Date:03.06.2002.

Colette Larraburu
La semaine du Pays basque

Raz de marée sur la pêche: restructuration. 28 000 emplois condamnés

La commission européenne a adopté, mardi 28 mai,  un projet de réforme très sévère de la pêche destiné à limiter la capacité de prise de la flotte  communautaire. Une restructuration défendue par le commissaire à l'agriculture, Franz Fishler, et inspirée par la nécessité de préserver les stocks de poisson de l'Union européenne. Au total, cette réforme risque de condamner à terme 28 000 emplois directs de marins-pêcheurs sur quatre ans ( 2003 à fin 2006), tend à supprimer 40% de la flottille européenne et enlève toutes les aides et subventions à la construction et à la rénovation des navires.  " Un calcul trop simpliste, estime Henri Pivert, armateur et président du comité local des pêches du quartier maritime de Bayonne. Les technocrates de Bruxelles pensent qu'il suffit de casser des bateaux pour que le stock de poissons s'améliore. Mais, cette politique a déjà été appliquée par la communauté et s'est soldée par un échec. Ces dix dernières années, on a supprimé 40% de la flottille française. Le résultat au plan local? La disparition du port d'Hendaye. Et, on nous dit de nouveau qu'il faut en supprimer 40% de plus. C'est un faux débat. Beaucoup d'autres facteurs sont à prendre en compte dans la raréfaction de la ressource. La pollution, les conditions climatiques avec notamment le phénomène du réchauffement de la planète et la variation des courants. Actuellement, le merlu se trouve au nord de la Gascogne alors qu'auparavant on le trouvait plutôt sur les côtes africaines.  Comment expliquer ce constat, si ce n'est par la transformation des conditions climatiques. Autre exemple. "El niño", ce courant qui existe du côté du Chili est en train de se déplacer. Et avec lui, les poissons. Car, ils vivent en fonction de la température de l'eau. Bruxelles a choisi la facilité. Bientôt, nous allons arriver à un phénomène inverse. Il y aura du poisson et plus de pêcheurs."

Haro sur le pêcheur.

Pour Henri Pivert, le constat est clair. Les marins-pêcheurs subissent la politique de Bruxelles sans être maîtres de leur destin." Bruxelles est incapable de prendre le problème à bras-le-corps. Il faudrait peut-être commencer par faire respecter les mesures déjà prises. Notamment, en matière de contrôle de la capture qui n'est pas respecté. Bruxelles a les moyens financiers pour casser des bateaux mais pas pour contrôler la capture. Il a bien longtemps que nous plaidons pour l'instauration de contrôleurs européens. Commençons par le début. Comment faire comprendre aux technocrates et aux politiques que les décisions doivent être prises à la base et pas dans les capitales européennes?"

C'est un sentiment d'impuissance qui domine Henri Pivert face aux décisions prises à Bruxelles. Comment va se traduire au niveau de chaque pays membre cette nouvelle réforme? " Par des marchandages, lance-t-il. Pour l'instant, cette proposition de la commission doit être avalisée par chaque ministre de la communauté. Certains ministres sont très virulents comme le ministre autrichien ... Et on mesure à quel point l'Autriche est un pays concerné par cette réforme. Bien sûr, notre ministre comme celui de l'Espagne ou du Portugal va essayer de tirer cette mesure vers le bas. C'est une peu la guerre du nord contre le sud. Une discussion de marchands de tapis. Ces transactions nous dépassent. " Pour autant, Henri Pivert, homme de combat ne craint pas la tempête. " J'espère qu'une certaine liberté sera laissée à l'armateur en fonction du plan de casse. Si le patron-pêcheur est intéressé à casser son bateau, il le fera. Dans le cas contraire, j'espère qu'il aura une certaine liberté. Si on va plus loin, ça peut être dramatique. Le couperet va tomber. Et quand on sait que pour un pêcheur en mer, il y a cinq emplois à terre. ça fait un paquet de monde. Soit 140 000 emplois."  


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