PECHE DES THONIDES DE L’ATLANTIQUE ET DE LA MEDITERRANEE.
 Résultats de la réunion de l’I.C.C.A.T. à MARRAKECH (MAROC)
13 au 20 novembre 2000.


La 12ème réunion extraordinaire de la Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l’Atlantique (I.C.C.A.T) s’est tenue à MARRAKECH (MAROC) entre le 13 et le 20 novembre 2000 en présence de délégations de 22 pays à travers le monde. .

La délégation française, intégrée à celle de l’Union européenne (UE), dont la France exerce la Présidence, était dirigée par M.M. AURAND  & LIGEARD, Directeur et sous-Directeur des pêches maritimes au Ministère de l’Agriculture et de la pêche, et, s’agissant de la représentation professionnelle, par M. Alain PARRES, Président du Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (C.N.P.M.E.M.).

Sous l’impulsion de la délégation européenne, et malgré l’opposition du Canada, et des Etats unis (soucieux tout autant d’une protection maximale et doctrinaire des stocks que de la défense des intérêts de la pêche sportive), les travaux de l’ICCAT ont permis l’adoption de nouvelles mesures de protection de certaines espèces de thonidés tropicaux (thon obèse) et tempérés (germon du nord et thon rouge) pour lesquels il est admis que la situation biologique parfois préoccupante nécessite une action au plan international, en tenant compte le plus possible des intérêts des pêcheurs des pays, qui comme la France et l’Espagne, sont traditionnellement présents sur les pêcheries concernées. Pour autant, les débats ont aussi révélé les difficultés de la lutte contre la pêche illégale de certains grands palangriers thoniers immatriculés sous pavillons dits de complaisance (Guinée équatoriale, Bélize Honduras, Philippines, Singapour etc…) et mis en lumière le souci d’un certain nombre de pays émergents (Maroc, Afrique du sud, Namibie, Brésil, …) à faire valoir leurs positions d’Etats côtiers dans l’allocation des quotas pour les espèces soumises à une limitation de captures (TAC).

Après des négociations très difficiles, les principaux résultats de cette réunion, s’agissant des seuls intérêts de la pêche française, sont, pour l’essentiel, les suivants :

I) SITUATION BIOLOGIQUE DES STOCKS DE THONIDES

Le Comité permanent pour la recherche et les statistiques (SCRS) de l’ICCAT dresse un diagnostic partagé de l’état des différentes espèces de thonidés exploités par les navires français :

 

Seuls l’albacore et le germon du nord, qui ont fait l’objet d’une nouvelle évaluation scientifique cette année, présentent une situation satisfaisante au regard des objectifs d’exploitation maximale équilibrée de l’ICCAT : pour ces deux espèces, les experts scientifiques recommandent de ne pas augmenter les niveaux d’effort de pêche effectifs globaux. Dans le cas du germon, compte tenu des incertitudes pesant sur la biomasse du stock reproducteur, ils estiment préférable de préconiser l’instauration d’une limitation des captures (TAC) pour toute la zone de l’Atlantique nord.

 

Pour les autres espèces, en l’absence d’évaluation nouvelle, le Comité scientifique de l’ICCAT a renouvelé les diagnostics de l’an dernier en faisant part, à nouveau, de ses grandes préoccupations au sujet des niveaux d’exploitation et de tailles de captures du thon rouge de l’Atlantique (à l’ouest comme à l’est) et de la mer Méditerranée ; la même inquiétude prévaut en ce qui concerne le thon obèse de la zone atlantique tropicale. Il n’existe pas de connaissance précise de l’état du stock de listao, mais celui-ci ne semble toutefois pas, globalement, présenter de signes de dégradation. 

 

Pour le thon rouge de l’est et le thon obèse, qui sont pêchés par de nombreuses parties contractantes et non contractantes à l’ICCAT (y compris par des navires battant pavillons dits de complaisance), les mesures de gestion déjà en vigueur ont été analysées en profondeur et renforcées par la reconduction d’un nouveau TAC global sur le thon rouge, réparti pour un an, et l’adoption de nouvelles mesures visant à limiter la pêche et le suivi du commerce du thon obèse (à l’encontre principalement des grands palangriers pêchant en contravention avec les règles de l’ICCAT). Le germon du nord, pêché à 80 % par des navires de l’UE, a lui aussi, fait l’objet d’une recommandation spécifique prévoyant, pour la première fois, non seulement la mise sous TAC de cette espèce, mais également sa  répartition au sein de l’ICCAT.

II) INSTAURATION D’UN TAC DE 34.500 TONNES SUR LE GERMON DU NORD

  A la demande de l’U.E., l’ICCAT a décidé l’instauration d’un total autorisé de captures (TAC) sur la pêche de germon du nord en fonction des niveaux actuels de captures, soit 34.500 tonnes ; grâce aux antériorités de pêche principalement espagnoles et françaises, celui-ci a fait l’objet d’une répartition de l’ordre de 83 % en faveur de la flottille européenne, soit un montant de 28.712 tonnes.  Est également confirmée la limitation de la capacité de pêche internationale au nombre moyen de navires présents sur la pêcherie entre 1993-1995.

