| Ou est la solidarité des gens de mer?
Le chalutier Cistude gît par plus de 150 mètres de fond dans le secteur de l'île de Sein
devant la pointe de Bretagne.
Très probablement 3 marins sont coincés à l'intérieur des tôles du bateau, surpris par le choc en pleine nuit alors
qu'ils se reposaient avant d'entamer une marée de pêche d'une semaine. Le 4ème homme manquant, mort d'épuisement
dans les bras des trois derniers rescapés est entre les mains de Neptune pour toujours. Lorsqu'on est marin, l'éventualité
de finir noyé fait partie des vicissitudes de la vie. Pour autant, le tragique naufrage du Cistude ne manque pas de nous poser
des questions de fond.
Qui veille en mer?
Selon les déclarations des rescapés, l'homme de quart, qui fait partie des disparus, se trouvait seul à la passerelle.
C'est normal, le chalutier faisait route, sorti du port des Sables d'Olonne, il se rapprochait de l'Irlande.
Un homme de quart confirmé, qui disposait comme moyens d'aide à la navigation, 2 radars en plus de la veille radio
obligatoire sur le canal VHF 16.
En route, il aurait du apercevoir le Bow-Eagle, ce cargo chimiquier qui progressait à bonne vitesse.
Les deux navires, le chalutier et le cargo suivaient une route qui allait se croiser. Une situation que l'on rencontre
chaque jour en navigation côtière d'autant plus souvent que l'on s'approche des grandes routes et rails de séparation
de trafic comme sur le cap Finisterre ou en Bretagne.
Le nombre impressionnant de navires qui navigue jour et nuit oblige à assurer une veille encore plus pointue dans les passerelles
de tous les navires.
Sur le Bow Eagle deux hommes se trouvaient à la passerelle. Un officier et un marin. Le commandant dormait dans sa cabine
pas très éloignée de la passerelle.
Au moment de la collision, toujours selon les diverses déclarations, le Cistude s'est retrouvé coincé contre la coque
du chimiquier qui poursuivait sa route.
C'est à ce moment que l'équipage du chalutier a tenté de sauver sa peau.
La masse impressionnante d'un cargo filant à plus de 15 nœuds tout en raclant la coque du chalutier de 26 mètres couché
par l'impact, le tout en pleine nuit dans un vacarme d'enfer, doit être un spectacle abominable.
Délit de fuite?
Les faits son là. Le Cistude, couché puis retourné par le Bow-Eagle est parti par le fond en moins de temps qu'il ne le faut
pour le dire.
Impossible à trois marins de remonter du carré par l'échelle en acier fixée sur la paroi et de se jeter à l'eau.
Impossible également d'enfiler les tenues de survie qui étaient à bord, pas assez de temps. Impossible enfin de larguer
les radeaux de survie situés au dessus de la passerelle. Ces derniers se sont déclenchés automatiquement une fois sous
l'eau mais l'équipage n'a pas réussi à les rattraper, le vent les a éloignes, privant les marins d'un abri provisoire.
Une fois dans l'eau, les 4 rescapés à moitié nus dans une eau à 15° ont réussi à s'accrocher à 2 bouées.
Le cargo avait filé tout droit sans se soucier d'eux.
A bord du cargo, deux hommes ont assisté à la collision! Ils l'ont avoué deux jours plus tard…
Contrairement à toute logique maritime, les hommes de quart ont décidé de taire l'accident et de ne rien dire au commandant
du Bow-Eagle. Cette attitude incroyable, si elle est confirmée, totalement irresponsable et criminelle a jeté le trouble
dans la communauté des pêcheurs du golfe de Gascogne.
Du coup, l'abordage du chalutier passe en second plan.
Les responsabilités, les priorités, la veille, tout ce que l'on voudra dire, passe au second plan.
Comment expliquer que des marins qui assistent à un abordage entre un chimiquier de plus de 170 mètres et un petit
bateau de pêche qui disparaît devant leurs yeux, puissent rester impassibles?
Comment expliquer que le navire ne se soit pas arrêté immédiatement pour porter secours aux naufragés?
Comment expliquer au moins, que le cargo n'ait pas prévenu les services de sauvetage pour que ces derniers entreprennent
des recherches immédiates?
Toutes ces interrogations ne feront pas revenir les 4 marins disparus dont trois basques, deux d'Ondarroa et un de Pasaia.
Pour autant il semble urgent qu'une prise de conscience rapide soit prise par les armements de gros navires.
La mer est grande, certes, mais le monde est petit.
Chaque année des navires de pêche et de plaisance disparaissent sans laisser de trace.
En mer la priorité n'est pas uniquement à tribord, elle est aussi au bon sens marin qu'il s'agirait de ne pas perdre.
José Arocena
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