Le Begnat et Le Vagabond
détruits : fin d'une époque.
Les deux derniers thoniers bolincheurs luziens ne sont plus qu'un
souvenir! Arrivés mardi à Zumaia (Communauté autonome basque) au
chantier de démolition, les pelles mécaniques ont commencé la
destruction du Le Vagabond mercredi 6 mars. Le Begnat suit
le même chemin. Des tonnes de bois, ferrailles et autres restes sont
embarqués sur des camions pour finir dans des décharges. C'est la fin
d'une époque.
5 heures du matin mardi 5 mars 2002, il fait nuit, les deux thoniers
luziens démarrent leurs moteurs pour la toute dernière fois de leur
existence. Le long panache de fumée noire s'élève, pour leur dernier
voyage, ils ont pu se permettre le luxe de naviguer par leurs propres
moyens. Quelques minutes plus tard, dans leur sillage disparaît la baie
de Socoa. La houle résiduelle venant du large fait rouler les deux
coques qui naviguent une dernière fois de concert cap à l'ouest mais
à bord le coeur n'y est pas. La marée haute de 9 heures du matin
permettra d'échouer le Begnat et Le Vagabond au fond du
petit chantier Marinaga de Zumaia. C'est là qu'ils passeront leurs
derniers moments d'existence.
"Les gars tenaient à naviguer
ensemble pour des raisons de sécurité, une fois échoues ici ils ont démonté
tout ce qui avait un peu de valeur" raconte Pedro Mari Marinaga
le patron du chantier qui depuis 30 ans est spécialisé dans la
destruction de navires de toutes nationalités et tailles. Des objets de
valeur surtout sentimentale, comme la barre à roue en bois, usé par
tant de mains, démontée de son axe. Les ouvriers découpent, cassent,
démolissent, un chapelet de batteries, un combiné de téléphone, un
morceau du nom du bateau pendent au bout d'une grappe emportée par la
pince d'acier de la grue. En quelques heures le pont du Le Vagadond
ressemble à un champ de bataille, rasé ! Sur le Begnat encore
quelques moments de répit. La passerelle déserte d'ou l'on accède au
poste d'équipage ou il ne reste que le vieux miroir piqué et les deux
feux à gaz de la cuisine semble abandonnée. Un indicateur d'angle de
barre est encore là, quelques pavillons soigneusement roulés tout
comme cette carte du golfe de Gascogne, oubliée sous un plexiglas cloué
sur la cloison. On y voit les zones de pêche que le Begnat à écumées
depuis sa construction aux chantiers Marin de Ciboure en 1954. Le
Begnat qui aura vécu ses heures de gloire aux commandes de
Michel Josié. Un bateau vivant avec un patron qui observait les éléments
pour en tirer profit et être d'une année sur l'autre, sinon le
meilleur du port, au moins l'un d'entre eux. Aujourd'hui il serait bien
triste Michel Josié de voir le Begnat finir ainsi sa vie à côté
de son cadet Le Vagabond sorti des mêmes chantiers cibouriens un
an plus tard. A 48 ans, un bateau en bois approche de sa fin et ce ne
sont pas les derniers armateurs qui les ont acquis en 1994 et 1997 qui
pouvaient en faire autrement. Certes le départ de ces deux unités est
un tournant sentimental pour la pêche basque mais leur mise aux normes
aurait demandé un investissement trop lourd pour être supportable.
"Ils sont totalement pourris, tout s'arrache avec une facilité
déconcertante même les supports de la passerelle sont venus,
heureusement qu'ils n'ont pas pris un paquet de mer" s'étonne
Pedro Mari Marinaga en spécialiste, "il n'y a rien à récupérer,
on va même jeter les moteurs à la ferraille". Un projet de
"sauvetage" d'une des deux unités pour en faire une pièce de
musée du patrimoine maritime avait été envisagé mais à la vue de l'état
des deux coques, on peut penser que ce choix aurait été mal venu, coûteux
et peu porteur d'avenir.
Le Begnat et Le Vagabond font partie de la
"sortie de flotte" et déjà ne disposaient plus du permis de
navigation depuis le premier novembre 2001. Ils ont naturellement bénéficié
d'aides financières conséquentes. Un seul regret encore, qu'aucun
projet de construction neuve ne soit venu substituer ces deux départs.
Au Pays basque sud c'est l'engagement des armateurs et le renouvellement
constant des vieux navires par des neufs qui a permis de maintenir une
flottille traditionnelle puissante, contrairement au port luzien.
José Arocena.
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