Septembre 2001.

La campagne de germon bat son plein. Les chalutiers ont du se rendre sur le sud Irlande pour capturer le thon blanc.

Par MURIEL HIRIGOYEN Sud Ouest Saint Jean de Luz.


Il n'y a plus de thon de ligne en criée de Saint-Jean-de-Luz-Ciboure. Ni même de thon rouge. Depuis un mois, le thon germon (blanc) qui débarque en criée a été capturé par les pélagiques. Et pour cause, depuis début août, il a déserté le golfe de Gascogne pour le Sud-Ouest de l'Irlande. Les bateaux de pêche traditionnels ne pouvant pas s'y rendre, seuls les chalutiers pélagiques en profitent (dans des conditions de travail ardues). Le germon arrive donc bien sur la Côte Basque, mais en camion, en bonne quantité et à des cours excellents. Joël Fournerat, directeur de l'organisation des producteurs CapSud (1) décortique le phénomène.

« SUD-OUEST ». Cette année, il n'y a donc plus de thon dans le golfe de Gascogne ? 
JOEL FOURNERAT. 

Non. Contrairement aux deux dernières campagnes. En 99 et 2000, tous les bateaux pêchaient à cinq-dix heures du port de Saint-Jean-de-Luz-Ciboure. On trouvait ça très bien. Le cours était bon et la criée profitait des apports des bateaux bretons et vendéens qui venaient débarquer leur pêche ici. Cette année, la pêche a commencé début juillet, près du port de Saint-Jean-de-Luz, Pendant deux, trois semaines, les canneurs traditionnels ont pas mal pêché de thon rouge. Depuis, le thon est parti. On ne sait pas pourquoi. 
Début août, les chalutiers pélagiques sont montés au lieu-dit « La Marmite », au Sud-Ouest de l'Irlande, à Porcupine. A trois jours de route de Saint-Jean-de-Luz, les petits bateaux ne possèdent pas l'autonomie suffisante pour suivre. L'endroit est moins propice qu'ici, il y fait souvent très mauvais temps, les bateaux subissent des tempêtes d'Ouest. Pourtant, les onze paires de pélagiques pêchent remarquablement bien. 
« S.-O. » Pourquoi le cours du thon est-il si élevé ? 
J. F. 
Vous connaissez la puissance des canneurs en Espagne. Ils sont des concurrents importants. Bien sûr, ils ont été touchés par le même problème, mais possèdent la capacité de monter jusqu'en Irlande. Une partie de la flotille y est allée, mais n'a rien pêché. Ils sont rentrés. Ce qui explique que les prix soient aujourd'hui si bons, très supérieurs à ceux des deux dernières années. 98 % du thon débarqué est parti sur le marché espagnol : aussi bien du frais que de la conserverie. 
La deuxième explication est d'ordre international. Le cours du thon est basé sur le dollar. Le rapport euro dollar était plutôt positif. Et les évènements de ces derniers jours (les attentats aux Etats-Unis -NDLR) n'ont pour le moment eu aucun impact là-dessus. Troisième point, nos grands concurrents internationaux ont peu pêché, notamment l'Afrique du Sud qui congèle beaucoup. Enfin, l'industrie de la conserve n'avait plus de stocks, il y avait besoin de satisfaire leurs commandes. 

« Les Espagnols n'ont quasiment pas pêché » 
« S.-O. » Comment le poisson est-il rapatrié ? J. F. 
Nous nous organisons en base avancée. Ils débarquent généralement à Brest, Douarnenez, Lorient, et même parfois en Irlande. Il y a quelques ventes là-bas, et le poisson est chargé dans des containers affrêtés par nos soins.
« S.-O. » Combien coûte l'organisation de ces « bases avancées » ? 
J. F. 
Il y a un coût pour les bateaux, d'abord. Le voyage est long. Il faut compter trois jours pour se rendre sur les lieux de pêche; en une semaine, ils font le plein de poissons, ils économisent environ deux jours en débarquant à Lorient ou Douarnenez. Et ils font deux ou trois rotations avant de rentrer au port, ce qui fait des marées de deux semaines. 
Les camions, eux, contiennent 18 tonnes de poisson. Cela coûte de 10 à 125 000 francs par voyage. Il faut compter douze heures de trajet environ. Les thons débarqués à 16 heures, sont à la criée à 4 heures du matin. 
« S.-O. » Comment les traditionnels, qui n'ont pas pu suivre, ont-ils géré leur campagne ? 
J. F. 
Le thon rouge est donc parti très vite et ils n'ont pas vu de thon blanc. Mais ce n'est pas un phénomène nouveau. Ils avaient fait une bonne saison de chinchard en avril-mai, la campagne de thon aurait pu les aider. Ca n'a pas été le cas. Depuis quinze jours à peu près, ils se sont remis au filet tournant, au chinchard. Ils ont fait quelques bonnes pêches de bars.
« S.-O. » Quand la campagne de thon devrait-elle se terminer ? 
J. F. 
Cela dépendra du temps. On vend plutôt mieux en septembre-octobre qu'en juillet-août, et en général la campagne s'arrête entre la mi-octobre et la mi-novembre. On espère que cela continuera un mois encore, soit deux marées supplémentaires.
(1)L'OP CapSud regroupe une majorité des pêcheurs du quartier de Bayonne, donc des ports de Capbreton, à Hendaye. 


Droits d'auteurs
Sommaire
[Pêche professionnelle]  [Navigation de commerce]  [l'actualité maritime]    [Produits de la Mer]  [Dossiers techniques] [Archives] [Livres maritimes]  [Petites annonces]  [Découverte des ports]  [Histoires courtes] [Littoral] [Recettes de cuisine] [Hors maritime] [Artistes] [Liens maritimes]  [Moteurs de recherche].