Date:16.12.2001.

Bolincheurs basques: le social avant tout!

 

Les derniers événements qui ont opposé les pêcheurs basques espagnols aux pélagiques français, qu'il s'agisse de pêche à l'anchois ou au germon, posent la question de la rentabilité des navires. D'un côté des bolincheurs canneurs de 30 à 37 mètres avec des équipages nombreux, entre 14 et 18 hommes, de l'autre des chalutiers pélagiques de 20 à 25 mètres et des équipages d'environ 5 hommes par unité. Les basques espagnols affirment que leur technique est rentable, ils y sont attachés viscéralement, les traditions plus qu'une convention collective des marins fait que ces derniers y trouvent largement leur compte. A première vue une paire de chalutiers pélagiques semble plus rentable, vu que les captures sont importantes et le personnel plus réduit. Un point de vue à moduler à la vue de certains détails qui ne trompent pas. Les prix moyens obtenus au kilo, qu'il s'agisse d'anchois ou surtout de germon est nettement plus élevé pour les bolincheurs. La qualité supérieure due simplement à la technique utilisée mais aussi au personnel en nombre, explique cela. Dernier point, le compte d'armement d'un navire bolincheur basque supporte bien plus de coûts que ceux d'un pélagique, pour le plus grand bénéfice des matelots!

 "Au niveau européen notre seule issue est d'aller vers la qualité, nous sommes les français et nous les basques soumis aux mêmes problèmes, nous devons faire de la qualité avant d'être dépassés par les pays tiers comme le Maroc ou le Chili qui inondent notre marché" c'est ce que pense Jaime Tejedor le président de la cofradia des pêcheurs de Pasajes, armateur du "Nuevo Antonio de la Hoz" bolincheur thonier de 31 mètres. Avec 17 hommes à bord, le bolincheur ne porte pas le poids des années. Jumboïsé, remotorisé, tout à bord a été refait à neuf, les investissements sont constants. A bord, les hommes d'équipage n'échangeraient pour rien au monde leur place avec celle d'un navire français, et pour cause.

Fonctionnement basé sur le social. 

"Les gains d'une marée sont divisés en 101 parts. 50 vont à l'équipage et 51 pour l'armement. Les 50 parts de l'équipage sont partagés en parts égales, une pour chaque homme quel que soit son rang à bord"  explique Jaime Tejedor. Un système propre au pays basque qu'il a toujours connu. "S'il y à 17 hommes à bord, on partage en 17. Ensuite le mécanicien et le patron de pêche et de route ont une part de plus, l'homme chargé du canot et de la glacière ¼ de part en plus, ces 3 parts et demi sont payées sur le compte armement". C'est bien là que débute le véritable changement par rapport au mode de partage français. La part armement doit faire face à bien plus de charges que pour leurs voisins français. "Nous payons sur notre part d'armement la totalité du gasoil, 86% des charges sociales des matelots, 14% restant à leur charge, 50% des vivres, la totalité des filets et les réparations nécessaires à terre, l'entretien global, l'électronique etc…" avoue l'armateur qui affirme qu'il ne lui reste plus grand chose une fois tout ceci payé. "Nous tenons le coup parce que nous sommes 3 associés embarqués, c'est la seule solution." Les seuls frais qui sont prélevés sur le global des apports de la pêche sont les cannes, la glace et les moulinets durant la campagne de germon et les 3% des taxes portuaires. Tout le reste est partagé comme indiqué, pour le plus grand avantage des matelots. "C'est une coutume ancestrale que nous avons en vigueur ici au pays basque, dans la province du Gipuzkoa. Socialement c'est difficile de faire mieux" pense Jaime Tejedor ".

Un bolincheur moyen coûté environ 12MF, tout dépend de l'équipement des passerelles. Normalement on y trouve trois sonars et deux radars sans parler de tout l'équipement plus classique. Depuis que le Pays basque n'est plus en zone défavorisée par rapport à la Galice, elle peut de nouveau bénéficier des aides et subventions maximales. "Nous atteignons en tout, avec le gouvernement basque qui en fait une priorité, des subventions de 50% du prix du navire, c'est une politique de renouvellement de la flottille qui est efficace".

 9 mois de mer par an.

La campagne des bolincheurs démarre traditionnellement début mars par des marées à la sardine, maquereau et autres chinchards, "c'est un mois de mise en route, on couvre les frais sans plus". En avril c'est l'anchois qui fait son apparition "vers le 14 ça démarre et on arrive à tenir la campagne jusqu'en juin, l'arrêt de l'anchois dépend des fêtes du village selon les ports". Une fin de l'anchois qui coïncide avec l'apparition du germon que les basques et autres cantabres suivent le plus tard possible jusqu'en Irlande. L'année se termine quoi qu'il arrive fin novembre, les équipages s'inscrivent au chômage pour trois mois et repartent en mer au mois de mars.

Des salaires conséquents.

Les apports des bolincheurs basques se composent comme suit:70% du chiffre d'affaires avec le germon (sauf cette année 2001 très faible en captures 40% du CA), 25% avec l'anchois et 5% avec le divers. Dans une très bonne marée, un bolincheur débarque 40 tonnes de germon en 10 jours de mer et repart après seulement 24 heures d'escale. Une marée de 40 tonnes de gros germon laisse une part au matelot de base de 18.500 Francs. Il fera un maximum de 3 ou 4 marées comme celles-ci dans la saison. La campagne est dure, les repos réduits, ils doivent pêcher le "peita" appât vivant la nuit, remplir les viviers et se rendre sur les lieux de pêche. La saison d'anchois est plus calme pour les hommes. Une excellente nuit permet la capture de 10 tonnes d'anchois et laisse 4000F à la part. Les sorties se font du lundi matin 11 heures au vendredi, la fin de semaine est toujours destinée au repos à terre. Sur les 9 mois de mer qu'un navire effectue chaque année, le marin de base perçoit sur un navire moyen 100.000 francs nets d'impôts, le prélèvement est effectué à la source. Il perçoit également un "salaire régulateur" de la part de l'armement de 3500 francs et des indemnités de chômage de 14.000 Francs pour les 90 jours d'arrêt.

La somme totale ainsi perçue sur un navire pêchant normalement s'élève à 117.500 Francs nets d'impôts. Il dispose aussi d'une godaille en thons et anchois, les plus belles pièces de germon reviennent aux marins…

"Ce qui nous maintient dans cette professions c'est plus la tradition que l'appât du gain, les armateurs qui s'en tirent le mieux sont ceux qui ont 4 ou 5 associés de la famille, tous embarqués" avoue Jaime Tejedor qui rappelle qu'abord des bateaux basques lors qu'un matelot est malade, il reste à terre et perçoit l'intégralité de sa part, comme s'il avait navigué.

José AROCENA.


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