
Départ et bilan par l'administrateur des affaires maritimes de Bayonne.
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Par Muriel Hirigoyen. Wenceslas
Garapin, directeur interdépartemental des affaires maritimes, quitte Bayonne.
Il revient sur ses trois années à ce poste, où il a connu la fronde des dérogataires
et le déclin des ports de pêche
Ces trois années ont été denses. Wenceslas Garapin, directeur des
affaires maritimes et des gens de mer pour les Pyrénées-Atlantiques et les
Landes, aurait même volontiers prolongé son séjour sous ces cieux
accueillants.
Sa tâche n'a pas été des plus facile. Certes, il n'a subi qu'un blocus
du port (pour protester contre la hausse du prix du gazole) durant ces trois
ans. Pendant cette période, il a vécu aussi la lente dégradation de la pêche
maritime professionnelle, la fermeture du port d'Hendaye et la fronde des « dérogataires
». L'administrateur revient sur ces épisodes, avant de prendre le 1er
septembre son poste de directeur des affaires maritimes du Finistère. Il sera
remplacé par Didier Pérocheau.
« SUD-OUEST ». _Quels dossiers importants ont-ils marqué ces trois années
?
Vous savez, les pêcheurs accusent toujours Bruxelles. Il est clair que
la ressource a diminué, cela ils vous le confirmeront. Pour faire face, la
communauté européenne a mis au point une politique d'incitation à la sortie
de flotte, des plans successifs de destruction ou d'aide à l'exportation. Nous
avons vu le nombre de bateaux de pêche diminuer, au point que l'on se demande
si les groupements professionnels réunissent toujours le nombre suffisant de pêcheurs
pour continuer à exister.
« S-O ». _Un autre point ?
W. G. _ Le second gros dossier, je l'ai trouvé sur mon bureau. Il
s'agissait de ce qu'on appelle les « franco-espagnols » ou les navires français
à capitaux étrangers : la captation de quotas. L'Espagne n'ayant adhéré
qu'en 1986 à l'Union européenne a toujours estimé que sa place de première
puissance de pêche n'était pas reconnue, notamment dans la distribution des
quotas. Un des moyens d'accéder aux ressources françaises était d'acheter un
bateau français. Vous avez un bateau bleu-blanc-rouge, vous avez accès aux
quotas de pêche bleu-blanc-rouge.
Il y a eu ainsi jusqu'à 52 navires « franco-espagnols » immatriculés
sur le quartier de Bayonne. Cette situation était dénoncée par les représentants
de la pêche française. Les bateaux à capitaux étrangers avaient accès aux
avantages sans aucune contrepartie, ils estimaient que cela créait une
concurrence déloyale. Jusqu'à ce qu'une circulaire Le Pensec sorte en août
98. Elle se basait sur une jurisprudence et établissait que ces bateaux pour
avoir le pavillon français devaient justifier d'un établissement stable sur le
territoire national, et d'un lien économique réel avec lui. Nous avons donc
fait tout un travail auprès de ces sociétés qui souvent n'avaient qu'une boîte
aux lettres en France. En 1999, nous avons procédé à des retraits d'accès
aux quotas. Là, les sociétés ont fait un effort de débarquement de poissons
dans les ports français, ont adhéré aux coopératives maritimes. 37 bateaux
ont ainsi subsisté. Nous devons décortiquer les derniers dossiers; et s'ils ne
jouent pas le jeu, prendre des mesures coercitives.
« S-O ».
_ Et la pêche estuarienne ? Vous avez eu maille à partir avec les « dérogataires
» ?
W. G. _ Ah, oui, les pibales...l'affaire a été contestée par une
partie de la population concernée. Vous savez qu'en marge des pêcheurs
professionnels existaient des « dérogataires », pêcheurs amateurs, qui, à
condition de faire une déclaration auprès de l'administration, étaient
autorisés à vendre leur pêche, sans cotiser. On a ainsi recensé jusqu'à 950
dérogataires pour une cinquantaine de pêcheurs professionnels à pied. Mes prédécesseurs
avaient essayé de régler le problème progressivement, mais nous nous sommes
aperçus qu'il existait un système de fraudes. Cela a provoqué une enquête
judiciaire qui n'est d'ailleurs pas close. Comme nous avons vu qu'une parti
significative des gens avait triché, les affaires maritimes ont décidé de
mettre fin au système. Cela a été laborieux, il y a eu quelques échauffourées,
mais force est restée à la loi.
« S-O ».
_Et quels dossiers laissez-vous à votre successeur ?
W. G. _ En interne, le nouveau directeur interdépartemental devra gérer
le transfert de la Mauve, la vedette régionale, qui part en Méditerranée, et
la mise en place de l'ULAM : unité littorale des Affaires maritimes(1). Puis,
il y aura la suite de la mise en adéquation des structures professionnelles
avec la réalité de la pêche. Il faudra trouver une synergie entre les
diverses organisations. Enfin, il faudra susciter un renouvellement des hommes.
Aujourd'hui, on a de plus en plus de mal à trouver des équipages brevetés et
compétents. Le métier de marin-pêcheur est très dur, il y a beaucoup
d'accidents. Si le gain n'est pas suffisamment important, il sera difficile de
susciter des vocations. L'administration va devoir accompagner ce
renouvellement. Enfin, il faudra gérer les conséquences de la nouvelle
politique européenne de la pêche. Si les recommandations du Livre vert sont
suivies, la politique européenne des pêches n'ira pas sans restriction et
diminution de la flottille. Cela ne sera pas appliqué sans douleur. Propos
recueillis par
MURIEL HIRIGOYEN
(1)
Ce service aura vocation à se déplacer à terre et en mer, à bord d'une
vedette de 18 mètres, et sera complétée par des engins de type zodiac et des
véhicules pour des contrôles à terre. Pour les contrôles en haute mer, reste
l'Iris, basée à Lorient.
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