
30.10.2001
L'exploitation de l'algue rouge.
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Par Muriel Hirigoyen
Dans le champ, l'algue rouge gît, clairsemée, au soleil. Les récoltes
ne sont pas très bonnes en ce moment, constate Denis Artola. Il n'y a pas eu
beaucoup de forte mer. L'algue reste bien accrochée sur ses rochers, dans
l'eau. Et lorsqu'elle se décroche, le vent ne la pousse pas vraiment sur le
rivage. Le gérant de la société CBA Artola « Kosta Bellara » (l'herbe du
rivage) prend son mal en patience. La saison a commencé en août, et devrait se
terminer en février comme tous les ans; elle ne sera sans doute pas brillante.
L'activité a tendance à ralentir, note-t-il.
Evidemment, ce n'était pas le cas lorsque son grand-père a fondé
l'entreprise. Il ramassait du sable pour des entrepreneurs, avec un tombereau et
deux boeufs, raconte le jeune homme. On lui a proposé de faire la même chose
pour l'algue, et plutôt que de travailler pour des tiers, il s'est mis à son
compte. Plus tard, son fils, Martin Artola, a perfectionné la technique de
ramassage. Tout se faisait à la main, il a inventé un système de filet, lesté
par des chaînes, et monté sur un tracteur.
SECHEE COMME DU FOIN
Une fois ramassée, l'algue doit être rapidement séchée. Son prix, sur
lequel Denis Artola reste discret, est beaucoup plus avantageux. Ensuite,
l'algue sèche peut être stockée sans problème. Elle ne craint guère que la
décoloration dûe au soleil, qui n'altère en rien sa qualité.
Et c'est là que le métier se rapproche de celui des agriculteurs.
« On traite l'algue exactement comme du foin. On la répand sur des
champs. Nous disposons de 20 hectares pour l'algue. On la retourne, avec le même
matériel que pour les foins. » Et
lorsque l'algue est sèche, suffisamment pour l'acheteur, mais pas
excessivement, elle est vendue au poids, elle est mise en ballot.
« Sur une algue de bonne quantité, nous tirerons un kilo d'algue sèche
de 4 kilos humides, précise Denis
Artola. Au-delà, cela ne vaut pas
le coup de sécher. » En cas de mauvais temps, la société dispose de deux séchoirs.
Le premier vient de Venise (on ramasse aussi l'algue dans la lagune !), le
second est fait maison. L'algue est déversée sur un tapis mécanique perforé.
L'air chaud passe par en-dessous, un système de petites fourches : une sorte de
hérisson, permet de retourner la Gelidium sesquipedale. Le système peut sécher
30 à 40 tonnes d'algue humide en vingt-quatre heures.
Et si la quantité ramassée est trop importante pour pouvoir être traitée
d'un coup, « Kosta Bellara » dispose même d'un bassin d'eau salée, où
l'algue peut être conservée quelques temps. En ce moment, le bassin reste
vide; les séchoirs aussi. La mer est d'huile. Concurrence marocaine
On peut se demander toutefois si pêcheurs et ramasseurs ne joindront pas
un jour leurs efforts pour lutter efficacement contre cette concurrence. La société
Artola a les moyens de sécher, donc de stocker et de profiter des meilleurs
cours pour vendre l'algue. Une coopération permettrait aussi aux producteurs de
présenter un front uni aux clients. Interrogé, Denis Artola, répond qu'il ne
serait pas contre cette coopération. Les pêcheurs, eux, ne semblent pas prêts,
a priori, à cela. A moins que ?...
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