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Par
Muriel Hirigoyen.
Sud Ouest.
Maurice Annette est arrivé à Ciboure il y a vingt-huit ans. Depuis, l'infirmier des gens de mer n'a jamais quitté son poste. Il a su tisser des liens étroits avec ceux qu'il soigne
Il était infirmier dans la marine. Après trois ans à La Rochelle, le jeune Réunionnais, qui n'avait pas encore ses rondeurs d'aujourd'hui, a débarqué à Ciboure, en 1973. Sa couleur de peau a saisi plus d'un pêcheur. Maurice Annette ne savait pas alors ce que " Beltza " (noir)
signifiait. Mais il pouvait distinguer l'ignorance de la xénophobie. De plus, il fallait bien que les gens de mer passent par son bureau, ne serait-ce que pour la visite médicale. Et puisqu'ils n'allaient pas à lui...
" Les premières fois, j'ai convoqué les marins. Mais le service avait été fermé sept ou huit mois avant que je n'arrive ; il n'y avait plus de contrôles. C'était la saison de la chasse à la palombe et des cèpes. Mais je ne savais pas tout ça ! Les gens ne venant pas, j'ai d'abord demandé quelques renseignements sur eux. Et je suis allé chez eux, le soir, à 18 heures. Parfois, je tombais sur leurs femmes qui ne savaient pas trop qui j'étais. Elles me disaient : "Il est au trinquet". A l'époque, je ne savais pas ce que c'était qu'un trinquet. J'y allais, je saluais le patron et je trouvais le gars en train de jouer aux cartes. Alors, je me présentais, je lui donnais une convocation. Le lendemain, les gars étaient là. Et j'ai pu reprendre les visites. "
SOIGNEUR, CONSEILLER, CONFIDENT
Un peu plus tard, l'infirmier les ayant obligés à arrêter de fumer dans le couloir (grâce à un panneau en basque), les marins ont compris que celui-là savait comment les prendre. Petit à petit, ils l'ont adopté. Mieux, pour certaines familles, cet homme accommodant et profondément humain, est devenu un véritable appui, parfois jusqu'en toute fin de vie.
" Il n'y a que dans ce milieu-là que l'on peut voir ce genre de rapports
", sourit-il.
Aujourd'hui, bien sûr, les choses ont légèrement changé. L'infirmier est seul, il n'y a plus besoin de médecin aspirant. Son petit service a même failli disparaître. La nécessité de garder un relais pour le médecin des gens de mer (basé à Bordeaux) s'est toutefois imposée. Même si les marins, moins nombreux, ont changé eux aussi.
" Les jeunes ne viennent plus de l'école des mousses, mais du lycée maritime. Le niveau intellectuel et de formation a évolué, de même que le confort de vie du marin. Grâce à la médecine préventive, d'ailleurs. Le nouveau marin est exigeant. Il est plus réfléchi, ouvert et instruit. On ne retrouve plus les marins le dimanche chez Garat ou ailleurs à boire leur petit jaune ; ils ne viennent plus trop sur le quai blaguer. La ressource a périclité, les bateaux ont diminué. Oui, l'époque a changé. "
Mais Maurice Annette, lui, n'a guère modifié sa manière de faire. Sa porte est ouverte ; les marins, leurs femmes, la poussent pour la consultation, pour une question, un avis ou simplement pour parler. L'infirmier poursuit ses petites tournées informelles le soir, auprès d'anciens patients. Il leur fait raconter leurs vieilles histoires.
" Ce sont des moments tendres pour les vieux ". C'est plus fort que lui, il aime ces gens.
Sur terre et en bateau
" Le service médical portuaire, c'est nous ", déclare l'infirmier. Soit lui, ainsi qu'un médecin des Gens de Mer qui vient de Bordeaux tous les quinze jours. Les marins doivent les voir au moins une fois par an pour la visite médicale. Une visite pointue à l'issue de laquelle le médecin délivre (ou non), un certificat d'aptitude à la navigation au marin concerné. Qu'il soit pêcheur, plaisancier (professionnel) ou de la marine marchande, il pratique un métier des plus dangereux, surtout à cause des risques d'accidents. N'est pas apte qui veut.
" Nous prenons particulièrement en compte la vision, le sens chromatique, l'ouïe, le squelette, les maladies cardio-vasculaires, ou les maladies type diabète, cholestérol, précise Maurice Annette. Un insulino-dépendant ne peut pas être déclaré apte à naviguer, par exemple. On ne peut pas courir de risque. S'il avait une crise en pleine mer ? "
De toutes manières, même en mer, les marins ne sont pas tout à fait isolés. En cas de problème, suivant les zones, ils peuvent appeler le CROSSA (Centre régional d'opérations de surveillance et de sauvetage atlantique), ou le centre de consultations médicales maritimes de Purpan (31). Là, ils sont mis en relation avec du personnel qualifié qui les aide par radio.
Enfin, l'infirmier participe aux visites de sécurité sur les navires : il contrôle l'habitabilité, l'hygiène, regarde si la pharmacie est conforme à la taille, l'usage du bateau et son équipage. Il prépare même les futurs patrons aux examens de secourisme au lycée maritime de Ciboure.
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