Date:13.12.2001

Capandeguy et la mécanique marine du pays basque.

Par Muriel Hirigoyen.
Sud Ouest.

La famille Capendeguy pratique la mécanique marine depuis trois générations à Ciboure. Avant d'exporter des moteurs révisés pour l'Afrique, l'atelier a connu la grande époque du port.

Lorsque le grand-père de Ramuntxo Capendeguy a installé son local sur l'île des Récollets, en 1917, il n'aurait sans doute jamais imaginé qu'il servirait à équiper des navires de pêche d'Algérie, du Maroc ou du Sénégal en moteurs. A l'époque la famille avait armé un bateau, peut-être deux, se rappelle Ramuntxo, petit-fils et patron des ateliers Capendeguy. L'endroit, loué sans doute à l'Etat, déjà, devait servir de chai, avant d'être transformé en atelier de mécanique marine.

   Ramuntxo Capendeguy ne se souvient pas bien de son grand-père, mais bien mieux de sa grand-mère, Léonie. Lorsque son mari est mort, à 33 ans, la laissant avec onze enfants, elle a tout repris en main : le bateau, l'atelier et même le mareyage (elle vendait aussi le poisson). Ses fils lui ont succédé. Ernest, le père de Ramuntxo, s'occupait de l'atelier, laissant le mareyage et le bateau (bientôt vendu) à ses deux frères.

PORT SARDINIER

    A l'époque, Saint-Jean-de-Luz était un des premiers ports sardiniers de France. L'ouvrage ne manquait pas. Lorsqu'une panne se produisait sur les moteurs à vapeur, les mécaniciens devaient réparer, et vite. Ils travaillaient le jour, la nuit, le samedi et le dimanche s'il le fallait. Pas dans les meilleures conditions.

 « Lorsque les tuyaux qui conduisaient l'eau avaient un trou, l'idéal aurait été d'attendre que tout refroidisse, et d'enlever le charbon qui alimentait la machine,  raconte Ramuntxo Capendeguy en se souvenant des récits de son père.  Mais cela aurait obligé le bateau à rester à quai pendant deux jours au moins. Les pêcheurs n'avaient pas le temps. Alors, les mécaniciens découpaient les sacs de charbon, se recouvraient de jute mouillée, et allaient travailler sur la machine tant qu'ils le pouvaient. Lorsqu'ils ne supportaient plus la chaleur, ils sortaient, ils enlevaient la toile bouillante. Et ils repartaient. »

 ET PUIS, LE DIESEL

    Dans les années trente sont apparus les moteurs diesel. La maison Baudouin de Marseille livrait déjà l'atelier Capendeguy. Les mécanos ont appris cette nouvelle technique sur le tas et l'ont transmise aux nombreux apprentis qui passaient par là.  « Certains arrivaient à douze ans, ils restaient là trois ans. Et ils étaient sûrs d'être embarqués. Un mécano était précieux à bord. Et ils gagnaient bien mieux leur vie en mer que nous à l'atelier. »

    Ramuntxo, lui, est entré à l'atelier en 1964. Le port déclinait déjà un peu. Quelques années auparavant,  « on aurait pu aller de Saint-Jean à Ciboure en marchant sur le pont des bateaux »,  se souvient le patron avec nostalgie.  « Les grands navires, de 20 ou 25 mètres parfois, ont été construits dans les années 50-60. Il y avait 80 ou 90 gros bateaux avec chacun quinze hommes à bord. Saint-Jean-de-Luz, Ciboure étaient habités par les pêcheurs. Il y avait des chantiers navals : celui des frères Ordoqui, d'Hiribarren et de Marin, un autre à Hendaye et à Bayonne. Pour la mécanique, à l'époque, il devait y avoir... six ateliers sans compter les électriciens. Aujourd'hui, nos sommes le dernier de ces six-là. Mécanique marine, qui avait repris Alday, a arrêté la réparation. Et un autre, Pascal Marine s'est installé il y a deux ans. Mais il s'occupe peu de pêche, je crois. »

Ramuntxo Capendeguy lui, est resté fidèle. Avec le déclin du port, il a dû s'adapter. Et aujourd'hui, il ne sait pas s'il trouvera un successeur. Ses enfants ne semblent pas candidats. Mais le patron n'est pas encore en retraite. Et il reste des moteurs à réparer.

Des moteurs pour le Maroc

 Le nombre de bateaux de pêche a considérablement diminué depuis les années cinquante. L'activité de mécanique marine en souffre. La mécanique marine pour les pêcheurs locaux ne représente plus que trois mois de travail par an, compte Ramuntxo Capendeuy. De douze dans les plus belles années, les employés sont passés à deux. Ils accueillent toujours des petits jeunes : aujourd'hui, ce sont des stagiaires du lycée maritime de Ciboure, et non plus des apprentis.

   Pour faire face, la maison aurait pu se tourner vers la plaisance. Elle l'a fait, depuis deux ans, mais peu. D'abord par fidélité, ensuite pour des raisons mathématiques et physiques évidentes. " Un moteur de plaisance fonctionne en moyenne 15 heures par an. Un moteur de pélagique tourne jusqu'à 6 500 heures par an ! » Alors, forcément, on y change plus de pièces, on le répare davantage."

  Heureusement, le patron a appris, par la maison Baudouin (qui fabrique des moteurs diesel depuis 1930), que les pêcheurs d'Afrique du Nord cherchaient des moteurs révisés et garantis. L'atelier s'est donc tourné vers l'exportation depuis six ans. « Un moteur neuf coûte très cher : suivant la puissance, de 200 000 francs à 1 million(de 30 490  à 15 2449 , NDLR)  révisé et garanti, il coûte trois fois moins cher. »

Alors, l'atelier rénove, reconstruit parfois entièrement les moteurs, les passe au banc d'essai, et les envoie outre-mer. Par camion ou par bateau, au Maroc surtout, en Algérie et au Sénégal. M. Capendeguy va au Maroc à l'occasion rencontrer les clients; il profite de la présence d'un représentant de la maison Baudouin sur place. Il a même fait paraître une publicité sur la « Liberté » à Alger pour se faire connaître. Ça permet de faire tourner la boutique. Et puis, l'atelier de mécanique marine reste en contact avec la pêche. Ramuntxo Capendeguy semble y tenir.

 


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