POLLUTION ET MAMMIFERES MARINS

    Les légistes au chevet des dauphins.

 Le Musée de la Mer de Biarritz organise une exposition sur le GEFMA (groupement d'études de la faune marine atlantique). Pour mieux connaître ceux qui autopsient les dauphins

    MURIEL HIRIGOYEN.

     Tout est parti d'une question toute simple. Alexandre Dewez, éditeur d'art et curieux de nature, était chez sa mère à Bénesse-Maremne. Il avait observé à plusieurs reprises des dauphins et autres cétacés s'échouer sur la plage.  « J'ai remarqué qu'il ne se passait pas grand chose autour de cela. Et j'avais envie de savoir. »  Savoir pourquoi ces bêtes s'échouaient. C'est ainsi qu'Alexandre, fin lettré à la culture subtile, s'est retrouvé à ouvrir des mammifères marins. Lui qui n'avait jamais pratiqué d'autopsie.

   Certes, ses liens avec la cétologie n'étaient pas nouveaux. Il avait créé une grande exposition sur les baleines qui avait d'ailleurs été reçue à Saint-Jean-de-Luz et Guéthary. Il s'est rapproché de Xavier Beel, commandant des sapeurs pompiers, de Laurent Soulier, du musée de la Mer, et Marie-Noëlle de Casamajor de l'IFREMER.

   Ensemble, ils ont créé le GEFMA : groupement d'études de la faune marine atlantique, en 1996 à Capbreton. Le première tâche a consisté à créer un réseau de contacts, englobant scientifiques, pompiers, et se mettre en relation avec les sociétés d'équarrissage chargées de faire disparaître les cadavres des animaux échoués. Leur objectif était récupérer les bêtes le plus vite possible, pour les autopsier, et tenter de comprendre les raisons de leur mort.

 TOUS ATTEINTS

    Ces études auraient pu rester confidentielles si les tempêtes des hivers 97, 98 et 99 n'avaient provoqué des échouages massifs sur les côtes landaise et basque. Les pêcheurs se retrouvaient en première ligne, accusés de tous les maux. Le GEFMA, appuyé par le conseil général des Landes, a décidé d'autopsier le plus d'animaux possible, pour en avoir le coeur net.

    « En ouvrant, nous nous sommes rendus compte que tous les animaux avaient quelque chose : maladie, parasites. Ils étaient affaiblis, et affaiblis, n'avaient plus la capacité de faire des choix. C'est une des raisons pour lesquelles ils se faisaient attraper dans les filets. Ils ne mourraient pas parce qu'ils avaient des parasites. Mais de la conjugaison de ces parasites avec la pollution, l'absorption de métaux lourds. Nous avons publié les résultats de ces autopsies, ce qui a créé une certaine confiance chez les pêcheurs. Mais cela nous a amenés à nous poser une nouvelle question : sur combien d'espèces allait-on constater cela ? »

    Alors, le GEFMA a continué, toujours bénévolement, allant souvent autopsier dans des décharges, au milieu d'autres cadavres d'animaux. Pour découvrir que les dauphins, cachalots, baleines, phoques(¹) qui s'échouent ne sont jamais indemnes.  « Ils sont au sommet de l'échelle alimentaire : ils récoltent tout ! »

    En les ouvrant, les bénévoles ont découvert des sacs plastique dans les estomacs, et même, une fois, des ressorts de matelas. Ecoeurés, ils poursuivent pourtant ce travail reconnu par tous comme sérieux. Aujourd'hui, l'association aimerait faire des examens de bactériologie, virologie, renforcer leur réseau, disposer d'une salle d'autopsie, bénéficier d'un emploi-jeune. Et surtout, faire de la pédagogie. Le président songe à réaliser un film sur les échouages,  « pour en parler autrement. Il faut que les gens sachent ! »  

 Quel danger pour les dauphins ?

     Le GEFMA, petite association, s'efforce d'intervenir sur tout le littoral d'Aquitaine. Mais à force de courir, les bénévoles se fatiguent. Ils se heurtent au manque de moyens et d'information. Et parfois à un phénomène qu'ils ne parviennent pas encore à cerner. Faute de données.

   « Combien d'espèces sont touchées par les parasites ou la pollution ? Quelle proportion de la population de dauphins s'échoue-t-elle  ?, demande Alexandre Dewez. Aujourd'hui, on ne peut pas dire si le stock est en danger.

   Par ailleurs, nous observons des choses qui nous interrogent. Nous avons trouvé un marsouin échoué, qui souffrait de la douve du foie : une maladie qui ne touche d'ordinaire que les caprins ! Les pêcheurs voient apparaître dans leurs filets des masses visqueuses qui leur irritent les mains : il s'agit peut-être d'un bloom (une porlifération -NDLR) de phytoplancton, ou autre chose. Des algues toxiques qu'il faudrait prélever et analyser. Tout cela est inquiétant, et il faudrait donner aux scientifiques les moyens de travailler, de faire de la recherche ! »

La DIREN (direction régionale de l'environnement) y réfléchit. La Région, qui subventionne déjà le GEFMA, aussi. Certains services de l'Etat : CROSS (centre régional d'opérations de surveillance et sauvetage atlantique) et les Sémaphores relaient au GEFMA de précieuses informations données par les pêcheurs. Le conseil général des Landes, touchés par les grands échouages de ces dernières années, a rapidement soutenu le GEFMA. Mais Alexandre Dewez déplore que certaines communes, notamment au Pays Basque, ne fassent que quelques gestes, isolés. « Ce que nous trouvons nous amène à nous poser des questions graves sur la pollution et ce qui se déverse de nos cours d'eau, sur les problèmes en amont. Je comprends que les élus des communes se sentent un peu seuls face à ce problème. Mais il faut tout de même parler de ce qui se passe en amont ! »

 L'EXPOSITION SUR LE GEFMA débutera le 12 novembre au musée de la Mer de Biarritz.

 


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