 

Le CNPMEM considère avec satisfaction l’établissement d’un TAC pour le germon du nord dont l’objectif est de prévenir tout risque futur de surexploitation de cette espèce à l’échelle internationale, en particulier par des flottilles non autorisées et étrangères à cette pêcherie traditionnelle ; dans la perspective d’une répartition prochaine de la part de l’UE entre les différents Etats membres, au rang desquels figurent, outre la France et  l’Espagne, l’Irlande et le Portugal, il insiste sur la nécessité d’une répartition équitable qui tienne compte des antériorités de pêche réelles des différents pays intéressés.

 

III) RECONDUCTION DU TAC DE THON ROUGE ET DE SA REPARTITION POUR 2001.

Dans un climat très tendu en raison de l’attitude très protectionniste du Canada et des Etats-Unis (qui pourtant ne pêchent que sur le stock ouest) et de la situation particulière née de l’objection du Maroc et de la Libye à la répartition actuelle, l’ICCAT a reconduit, pour un an, à compter de 2001, le TAC de thon rouge de l’est (Atlantique et Méditerranée) à un niveau de 29.500 tonnes (soit une réduction de l’ordre de 4 % sur la moyenne des deux années de référence 1999/2000)[1]. La part de l’UE s’élève à 18.500 tonnes, ce qui correspond à 63 % du TAC ; sa répartition entre les flottilles concernées des Etats membres (principalement France, Espagne et Italie) sera décidée lors du prochain Conseil de l’UE sur la base des clés habituellement en vigueur au plan communautaire.

 

Dans le débat sur le respect des limites de captures autorisées pour les années 1999 & 2000, l’UE a déclaré qu’elle avait fait usage, en application des règles de l’ICCAT, de la possibilité de report de la sous-consommation de son quota de l’année 1998 sur l’année 2000.

 

L’ICCAT a également décidé de deux nouvelles études scientifiques : l’une sur l’incidence des migrations entre l’ouest et l’est de l’Atlantique pour l’évaluation des stocks de thons rouges et les avis de gestion ; l’autre sur  l’engraissement de poisson en cages et ses effets sur le système de collecte des données et le contrôle des prises.

 

Le CNPMEM estime que l’UE a fait preuve de fermeté dans le débat sur la reconduction du TAC de thon rouge et sa répartition, faisant valoir à plusieurs reprises l’importance socio-économique fondamentale de la pêche de cette espèce pour sa communauté côtière. Pour autant, il souligne aussi que la décision de l’ICCAT n’est valable que pour un an et espère vivement que la même attitude prévaudra lors des prochaines échéances internationales, en particulier lors de la prochaine réunion d’intersession sur les critères d’allocation des quotas prévue au mois de mai prochain à Bruxelles. .

 

III)         DE NOUVELLES MESURES POUR LA PROTECTION DU THON OBESE

 

En dépit de l’existence de nombreuses recommandations visant à réduire la prise totale de thons obèses et la capture de juvéniles -mesures auxquelles la flottille des thoniers-senneurs français contribue largement, grâce aux effets positifs de l’interdiction de 3 mois de la pêche des thonidés tropicaux sous dispositifs de concentration des poissons (D.C.P.) dans une vaste zone de l’Atlantique au large de l’Afrique occidentale (Golfe de Guinée)-, l’ICCAT a décidé de nouvelles mesures et actions à mener en faveur de la protection du thon obèse :

 

- l’extension de la limite du nombre de navires autorisés à pêcher le thon obèse (moyenne 1991-1992) aux thoniers senneurs et aux canneurs ;

- la limitation en 2001 des captures à la prise moyenne des années 1991-1992 pour tous les navires (bien que visant en priorité les grands palangriers de Taïwan et de la Chine, qui se voient imposer des limitations strictes de captures et de navires autorisés, cette mesure s’applique aussi aux thoniers senneurs et aux canneurs ; 

- l’établissement d’un programme de document statistique ICCAT (semblable à celui qui existe déjà pour le thon rouge) d’ici le 1er janvier 2002 afin de mieux suivre la traçabilité des exportations et des importations de thons obèses sur le marché international.                                                                              

Le CNPMEM considère que dans la perspective éventuelle de la mise sous TAC du thon obèse et de sa répartition par l’ICCAT, il sera nécessaire, dans le débat à venir sur les critères d’allocation, de prendre en considération, comme d’ailleurs pour le thon blanc, non seulement le critère des limites de prises mais également celui du nombre moyen de navires présents sur la pêcherie dans les périodes de référence reconnues par l’ICCAT ; quant au document statistique « thon obèse », il importe aussi que celui-ci concerne en priorité les grands palangriers thoniers qui visent cette espèce à titre principal pour le marché japonais.

 Nanterre, le 21 novembre 2000.


[1] TAC de 32.000 tonnes en 1999 et de 29.500 tonnes en 2000.


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