monde sauf les matelots qui sont souvent lésés" racontent d'anciens marins surplace. "La rentabilité de certains navires qui pêchent au chalut de fond classique est basé sur ce produit là, ils ne sont pas prêts d'arrêter".

Entrée de la cache              Intérieur cale "bis"      Passage des caisses               Merlu hors taille

Sur le Mikel le livre de bord indiquait 3 jours de mer alors qu'en temps normal les marées sont de 8 jours, preuve encore que l'arrivée de l'Iris à précipité le départ de la flottille vers leurs ports respectifs. "Nous portons chance aux espagnols" affirme le Cdt Kerebel, "à la lecture des livres de bord on se rend compte que lorsque nous ne sommes pas dans le secteur personne ne pêche ou déclare de merlu. En revanche des que nous arrivons, le merlu réapparaît sur les livres, nous devons leur porter chance" ironise l'officier qui a repris la mer 24 heures après avoir ramené le Mikel à Bayonne. Cette opération menée à bien par l'Iris arrive à point nommé pour la direction des Affaires Maritimes de Bayonne qui vient de mettre en place une ULAM, le dispositif à terre complètera l'action du patrouilleur.

José Arocena.


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